Fallait-il en arriver à l’ultimatum du Gecam
Ce qui est désormais convenu d’appeler le chaos du scanning au port autonome de Douala (PAD) a pris une nouvelle tournure avec la sortie le 12 février 2026 du Président du Gecam qui ne s’embarrasse pas de circonspection pour conclure un communiqué sous la forme d’un ultimatum.
« En l’absence d’une issue définitive à cette crise, les entreprises n’auront d’autres alternatives que de mettre en œuvre, à titre conservatoire, dès lundi 16 février 2026, une suspension temporaire des levées de déclarations d’importations et d’exportations ainsi que des déclarations en douane ». Une telle sortie qui n’a pas de précédent et venant de la principale organisation patronale du Cameroun est un indicateur de ce que la coupe est pleine. En prenant le risque de brandir une menace dont la conséquence serait d’en rajouter à l’asphyxie totale de l’économie camerounaise et des pays de l’hinterland de la sous-région, le Gecam a certainement de sérieux arguments justifiant la mise en jeu de sa propre crédibilité.
// Dérive managériale au Pad et crise de gouvernance dans les hautes sphères de l’Etat //
Disons les choses telles qu’elles sont : le mauvais vent qui souffle sur le port de Douala est né d’une dérive managériale au Pad et d’une crise de gouvernance dans les plus hautes sphères de l’Etat, le tout entretenu par des officines de communication aux ordres, des épanchements émotionnels de quelques leaders d’opinion dont la voix porte et des influenceurs dont certains n’ont qu’une connaissance très approximative de l’architecture et des interactions entre les acteurs de la communauté portuaire. Faut-il le rappeler, dans les écosystèmes portuaires, aéroportuaires et autres postes frontières où s’effectuent des activités de commerce extérieur, les processus de vérification des cargaisons et des marchandises, donc de scanning, sont de la responsabilité de l’administration des Douanes. Elle peut les exercer en régie si elle en a les compétences et les capacités ou les concéder à un opérateur privé sur une base contractuelle en prenant en compte entre autres des exigences techniques, technologiques et opérationnelles incluant la maîtrise des données.
Le contrat du 02 mars 2015 confère à la Sgs l’exclusivité de l’inspection par scanner
Pour ce qui est du Cameroun, le gouvernement a concédé à l’entreprise Sgs l’activité de scanning des conteneurs. Cette concession a fait l’objet d’un contrat d’inspection par scanner signé le 02 mars 2015 par le management de la Sgs et le Ministre des Finances d’alors, Alamine Ousmane Mey, en sa qualité d’autorité suprême de la Douane et non en tant que tutelle financière du Pad comme l’allègue une certaine opinion mal avisée. Ce contrat à son article 2.3 confère à la Sgs l’exclusivité du scanning, le gouvernement s’étant engagé à « ne pas utiliser d’autres personnes ou sociétés pour fournir les mêmes services sur le territoire camerounais durant la période de validité du contrat ». Pour ce qui est de la durée, le contrat en son article 3.3 stipule sans ambiguïté qu’il restera en vigueur pour une période de 10 ans à compter de la date de mise en opération du dernier scanner. Or, celui-ci a été mis en service en 2022. Dès lors, l’Etat du Cameroun ayant été juridiquement engagé par le Ministre des Finances, aucune autre autorité ne pouvait modifier la procédure et les processus de scanning sans courir le risque de mettre à mal la signature du gouvernement avec toutes les conséquences réputationnelles et de droit. En s’engageant sur cette voie périlleuse, la direction générale du Pad a outrepassé ses responsabilités et a pris un risque inconsidéré dont l’une des conséquences immédiates est le chaos qui justifie la sortie du Gecam qui, soit dit en passant, confine à une mise en demeure. Certes, les supposées très hautes instructions de la Présidence de la République qui auraient justifié les agissements de la direction générale du Pad, pourraient faire illusion, mais elles n’auraient aucune valeur de droit opposable à un acte juridiquement contraignant pour l’Etat du Cameroun. Si ces instructions étaient avérées, elles auraient été mal informées, donc prises sur des bases erronées. Toutefois, dans l’exécution de son mandat, la Sgs peut avoir été défaillante. Dans un tel contexte, la direction générale du Pad aurait été plus avisée de porter les défaillances à l’attention des parties contractantes afin que les dispositions contractuelles soient activées. Une telle démarche aurait eu de chance de prospérer, ce d’autant que l’article 3.4 du contrat d’inspection par scanner prévoit tous les cas pouvant motiver une résiliation du contrat, y compris le cas où la Sgs se trouverait dans l’incapacité de fournir une partie substantielle des services à la suite de cas de force majeur pendant une période d’au moins six (6) mois.
Un décret de 2019 liste les activités pouvant être transférées ou concédées par le PAD
Bien plus, sur la place portuaire de Douala où cohabitent plusieurs acteurs y compris la Douane, l’article 9 du décret n0 2019/34 du 24 janvier 2019 portant réorganisation du Port autonome de Douala liste de manière exhaustive les activités pouvant être transférées ou concédées par le Pad. Ces activités comprennent : l’entreposage, l’acconage, le transbordement de navire à navire, la manutention, le remorquage/lamanage, le stockage, la gestion des terminaux, le pilotage, les activités industrielles, le transit, l’avitaillement des navires et l’usine à glace. Nulle part ne figure dans cette liste l’inspection par scanner, ce qui est accablant pour la direction du Pad qui là aussi est coupable d’avoir outrepassé ses pouvoirs.
L’Image et l’attractivité du Cameroun sont une fois de plus fortement écornées
Après les correspondances du Ministre des Finances aux directeur général du Pad notamment celle du 29 décembre 2025, après la réunion interministérielle du 29 janvier suivie des directives du Premier Ministre qui n’ont pas ramené la sérénité au port autonome de Douala, après le tocsin sonné le 02 février 2026 par le Syndicat des Industriels du Cameroun (Syndustricam), il faut espérer que l’ultimatum du Gecam produise enfin les effets salutaires attendus. Mais fallait-il en arriver là ? Au-delà du coût économique et financier, c’est une fois de plus l’image et l’attractivité du Cameroun qui se trouvent fortement écornées.

Emmanuel Noubissie Ngankam
Analyste Économique
Ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale
Ancien membre du Comité Consultatif d’Orientation du Pad














