𝘐𝘭 𝘯𝘦 𝘷𝘰𝘶𝘭𝘢𝘪𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘦𝘯𝘴𝘦𝘪𝘨𝘯𝘦𝘳 𝐝𝐞 𝐏.-𝐂. 𝐎𝐦𝐛é𝐭é-𝐁𝐞𝐥𝐥𝐚

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𝐍𝐨𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞

𝐑𝐞𝐦𝐞𝐫𝐜𝐢𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫

J’ai eu le privilège de recevoir ce roman des mains mêmes de son auteur, accompagné d’une dédicace inspirante. À travers cette note, je partage mon expérience de lecteur profane, invitant tout un chacun à s’y confronter avec profit.

𝐔𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐞𝐱𝐩𝐫𝐞𝐬𝐬𝐢𝐯𝐞

𝘐𝘭 𝘯𝘦 𝘷𝘰𝘶𝘭𝘢𝘪𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘦𝘯𝘴𝘦𝘪𝘨𝘯𝘦𝘳 est la signature la plus récente – et sans doute pas la dernière – de P.-C. Ombété-Bella. L’illustration de couverture frappe par son contraste saisissant, dans une configuration inhabituelle et étrange de salle de classe. Les élèves, doigts levés, manifestent une motivation et un engagement palpables à apprendre. Pourtant, le tableau – lieu par excellence de scénarisation des savoirs – est relégué au fond de la pièce, tandis que l’enseignant, dos tourné, semble absent, plongé dans des pensées lointaines. Qu’est-ce qui préoccupe ainsi Calvin Batila, comme le révèle la quatrième de couverture, au point d’abandonner ses élèves ? Plus profondément, qu’explique la désaffection des enseignants pour leur métier ?

𝐓𝐫𝐚𝐣𝐞𝐜𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐝’𝐮𝐧 𝐚𝐫𝐫𝐢𝐯𝐢𝐬𝐭𝐞 : 𝐥𝐞 𝐜𝐚𝐬 𝐂𝐚𝐥𝐯𝐢𝐧 𝐁𝐚𝐭𝐢𝐥𝐚

Le roman conduit le lecteur sur les traces de Calvin Batila, diplômé de l’École normale supérieure de Yaoundé. Pour ce jeune enseignant d’histoire-géographie, être quelqu’un, c’est gravir à tout prix les marches de l’administration : l’échec social prend alors le visage du « simple enseignant ». Son diplôme devient un moyen, la clé du carriérisme. Conscient de sa fragilité, Batila cherche des espaces d’affirmation de soi. En stage au collège Sainte-Cœur-de-Marie, il scrute les filles en classe et glisse subrepticement le numéro de sa chambre de normalien dans son discours pédagogique. Il épouse Murielle moins par amour que pour l’orgueil procuré par la conquête d’une beauté d’exception – femme idéale pour les parades sociales, capable de susciter la jalousie dans ses cercles. Parmi ses stratégies opportunistes, il affine son arrivisme : militantisme affiché au sein de l’UNC, amitiés nouées avec les Nordistes dont il adopte ostentatoirement les habitudes vestimentaires, emprise sexuelle sur sa supérieure hiérarchique, qu’il manipule pour ses ambitions professionnelles. Calvin Batila sort successivement des salles de classe et d’une affectation qu’il juge insultante. Il gravit les échelons administratifs – chef de bureau, chef de service, puis directeur –, mais son appétit vorace reste insatiable : il vise un poste d’attaché à la Présidence de la République. Las, lui et Huguette Itamba sont déchus de leurs ambitions au soir du 4 novembre 1982. Les espoirs du jeune enseignant s’effondrent avec l’arrivée au pouvoir de Paul Biya, l’ancien Premier ministre dont il a régulièrement bafoué l’honneur. Retour à la craie, dans une lointaine bourgade. Et Murielle ? Allons lire !

𝐌𝐨𝐝𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐞𝐭 𝐢𝐧𝐯𝐢𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 à 𝐥𝐚 𝐫é𝐟𝐥𝐞𝐱𝐢𝐨𝐧

Comment se lit ce roman ? D’un trait, si l’on veut ! Simple et captivant, il met le lecteur en quête – selon ses centres d’intérêt – du dénouement des intrigues sexuelles et des quêtes de pouvoir liant Calvin Batila à Huguette Itamba ; des scandales et rivalités secouant les cercles du pouvoir ; du sort de son épouse belle, jeune et intelligente (Murielle) ; d’une éventuelle filiation entre Batila et le narrateur ; ou des valeurs des relations humaines sincères, comme l’amitié Murielle-Liliane ou l’amour Murielle-Pierre-Paul.

On peut aussi – comme moi – choisir de retarder le plaisir, en imposant des pauses à la lecture. Celles-ci, suggérées ou imposées par les ruses du récit, offrent des détours narratifs riches en détails précieux pour la compréhension de l’intrigue.

A𝐬𝐜𝐞𝐧𝐬𝐢𝐨𝐧, 𝐜𝐡𝐮𝐭𝐞 𝐞𝐭 𝐜𝐫𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞

Roman de l’ascension fulgurante ou de la chute vertigineuse ? Roman de l’esse (être) ou du posse (possible) ? Une chose est sûre : derrière ce titre en forme négative se déploie l’histoire de nombreux diplômés de l’ENS, échoués par accident sur les berges de l’enseignement.

Leur arrivisme voile de médiocrité la noblesse du métier. Combien de Calvin Batila notre société compte-t-elle aujourd’hui, qui ne veulent pas enseigner ? Peuvent-ils seulement enseigner, ces porteurs du diplôme de l’ENS qui encombrent bureaux et couloirs des administrations pour y cacher leur médiocrité ?

Jacques Èvùnà, Universitaire.

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