Au- delà du décès, la mémoire d’un engagement
Le décès d’Anicet Ekane en détention, alors que le pays traverse de profondes turbulences post électorales, ne clôt pas seulement le parcours d’un acteur politique singulier : il ravive, par contraste et par continuité, la mémoire des grandes figures qui ont jalonné l’histoire politique du Cameroun.
Président du MANIDEM, Ekane appartenait à cette lignée d’hommes dont l’engagement, parfois discret mais toujours ferme, avait pour horizon l’union pour le changement. Sa vie, faite de constance idéologique, de rigueur intellectuelle et d’une fidélité peu commune à ses convictions, le place désormais dans la mémoire collective aux côtés de noms tels que Ruben Um Nyobe, Ernest Ouandié ou Félix Roland Moumié. Les combats ne furent pas identiques, les contextes non plus ; mais la dénomination commune demeure : celle de militants politiques ayant accepté d’être, chacun à leur manière, les sentinelles de leur époque.
Sa disparition survient alors que les informations disponibles sur les circonstances de sa mort demeurent lacunaires. Les proches évoquent un accès insuffisant aux soins, tandis que les autorités n’ont pas encore produit de rapport détaillé permettant d’établir avec précision les faits. Entre ces récits parallèles, l’exigence d’une enquête indépendante apparaît comme l’unique voie pour transformer l’émotion en compréhension, et la spéculation en vérité établie.
Pour le MANIDEM, désormais en deuil, et pour l’ensemble de ceux qui se reconnaissent dans le long fil des combattants politiques du pays, ce décès résonne comme un appel au recueillement mais aussi à la lucidité. Car la mort d’un opposant en détention interroge toujours, au- delà des appartenances partisanes, la solidité des institutions, la qualité des garanties offertes aux détenus et, plus largement, la manière dont l’État dialogue avec la contestation. Il reste maintenant au gouvernement de lever toute ambiguïté, non seulement pour honorer la mémoire d’un homme, mais pour préserver la confiance indispensable au fonctionnement de toute société républicaine. La clarté, en partielles circonstances n’est pas simplement souhaitable : elle est l’expression même du respect dû à la justice, aux institutions et ceux qui, vivants ou disparus ont porté la parole publique avec courage.
Stivin Temdemnou (journaliste Glob’Media)










