Élection présidentielle au Cameroun

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La guerre économique ou l’appel du bon sens

Le Cameroun traverse la pire période de son existence, englué dans une crise de gouvernance sans pareil.

Alors que tous les voyants sont au rouge, le régime du Président Paul BIYA, 93 ans dont 43 en tant que chef d’État, veut rempiler pour un huitième mandat. Un de trop.

L’opposition politique semble essoufflée par ses propres turpitudes. La société civile et le monde intellectuel ne s’accordent pas sur l’approche gagnante pour tourner la page du chaos accéléré. D’aucuns diront que si même l’Église catholique a essayé en vain de décourager les velléités boulimiques d’un despote des temps anciens, qui sommes-nous pour changer le triste sort d’un peuple qui veut voir ses enfants grandir ? Des enfants pourtant kidnappés, soit par la rudesse d’une vie macabre, soit par la secte Boko Haram.

C’est dans ce contexte qu’un collectif à l’éponyme osé s’invita à la table du combat pour l’avènement de la 3ᵉ République au Cameroun. LES INTELLECTUELS PATRIOTES seraient à leur troisième sortie via des tribunes demandant gentiment à « l’homme qui veut mourir au pouvoir » d’aller plutôt au village, sa jeune femme de la cinquantaine avec.

Une cinquantaine d’universitaires et d’hommes de médias auraient donc estimé que l’homme qui a fait d’un repris de justice aux pratiques les plus violentes un ministre-sherif de l’administration territoriale abandonnerait son dessein. Par leurs sorties largement médiatisées, ces intellectuels ont la prétention que les choses changeront simplement sous les injonctions d’un collectif de la société civile. C’est d’ailleurs faire preuve de naïveté extrême que de penser que ce genre d’actes dociles pourrait émouvoir les puissances occidentales et l’ONU, clairement acquises à la cause du statu quo. La preuve de cet engagement de l’Occident en faveur du RDPC est la récente déclaration de l’ambassadeur sortant de France, le Général d’armée Thierry Marchand, lors de son audience d’au revoir : « J’ai vu un Président conscient… ».

Imaginons un Président français invisible, qui ne reçoit que l’ambassadeur des USA rassurant le peuple français que leur chef d’État est encore conscient ! Conscient de ce blocage du mécanisme démocratique d’alternance politique, j’ai catégoriquement refusé la proposition de ce collectif de m’associer à leur projet. Aucune tyrannie ne se sent obligée de s’autocensurer à cause de dénonciations par voie de communiqués d’intellectuels bien intentionnés mais naïfs.

Une dictature se combat par la force des arguments couplée à l’argument de la force. La dissuasion verbale est un leurre et devrait s’effacer au profit d’un rapport de force populaire.

Les populations du Grand Nord au Cameroun sont dans cette dynamique endogène, face à un pouvoir étonnamment silencieux. Un pouvoir qui sait être intraitable, violent contre les hommes politiques aux discours apaisés, montre une mansuétude inquiétante face à la grogne des populations du Septentrion. Un bon signe en soi.

La mise en danger des avoirs commerciaux des puissances étrangères est une autre piste de solution. En effet, le boycott des entreprises françaises (dont Orange et Total Énergie comme chefs de file) aura pour effet immédiat de fragiliser l’équilibre précaire de la coopération militaro-économique entre les deux pays et une énième débâcle politique du Président Emmanuel MACRON en Afrique.

Le déni de démocratie du 5 août 2025, par le choix de candidats à l’élection présidentielle taillé sur mesure, destiné à rendre facile la réélection de l’homme de 93 ans, n’a point suscité la moindre inquiétude ni de l’ONU ni des USA. Pourtant, une convention protectrice d’un processus électoral transparent a été signée entre ELECAM et l’Organisation des Nations Unies ; et l’ambassadeur des États-Unis a pondu un communiqué rassurant le peuple camerounais que la première puissance mondiale se tient à ses côtés. Une fumisterie de plus, démontrant que seuls les peuples africains sont maîtres de leur destin. Le Grand Nord nous montre la voie royale. Il nous reste juste à mettre en pratique tous les pans de la guerre économique, du désabonnement des réseaux sociaux des influenceurs à la solde du régime au boycott des opérateurs économiques nationaux et des entreprises françaises.

Aimé BONNYUniversitaire, Société civile

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