Un coup de pied dans la fourmilière
L’implication personnelle du président de la République semble présager une issue ‘’prometteuse’’ dans ce crime, avec certainement des répercussions sur l’appareil d’Etat.
Il aura fallu près d’une semaine après la découverte du corps de Martinez Zogo, pour que l’on assiste aux premières auditions. Lesquelles concernaient essentiellement des acteurs « périphériques ». D’abord les chefs traditionnels de la Lékié qui ont annoncé vouloir rejeter le corps de leur fils qu’ils voudraient faire enterrer à Mvomeka’a, au caveau de la famille présidentielle ; puis Xavier Messe le journaliste qui a déclaré sur les antennes de Radio Balafon qu’il était informé « minute by minute» de l’évolution des événements depuis l’enlèvement du chef de chaîne d’Amplitude Fm. Précisant avoir été informé deux heures après l’assassinat. L’on en était encore dans l’indignation collective, le procureur de la République dans l’attentisme. Finalement, Paul Biya a signé son entrée en scène, prescrivant une enquête qu’il a confiée à la Gendarmerie nationale, qui devra la mener conjointement avec la police. Et du coup, l’affaire Martinez Zogo est résolument en train de prendre une tournure particulière. Deux jours après, le président de la République a annoncé de premières arrestations. Parlant de personnes fortement suspectées d’avoir joué un rôle dans le cours des événements ayant marqué la mort de l’animateur. Sans livrer le secret des enquêtes.
Au sein de l’opinion nationale, des noms circulent, avec force conviction, sans preuves réelles. Parfois certaines personnes sont jetées en pâture à un peuple qui a soif vérité et de justice. Entre autres, les noms de Jean Pierre Amougou Bélinga le président directeur général du groupe L’Anecdote, Maxime Eko Eko le directeur générale de la recherche extérieure (Dgre), le patron du groupe de presse de Nsam est cité par une certaine opinion comme le commanditaire de l’assassinat. Des sources l’ont même annoncé en détention au Secrétariat d’Etat à la défense (Sed), en même temps que le patron des Renseignements, qui aurait pactisé avec celui-ci pour la sale besogne. Puis le lendemain, les équipes de Vision 4 ont rendu publique une vidéo du magnat de la presse dans une visite de ses structures. « Le Gso a encerclé sa maison, juste pour des nécessités de prévention ; il a été entendu et est rentré chez lui », assure une source. Au sujet de Maxime Eko Eko, «il est passé au Sed mais pour une affaire autre », soutient une autre source.
Mais dans un article ayant pour titre « Des dignitaires du régime camerounais impliqués, selon Rsf», le journal français Libération soutient, citant Rsf qui souligne avoir pu accéder au rapport d’enquête, que « de hautes personnalités du régime pourraient avoir été impliquées dans le meurtre du journaliste ». Soutenant les deux personnalités dont les noms sont cités depuis la fin de la semaine dernière. Le quotidien français écrit que «lors des auditions, le patron de la Dgre a nié avoir été informé du projet d’assassinat de Martinez Zogo. Mais selon Rsfson propre adjoint, Justin Danwé, aurait avoué avoir lui-même organisé et exécuté, avec ses hommes, l’enlèvement, la torture et le meurtre du présentateur ». Ajoutant que « il affirme que son supérieur était tenu informé de l’opération».
De toutes les façons, l’opinion nationale et internationale a soif de vérité et de justice sur cette affaire, et met l’Etat camerounais sous pression. Paul Biya semble être engagé à ne pas réserver à cette autre enquête le même sort que les autres affaires d’assassinat. L’évolution des événements montre que l’homme qui dénonçait les tares des dirigeants et notamment les détournements de deniers publics, n’était pas aimé des pilleurs des caisses de l’Etat. Et l’attitude de la gendarmerie qu’il a sollicitée face à ses bourreaux au moment de son enlèvement peut bien révéler une partie de l’énigme. Il est fort probable que des têtes vont tomber, y compris au sein du sérail. Les jours à venir devraient certainement permettre d’en savoir un peu plus sur l’écheveau que constitue cette affaire.










