Les méthodes éculées de l’ère Biya face à Tchiroma
Depuis l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle de 2025, Issa Tchiroma Bakary suscite autant de curiosité que d’attaques.
Le dernier épisode en date est relayé par Jeune Afrique qui exhume une vieille affaire de la Camair, liée à un contrat de maintenance conclu avec South African Airways et finalement rompu. Selon l’hebdomadaire, cette affaire pourrait troubler sa campagne. On lui reproche également d’avoir été récemment refoulé d’un aéroport, présenté comme étant dans le viseur de la justice pour des soupçons de corruption remontant à son passage au ministère des Transports entre 1992 et 1996. Mais à y regarder de plus près, cette manœuvre ressemble à bien des précédentes tentatives de discrédit lancées contre des acteurs politiques à l’approche d’une échéance électorale majeure. La ficelle est trop grosse et les électeurs camerounais ne s’y trompent plus. Comment comprendre qu’un dossier vieux de près de trente ans, qui n’a jamais été instruit jusqu’à présent, refasse surface précisément au moment où son porteur affiche ses ambitions présidentielles ? Comment expliquer que les faits supposés, connus depuis des décennies, n’aient jamais empêché Tchiroma d’être ministre, député, porte-parole du gouvernement ou encore acteur politique de premier plan ? La logique démontre par l’absurde que l’argument ne tient pas. Si ces soupçons étaient réellement fondés, la justice aurait eu mille occasions de les instruire et d’en tirer les conséquences, bien avant 2025. Le timing interroge davantage qu’il n’accable. Et s’il fallait rappeler que d’autres candidats, par le passé, ont eux aussi vu surgir des « dossiers » poussiéreux au moment de franchir la ligne de départ, l’opinion camerounaise a déjà appris à relativiser et à distinguer la stratégie politique des faits avérés.
Au fond, cette nouvelle polémique révèle surtout une crainte : celle que Tchiroma puisse peser dans le débat électoral et qu’il faille donc chercher à le fragiliser par des affaires qui ne convainquent plus grand monde. La mayonnaise ne prendra pas, parce qu’elle est préparée avec des ingrédients déjà éventés. Les Camerounais savent reconnaître les vrais enjeux d’une élection des tentatives de diversion, et l’expérience prouve que les campagnes montées de toutes pièces finissent toujours par se retourner contre leurs auteurs.
Pierre Laverdure OMBANG










