Quand Maître Claude Assira, Avocat, répond à son compatriote l’économiste statisticien Nti Dieudonné Essomba et d’autres.
On se cache la face pour éviter de voir la réalité. Ce que je peux comprendre quand on a des valeurs de fraternité, qui constituent le prisme par lequel on a, de bonne foi, la perception de notre environnement.
Cela peut-être un peu ingénu. Et c’est surtout la meilleure façon pour nos dirigeants de fuir un problème réel, car, qu’on se le dise : il existe un problème bamiléké au Cameroun, héritage de la colonisation qui ne souffrait pas de la contestation née et persistante dans cette zone plus que partout ailleurs. Et notre administration post-indépendance étant elle-même un prolongement de son modèle colonial, a conservé le même mode de fonctionnement, la même philosophie d’action et la même méfiance. Bien évidemment, cela n’est inscrit nulle part dans aucun texte de la République mais, pourtant cela a forgé et continue à forger la conscience et l’inconscient individuel et collectif de toutes les générations de Camerounais depuis tellement longtemps qu’on ne cherche même pas à savoir pourquoi ni comment. Tous les clichés liés à chaque tribu que tentent à l’envi de mettre en exergue les partisans du déni sont réels, mais, non seulement ils relèvent plutôt de la gaudriole, mais n’ont jamais eu le même caractère rédhibitoire que la défiance qu’on a, à tort, pour l’homme de l’Ouest. Mbembé n’a pas inventé le fil à couper le beurre. Il n’a fait que dire ce que nous tous nous percevons mais en essayant de nous voiler la face ou en regardant ailleurs. Mbembé n’est pas un dirigeant de ce pays. C’est un alerteur. Ne mettons pas plus que ça de responsabilité sur lui. Ainsi, malgré la folie supposée des Eton, la légèreté alléguée des mœurs des filles Bulu, le style villageois présumé des Bamenda, la superficialité et la paresse proverbiales des Sawa, personne ne vous reprochera jamais de vous être associé à l’un/e d’eux/d’elles par le mariage, les affaires, les projets politiques ou autres. Alors que s’il s’agit d’un originaire de l’ouest camerounais, vous êtes tout de suite mis en garde, voire stigmatisé. En 1999 en France, Madame Calixte Beyala, m’a choisi pour être à ses côtés dans le cadre d’un mouvement (le Collectif Égalité) qu’elle souhaitait alors initier pour obtenir une représentativité (visibilité et audibilité) égalitaire des Noirs dans l’espace et les programmes audiovisuels français. Le constat était que les Noirs représentaient un pourcentage incontestable de la vie quotidienne. Ils participaient à la vie économique, comme opérateurs ou consommateurs, ils étaient justiciables et contribuables mais, comme par hasard, aucun programme spécifique ne les représentait et pire encore, il n’y en avait sur aucune des antennes des grands groupes de médias alors qu’ils étaient souvent brillants élèves dans la plupart des écoles de journalisme. Pourquoi ne les voyait-on pas alors? On a écrit à Chirac, Président, Jospin, Premier ministre, Aubry, Ministre du Travail et de l’Emploi, et Hervé Bourges alors Président du CSA. La réponse qui revenait à quelques nuances près des politiques était que la France est Une et Indivisible. Elle ne connaît pas les catégories fondées sur l’appartenance tribale ou raciale. C’est un peu la même réponse que donnent tous ceux qui nient l’existence d’un problème institutionnel fondé sur la crainte de l’homme de l’ouest. Cette réponse, c’est la politique de l’Autruche, la Méthode Coué. J’ai assisté une consœur avocate militante dans le cadre de la crise post-électorale. Malgré la légitimité de son combat qui devait amplifier l’injustice de son arrestation et de sa privation de liberté, malgré les douleurs subies dans sa chair à la suite de balles reçues, elle n’a pas su trouver l’indulgence de nombreux autres confrères/consœurs, parce qu’elle avait été prise en flagrant délit de s’associer avec « ces gens-là »! Vous vous rendez compte ! Et ce sentiment s’est banalisé et s’est normalisé. Or, en Afrique et plus particulièrement au Cameroun, ce sont les hommes qui sont les institutions. Barack Obama préconisait d’ailleurs d’inverser le paradigme pour avoir des institutions fortes plutôt que des hommes forts. Mais, en attendant, la réalité est tout autre. Une personne qui est imprégnée en elle-même dans les conditions ci-dessus indiquées du sentiment bamiphobe qui transpire de manière réflexive de ses actes de la vie privée va-t-il se sublimer, se surpasser, se transcender lorsqu’il devient un acteur de la vie publique pour se départir de son mauvais génie de haine afin d’agir avec objectivité et esprit de fraternité et de la République ? Je ne le pense pas. Ne nous cachons donc pas derrière notre petit doigt en exigeant une étude scientifique préalable, des données chiffrées. Ce sont les mêmes arguments que le Président Biya a utilisés naguère pour justifier l’absence de mesures fortes contre la corruption. On sait ce que cela a donné. D’ailleurs, ça ne vous surprend pas que rien ne soit entrepris par nos dirigeants pour avoir une meilleure perception de ce phénomène qui va en s’amplifiant? Quand on est un responsable sérieux et qu’on veut se faire une idée sérieuse d’un phénomène, on fait un sondage. Un paramètre utile permet d’avoir une idée d’un phénomène non quantifiable : c’est l’indice de perception. C’est ainsi qu’on mesure la vie. J’attends les résultats de cette étude, car on ne règle pas un problème en l’ignorant ou en feignant de l’ignorer…
Me Claude Assira










