Université de Douala

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Une thèse de doctorat sur les langues et cultures nationales

« Le Cameroun face au défi de la généralisation de l’enseignement de langues et cultures nationales : quelles solutions à l’ère de la décentralisation », c’est le sujet de thèse de doctorat Ph D défendu mercredi dernier par Mbeng Nadège Michelle, enseignante des lycées et collèges.

«Très honorable », c’est la mention attribuée à la candidate par le jury présidé par le Pr Jean-Jacques Rousseau Mouaffo mercredi 27 août 2025 au sein de l’école doctorale Sciences Sociales et Humaines de l’université de Douala pour sanctionner le travail de la désormais Dr Mbeng Nadège Michelle. Les recherches ont été réalisées sous la direction du Pr Jules Assoumou de l’Université de Douala et la co-direction du Pr Jean Marcel Essiene, Maitre de conférences à l’Université de Douala. Étalée sur cinq chapitres, cette thèse de 325 pages est née du constat d’un paradoxe qui caractérise le Cameroun. Un pays reconnu comme l’un des plus riches en diversité linguistique et culturelle en Afrique et qui compte plus de 250 langues nationales (ALCAM, 2012) auxquelles s’ajoutent le Français et l’Anglais, langues officielles héritées de la colonisation. Pourtant cette richesse linguistique est aujourd’hui fragilisée : « Les langues nationales restent marginalisées dans les espaces publiques et surtout dans le système éducatif où les langues officielles dominent », pense Dr Mbeng Nadège Michelle. Selon elle, cette situation détruit la transmission intergénérationnelle, affaiblit la valorisation des identités locales ainsi que la cohésion nationale et nourrit les inégalités socio-culturelles. L’entrée en vigueur de la décentralisation en juillet 2024 a ouvert de nouvelles perspectives en transférant les compétences aux collectivités territoriales dans le domaine éducatif. C’est dans ce contexte, qu’elle a voulu interroger la faisabilité et les conditions de généralisation de l’enseignement des langues et cultures nationales, en cherchant à comprendre comment la décentralisation pourrait être un levier. Elle justifie ce sujet de recherche par la nécessité d’analyser les défis et les opportunités liées à la décentralisation afin d’identifier les solutions réalistes et durables. Il s’agit d’explorer comment ce processus peut être mobilisé pour transformer l’école camerounaise en un espace d’inclusion et de valorisation identitaire où les langues et cultures nationales trouvent leur juste place, au service de l’unité nationale et du développement socio-éducatif.

Pour le Pr Jules Assoumou, la thèse de la candidate se situe dans le domaine de la politique et aménagement linguistique, ou plus exactement dans celui de la planification linguistique à orientation éducative. « Elle s’intéresse à la question de l’insertion des langues nationales dans le système éducatif. La candidate relève qu’après le génocide linguistique des périodes précoloniale et coloniale, la société et l’Etat se sont résolument tournés vers la promotion et l’intégration des langues camerounaises dans l’éducation scolaire. Mais la complexité du paysage linguistique, le coût d’un tel investissement (…) constituent des pesanteurs de taille pour une généralisation de la pratique dans l’ensemble du territoire national. L’entrée du pays dans l’ère de la décentralisation semble constituer une opportunité idoine pour une mise en application de la nouvelle politique éducative par les collectivités territoriales décentralisées. La candidate traite un sujet d’actualité qu’elle problématise de manière pertinente. Elle convoque un cadre théorique et un protocole méthodologique appropriés qui lui permettent d’obtenir des résultats probants et de formuler des propositions pertinentes. Même si une modélisation aurait été plus recommandée pour une recherche de ce niveau, cette étude apporte une plus-value significative dans la résolution des problèmes linguistiques du Cameroun » explique le directeur de thèse.

Dr Panisse Istral Fotso

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