Pour une nouvelle gouvernance de la dette
En août 2025, l’annonce d’un recours à 930 milliards FCFA a fait l’effet d’un électrochoc. Derrière ce chiffre, ce n’est pas seulement une opération financière qui se joue, mais un choix de société.
Allons-nous prolonger un modèle de dette qui sert à tenir la tête hors de l’eau, au prix d’un étouffement lent de l’économie réelle ? Ou allons-nous, enfin, orienter l’endettement vers la création d’actifs qui libèrent des capacités, accroissent la productivité et réparent le lien de confiance entre l’État, les entreprises et les citoyens ? La dette ne concerne pas que les technocrates. Elle s’invite dans la vie quotidienne : dans le délai de paiement d’un fournisseur, dans la facture d’électricité d’une PME, dans la mise en service d’une adduction d’eau, dans le chantier qui démarre à temps… ou jamais. Elle est un enjeu économique parce qu’elle conditionne l’investissement et la croissance ; social parce qu’elle façonne l’emploi, le pouvoir d’achat et l’accès aux services essentiels ; politique parce qu’elle touche à la crédibilité de l’État et à la qualité de la gouvernance.
Quand la dette se dérègle, ce sont les plus vulnérables qui paient d’abord : les petites entreprises asphyxiées par les arriérés, les jeunes laissés aux marges des opportunités, les territoires où les infrastructures promises ne se concrétisent pas. Notre thèse centrale est simple et urgente : il faut passer de la dette de survie à la dette de transformation. La première colmate les brèches, roule les échéances, subventionne des déséquilibres sans les corriger ; elle apaise aujourd’hui mais augmente la fragilité de demain. La seconde, au contraire, finance des actifs productifs dont les retours – économiques, sociaux, environnementaux – sont mesurables, avec des maturités alignées sur la durée de vie des projets, des responsabilités identifiées et des résultats vérifiables. Emprunter n’est pas un mal en soi ; emprunter sans boussole, sans hiérarchie claire des priorités et sans redevabilité, c’est saper la confiance et gaspiller un capital rare.

Cette transition ne se décide pas simplement, elle doit être dirigée et bien organisée. Il faut respecter une règle importante : que la dette serve uniquement à financer des investissements qui créent de la richesse. Il faut aussi établir une liste claire et priorisée de projets publics, selon leur importance, leur préparation technique et leur capacité à rapporter de l’argent ou à économiser des devises.
Une transparence VAR – Visible, Audible, Responsable – avec des tableaux de bord trimestriels ouverts au public ; des contrats de performance pour les entreprises publiques et un plan d’apurement crédible des arriérés, qui redonne de l’oxygène aux PME et remet la confiance au cœur des relations économiques.
En tant que Comité Citoyen de Vigilance Financière – CEMAC (CVFC), nous proposons une méthode claire, des protections solides, et une priorité : faire en sorte que chaque franc emprunté serve vraiment à transformer la vie des citoyens. Les 930 milliards FCFA peuvent simplement permettre de payer les factures quelques mois, ou bien aider le pays à avancer durablement. Le choix est entre nos mains.
Un endettement de survie qui freine la croissance
2015–2025, en clair. Après l’allègement de la dette dans les années 2000, l’endettement public est reparti à la hausse. En 2018, il était d’environ 6 680 Mds FCFA (≈ 31% du PIB). En 2021, on passe à 10 687 Mds (≈ 44%). Au 30 juin 2025, on est autour de 14 105 Mds FCFA (≈ 43%). En dix ans, la dette a donc plus que doublé. Dans le même temps, la croissance est restée modeste (≈ 3–4% par an en moyenne, avec un creux pendant le Covid) : ce rythme ne suffit pas à créer assez d’emplois pour une population jeune et en hausse.
Pourquoi parle-t-on de “dette de survie” ? Parce qu’une partie importante des emprunts sert surtout à boucher les trous : combler les déficits courants, payer en retard des factures déjà validées (les Restes à Payer – RAP) ou soutenir des entreprises publiques déficitaires sans vraie réforme. Cette dette soulage la trésorerie aujourd’hui, mais n’augmente pas notre capacité à produire demain.
À l’inverse, une “dette de transformation” sert à financer des actifs concrets qui rapportent : énergie fiable, eau-assainissement, routes, agro-transformation, numérique. Ces projets ont des résultats mesurables (productivité, emplois, devises économisées) et un calendrier de remboursement aligné sur leur durée de vie, avec une redevabilité claire.
Zoom sur les RAP (factures validées mais impayées). Quand les RAP s’accumulent, les PME manquent de trésorerie : elles paient plus cher leurs crédits, retardent les salaires et les investissements, et certaines ferment. Quand l’État apure une partie des RAP, on le voit tout de suite : la liquidité revient, la demande de crédit privé repart, les banques prêtent davantage et l’activité redémarre. Mais si, en parallèle, de nouveaux RAP se reforment, l’économie avance puis recule. C’est le signe d’un modèle de survie qui use le tissu productif.
Conséquences concrètes.
Secteur privé : délais de paiement imprévisibles, marges qui s’érodent, crédit plus cher, investissement en baisse.

Emploi : moins d’embauches, plus de précarité pour les jeunes, projets reportés.
État : crédibilité entamée auprès des fournisseurs et investisseurs, coûts de financement plus élevés. La question n’est pas « dette ou pas dette ». La vraie question est : que finance-t-on, avec quelles règles et quels résultats vérifiables ? Tant que l’essentiel des nouveaux emprunts sert à gérer l’urgence (déficits, RAP, pertes récurrentes), la dette restera un frein.
Les risques du maintien du statu quo
La persistance dans la stratégie actuelle d’endettement présente des risques majeurs pour l’économie camerounaise. Tout d’abord, le service de la dette, c’est-à-dire le paiement des intérêts augmente de manière constante. Cette tendance grignote une part toujours plus importante des recettes publiques, ce qui réduit d’autant les marges de manœuvre budgétaires pour financer des investissements essentiels dans les infrastructures, la santé, l’éducation, ou le soutien aux entreprises locales. Ensuite, pour couvrir ses besoins financiers, l’État puise davantage sur le marché intérieur, c’est-à-dire dans l’épargne nationale. Or, cette captation accrue de l’épargne par le secteur public limite les ressources disponibles pour les petites et moyennes entreprises (PME), qui ont souvent des difficultés d’accès au crédit. Ces tensions sur le financement privé freinent l’investissement productif, la création d’emplois et l’innovation, des leviers essentiels pour la croissance économique durable. Cette situation menace directement la souveraineté économique du Cameroun. En effet, un secteur privé appauvri et fragile ne peut contribuer pleinement à la construction d’une économie résiliente et diversifiée. De plus, la dépendance aux financements étrangers et aux dettes coûteuses accentue la vulnérabilité du pays face aux chocs économiques externes.
Pour illustrer concrètement, de nombreuses PME camerounaises peinent à accéder à des financements abordables, alors même qu’elles portent 90% de la création d’emplois dans des secteurs stratégiques comme l’agriculture, le commerce ou l’industrie locale. Cette difficulté ralentit la modernisation et la compétitivité de l’économie nationale.
Ce scénario est d’autant plus préoccupant que, dans le contexte spécifique du Cameroun, l’État joue également un rôle d’acteur bancaire. En effet, en tant qu’actionnaire majoritaire dans plusieurs grandes banques, tout en étant un débiteur important soumis à des tensions de trésorerie chroniques, l’État capte une grande partie du « cash national ». Cette situation conduit à une concentration excessive des ressources financières entre les mains publiques, destinées à régler les déficits récurrents liés à une dette improductive, au détriment du financement du secteur privé productif. Ainsi, sans réforme, ce cercle vicieux risque d’asphyxier l’économie réelle, compromettant durablement les perspectives de développement du Cameroun. Prenons un exemple très simple. BatiPlus, une PME de 45 salariés, réalise un chantier public. Le travail est accepté, mais la facture reste des RAP (Restes à Payer) pendant des mois. La banque, inquiète des délais, réduit la ligne de crédit. BatiPlus retarde des salaires, met une partie de l’équipe en chômage technique et annule l’achat d’une nouvelle machine. Le fournisseur de matériaux, payé tard, augmente ses prix. Le chantier suivant est abandonné. Une seule facture impayée au bon moment peut gripper toute une chaîne de valeur. Sortir du statu quo suppose un basculement afin que la dette cesse d’étouffer l’économie et redevienne un levier au service de la croissance et de l’emploi.
Repenser l’endettement comme levier économique
Une de nos difficultés majeur vient d’un héritage mental : nous avons longtemps pensé l’État comme fournisseur de matières premières et non comme transformateur de valeur. Dans ce schéma, on extrait, on exporte, on encaisse une rente et l’on comble les trous du budget. Ce modèle est devenu intenable. La rente ne couvrira plus jamais des besoins publics qui croissent plus vite que les recettes. Il faut donc impérativement changer de logiciel : utiliser la dette non pour survivre, mais pour transformer.
Qu’est-ce qu’une dette de transformation ? C’est un endettement orienté vers des projets qui augmentent la capacité productive du pays et qui se remboursent par leurs effets : plus d’activité, plus d’emplois, plus d’impôts. On parle d’effet multiplicateur : un investissement public bien choisi attire des investissements privés, stimule la production locale, élargit l’assiette fiscale et, au final, allège la pression sur le budget futur.

Quels investissements prioriser ? Les investissements qui débloquent des goulots d’étranglement et font baisser les coûts pour tous :
Des infrastructures utiles (routes, ponts, plateformes logistiques) qui réduisent les délais et les pertes.
Une énergie fiable et abordable pour faire tourner ateliers, usines et services.
L’eau-assainissement et la santé (hôpitaux, approvisionnement en médicaments) pour une population productive et des villes vivables.
L’éducation et la formation technique (lycées professionnels, CFA) pour doter les jeunes de compétences employables.
L’agriculture et l’agro-transformation (irrigation, semences, stockage, chaînes du froid, unités de transformation) pour remonter la chaîne de valeur et réduire les importations.
Le digital (connectivité, services en ligne) pour fluidifier l’économie et formaliser les échanges. Pourquoi la sélectivité est décisive ? Parce que tous les projets ne se valent pas. Il faut une grille simple et publique pour classer les projets selon leur ;
Impact (emplois, devises économisées ou générées, gains de productivité, services rendus)
Maturité technique. On finance d’abord ce qui a le meilleur rapport impact/coût et ce qui est prêt à démarrer. Cette discipline évite le saupoudrage et rassure les investisseurs.
Comment cela élargit l’assiette fiscale ? Un projet productif crée de l’activité chez les sous-traitants, chez les transporteurs, chez les commerçants ; il formalise des flux qui étaient informels ; il augmente la TVA, l’IR, l’IS et les taxes locales. À terme, une base fiscale plus large permet de financer davantage de services publics sans alourdir la dette.
Le rôle du financement productif. En dirigeant l’endettement vers ces actifs, l’État entraîne le secteur privé (banques, fonds, assureurs) au lieu de l’évincer. Des contrats clairs, des délais de paiement tenus et une visibilité pluriannuelle déclenchent l’investissement des entreprises et l’emploi. C’est la différence entre un État qui achète des importations et un État qui fabrique des capacités.
En bref : passer de l’État « fournisseur de matières premières » à l’État « transformateur » suppose de changer d’habitudes : à chaque franc emprunté, poser quatre questions simples :
Que produit-il ?
Quand ?
Avec quel suivi ?
Qui rend des comptes ?
C’est à ce prix que la dette deviendra un levier de transformation au service des citoyens.
Une gouvernance nouvelle et inclusive de la dette publique
La manière dont nous décidons d’emprunter ressemble encore trop à une boîte noire. Le CNDP existe, mais il reste peu lisible pour le public, faiblement contrôlé par les représentants de la Nation et éloigné des besoins du terrain. Résultat : la dette est perçue comme un outil administratif, et non comme un levier partagé de transformation. Pour avancer, il faut ouvrir le dispositif, clarifier les règles et rendre compte de chaque choix.
Concrètement, cela signifie élargir le CNDP à la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, afin d’ancrer un contrôle démocratique réel et régulier ; y associer des représentants de la société civile indépendants, garants d’une vigilance citoyenne ; et créer un partenariat actif avec le secteur privé productif (agro-transformation, BTP, industrie, numérique), afin que l’endettement colle aux besoins réels de l’économie. Le tout s’appuie sur une charte d’éthique et de gestion des conflits d’intérêts, pour protéger l’intérêt général.
Dans cette architecture, la règle de conduite est la logique VAR, être:
Visible (publier les avis, les analyses et un tableau de bord trimestriel des encours, tirages, coûts et avancées des projets) ;
Audible (tenir des auditions publiques et répondre aux questions) ;
Responsable (dire qui décide, sur quelle base, avec quels résultats attendus, et expliquer les écarts). Pour aider à prioriser, nous proposons un Indice Dette Utile (IDU). C’est un outil simple qui permet de mesurer l’efficacité d’un emprunt. Il regarde plusieurs points : l’impact économique (emplois créés, richesse générée), l’impact social (services améliorés, accès facilité), la capacité du projet à rapporter des devises ou à en économiser, ainsi que la faisabilité technique et les risques liés au projet. Chaque emprunt reçoit une note de 0 à 100. Si la note est élevée, le projet mérite d’être financé rapidement. Si elle est faible, il vaut mieux revoir le projet avant de s’endetter davantage. L’IDU aide donc à prendre de meilleures décisions, avec plus de clarté et d’efficacité. Un score simple de 0 à 100 qui apprécie l’utilité réelle d’un emprunt en combinant cinq critères :

Un projet avec IDU ≥ 60 est finançable ; entre 40 et 59, il doit être amélioré ; en-dessous de 40, il est ajourné. Cet outil ne remplace pas le jugement, mais il oblige à comparer de façon transparente. Pour rapprocher la décision du terrain, des cellules régionales du CNDP recensent les besoins, vérifient la maturité technique des projets et assurent un suivi de proximité avec les maîtres d’ouvrage. Les entreprises publiques doivent, elles aussi, engagées par des contrats de performance avec indicateurs trimestriels et publication des comptes ; les emprunts hors bilan sont proscrits et tout soutien de l’État est conditionné à des réformes mesurables. Enfin, aucune crédibilité n’est possible sans traiter les Restes à Payer (RAP). Un Comité d’apurement rattaché au CNDP certifie le stock, publie une liste consolidée dans le respect des données sensibles et affiche un calendrier de paiement. Les PME sont priorisées, des intérêts moratoires s’appliquent au-delà de 60 jours, et les cessions de créances ou opérations de titrisation sont encadrées pour éviter les abus. Surtout, la prévention devient la règle : facturation électronique généralisée, plafonds d’engagement clairs et délai moyen de paiement suivi publiquement.
Lorsque l’État paie rapidement ses factures en souffrance, cela a un effet immédiat et positif. Prenons l’exemple d’une petite entreprise qui fournit des matériaux pour un chantier public : en recevant son paiement à temps, elle peut payer ses employés, investir dans de nouvelles machines et répondre rapidement à d’autres commandes. Cela crée des emplois, améliore les conditions de travail, et dynamise l’économie locale. À l’inverse, les retards de paiement asphyxient les PME qui sont pourtant au cœur de l’emploi et des services dans nos quartiers, fragilisant tout un réseau d’acteurs économiques et sociaux. Cette gouvernance n’est pas une usine à gaz : elle repose sur des outils simples, des informations ouvertes et la responsabilité de chacun. Plus la décision est lisible, plus elle est solide… et moins elle coûte au pays.
Stratégie de financement 2025–2027 : un mélange simple et équilibré
L’État du Cameroun prévoit donc d’emprunter 930 milliards FCFA : 350 Mds sur le marché intérieur (OT/OTA via BVMAC/BEAC), 250 Mds auprès d’acteurs privés locaux, et 330 Mds à l’extérieur. En bref : environ 2/3 tiers en monnaie locale et un 1/3 à l’international.
Pourquoi emprunter localement ? Pourquoi emprunter localement ?
Emprunter localement, c’est important parce que cela permet de soutenir notre marché financier intérieur. Cela signifie que l’argent reste dans le pays la région CEMAC et circule entre les gens, les entreprises et les banques. En résumé, emprunter localement donne de la vie à notre économie et facilite l’accès à des crédits adaptés pour tous et évite le risque de change (on rembourse en FCFA). Attention toutefois : si ces emprunts sont trop courts et trop fréquents, la trésorerie se tend. Il faut sans cesse rembourser puis réemprunter, les banques ont moins de liquidités, et le crédit aux PME se réduit. En plus, ces financements locaux/régionaux sont souvent plus chers que les prêts concessionnels (moins coûteux et plus longs). Le rôle d’un État n’est pas de « survivre » au jour le jour, mais de construire des capacités et de rendre des comptes. Pour que ces emprunts ne deviennent pas une charge trop lourde pour la trésorerie, il faut gérer leur impact « poche par poche », c’est-à-dire selon leur origine et leurs caractéristiques : Marché intérieur (350 milliards FCFA) : ce type d’emprunt est sain à condition d’allonger les durées de remboursement, idéalement entre 5 et 10 ans quand c’est possible. Il faut aussi bien répartir les dates de remboursement tout au long de l’année pour éviter des sorties massives d’argent concentrées en quelques mois.
Prêts locaux (250 milliards FCFA) : ces prêts doivent être négociés avec des modalités souples, notamment des amortissements progressifs et des durées de remboursement supérieures ou égales à 5 ans. Sans cela, la trésorerie de l’État sera fortement ponctionnée chaque mois, ce qui mettrait une forte pression sur le budget courant. Emprunts extérieurs (330 milliards FCFA) : ces crédits apportent un volume important de financement, mais introduisent aussi des risques qu’il faut maîtriser. Le principal est le risque de changement de devise et parfois la variation des taux d’intérêt. Ainsi, en adaptant les durées, en répartissant bien les remboursements, en négociant des modalités souples et en maîtrisant les risques de change, la charge sur la trésorerie publique peut rester supportable. Pour préserver une bonne santé financière, il est important d’équilibrer les sources d’endettement. Emprunter localement favorise le développement du marché intérieur, réduit les risques de change et préserve la souveraineté monétaire. Mais il faut aussi accéder aux marchés extérieurs, qui offrent souvent des volumes plus importants et des conditions longues. Cette dette extérieure doit toutefois être gérée avec prudence, en s’assurant qu’elle finance des projets capables de générer des devises ou de réduire les importations. En combinant ces deux sources de manière équilibrée, le Cameroun peut sécuriser ses financements tout en limitant les risques économiques.

Recommandations du CVFC
Privilégier les prêts concessionnels pour financer l’eau, la santé, l’éducation et les infrastructures de base, car ils sont moins coûteux et plus adaptés au long terme.
Utiliser le marché local et régional pour financer des projets mûrs et productifs, c’est-à-dire ceux qui vont créer des revenus ou permettre d’économiser des devises. Ces prêts doivent avoir des durées de remboursement longues pour ne pas peser trop vite sur la trésorerie.
Protéger les petites et moyennes entreprises (PME) en réservant une part minimale des crédits pour elles. Il faut aussi renforcer un fonds de garantie qui permettra de partager les risques avec les banques et d’alléger les garanties demandées aux PME.
Diversifier les moyens de financement en réouvrant des lignes de crédit, en émettant des obligations liées à des projets spécifiques. Du côté des entreprises, encourager des solutions comme le factoring (vente de créances) ou des bons de paiement garantis pour régler les dettes de l’État envers ses fournisseurs (les Restes à Payer), sans les asphyxier financièrement.
Assurer la transparence en publiant régulièrement ce qui est emprunté, à quel coût, pour quels projets, et où en est leur réalisation. Chaque projet doit être évalué avec un Indice Dette Utile (IDU) qui montre son utilité réelle.
Avec ce mélange clair et cette discipline, la dette n’est plus un réflexe de survie. Elle devient un outil qui soutient le marché local sans l’étouffer, limite le risque de change et accélère l’investissement productif donc l’emploi et les recettes fiscales de demain.
Un appel à une mobilisation collective
Le Cameroun a du potentiel : une jeunesse nombreuse, des terres fertiles, des ressources, des talents d’ingénieurs, d’artisans, d’enseignants et d’entrepreneurs. La dette peut être un levier stratégique pour transformer ce potentiel en résultats visibles : plus d’emplois, des services publics fiables, des entreprises qui grandissent. Mais cela n’arrivera que si nous passons de la dette de survie à la dette de transformation, avec des règles claires et des comptes rendus réguliers. Cet effort demande la contribution de tous. Aux pouvoirs publics : payer à temps, publier des tableaux de bord simples, choisir les projets avec une grille transparente (IDU), allonger les maturités et protéger la trésorerie. Aux élus : exercer un vrai contrôle démocratique, débattre des priorités et voter des budgets disciplinés. Aux entrepreneurs : proposer des projets solides, formaliser l’activité, embaucher et former. Aux banques et investisseurs : financer l’économie productive, pas seulement la dette publique. À la société civile et aux citoyens : suivre, poser des questions, alerter et reconnaître les progrès quand ils ont lieu. Notre invitation est simple : renforcer la gouvernance pour que chaque franc emprunté finance un actif utile, avec des résultats mesurables. La règle d’or, l’IDU, la logique VAR (Visible, Audible, Responsable) et un plan crédible d’apurement des RAP sont des outils concrets, faciles à comprendre, qui redonne de la confiance.
La vision est à notre portée : un Cameroun souverain, prospère et durable, qui ne se contente plus d’exporter des matières premières mais transforme sur place, crée de la valeur et offre des opportunités à sa jeunesse. Une gestion de la dette rigoureuse et inclusive n’est pas un luxe technique ; c’est la condition pour tenir nos promesses collectives. À nous de jouer, ensemble, maintenant.
Charles Menye Président du Comité Citoyen de Vigilance Financière – CEMAC













