Les populations exigent une autre déviation afin d’éviter la destruction de leur patrimoine et de leur village.
Les habitants du village Logmbon, dans l’arrondissement de Pouma, département de la Sanaga Maritime, ont perdu le sommeil depuis que le projet de l’autoroute Yaoundé-Douala passe dans leur localité. Si le passage de l’autoroute en soi n’est pas un problème, c’est juste que les populations autochtones dénoncent les méthodes employées dans cette opération, qui touchent leurs habitations, tombes et autres lieux sacrés de ce terroir. Après avoir connu deux déviations pour des raisons non élucidées jusqu’ici, l’entreprise Rainbow insiste pour faire passer la route au niveau des habitations, alors même que les populations proposent une délocalisation de cinq cents mètres dans la forêt.
Réunis dans le cadre d’une manifestation mardi dernier, pancarte en main, ils appellent à un arbitrage des pouvoirs publics.
« Mon souci, c’est que l’autoroute veut passer ici. Je ne suis pas contre l’autoroute, mais la déviation qu’on a faite, puisque voici la troisième déviation qu’on est en train de faire, la première déviation était loin en bas. Ils ont dit que c’était la chefferie, après la chefferie, ils sont partis au milieu, là au milieu, ils ont dit qu’il y avait agglomération maintenant. S’ils sont en train d’éviter l’agglomération, pourquoi venir nous enlever ? Nous, on n’était pas programmés. Je préfère que l’autoroute reprenne sa route normale. Ce n’est pas dévier, peut-être parce que nous n’avons pas de moyens, nous sommes des hommes sans voix. Je prie l’État de comprendre ce que je suis en train de dire. Je prie l’État de ramener la route là où elle sort », déplore Ngo Massock Claire, native de Logmbon.
Les populations plaident pour une délocalisation de l’emprise de l’autoroute vers les jachères situées à environ 500 m des habitations.
« Nous sommes tellement contents que l’autoroute passe par notre village, mais nous souhaitons que, quand on veut faire un travail, on essaye de demander aux populations, aux gens qui habitent ce village. Parce que nos arrières grands-parents sont ici depuis très longtemps. Quand la société Rainbow, qui s’occupe de la logistique pour déguerpir les gens, est arrivée, on leur a montré un terrain qui est juste à côté de nos maisons pour pouvoir décaler, si ça peut épargner tout le monde. Si on l’a fait de l’autre côté, pourquoi on ne ferait pas pareil ? Ici, en plus, ça éviterait à l’État de dépenser de l’argent inutilement. On a déposé nos doléances, mais jusque-là, ils ont fait le traçage, mettre des croix sur les maisons. Nous demandons que l’État prenne en compte nos doléances, qu’on nous repousse l’autoroute à un kilomètre d’ici, parce qu’il y a un terrain vide, il n’y a personne qui habite là-bas », explique Malelel Albert Nestor, fils de Logmbon.
Pour les détenteurs du pouvoir traditionnel, ces pratiques ne sont pas sans conséquence, celles-ci peuvent parfois être néfastes.
« En tant que tradipraticien, patriarche, nous savons que les tombes sont d’une délicatesse à nulle autre pareille. Déterrer les tombes, ça laisse des malédictions dans des familles. Si la terre et la forêt sont libres, là-bas, pourquoi venir déterrer les gens, pourquoi venir casser les maisons, pourquoi venir chercher les problèmes? » S’interroge Mbombock Binyom Joseph. Alors, « nous prions pour que l’État aille un peu plus loin, dans des endroits inoccupés, qu’il laisse les tombes. Les tombes sont sacrées, il y a d’autres sites que nous ne devons pas toucher », conclut-il.
Stéphane Antoine Ayissi










