Saisie d’une tonne de drogue à Douala
Des agents des douanes sont tombés sur des marchandises suspectes dans un hangar de l’aéroport. À l’intérieur, des centaines de kilos de poudre blanche et des millions de comprimés de tramadol soigneusement emballés.
Ici, on aime les gros chiffres. Surtout quand il s’agit de montrer que l’État veille. Alors quand les douanes ont annoncé, en grande pompe, la saisie de plus d’une tonne de drogue à l’aéroport international de Douala, ça a fait « Oh ! » dans tout le pays. On a sorti les caméras, on a félicité les services de sécurité… Mais toi et moi, on s’est regardés et on s’est dit : « Doucement, doucement… cette histoire, elle tient vraiment debout ? » Le coup de filet qui fait du bien au moral. Imagine la scène : des agents des douanes qui tombent sur des marchandises suspectes dans un hangar de l’aéroport. Ils fouillent, et là, paf ! Des centaines de kilos de poudre blanche et des millions de comprimés de tramadol soigneusement emballés. La télévision nationale en parle au journal de 20h. Les réseaux sociaux s’enflamment. Le gouvernement peut souffler un peu : « Vous voyez, on fait notre travail, on protège la jeunesse ! » Sur le papier, c’est une victoire. Et une victoire, par les temps qui courent, ça n’a pas de prix. Parce qu’à côté de ça, le pays est un peu « collé au sol » financièrement. La vie est chère, les comptes ne tournent pas rond, et il faut aller tirer la cravate devant le FMI et la Banque mondiale pour demander des sous. Allemagne ? Soudan du Sud ? Euh… on s’est peut-être un peu trompés de carte ? Mais c’est là que ton œil de lynx, lecteur, a commencé à gratter l’étiquette. Parce que dans les premières annonces, on a entendu deux choses qui clochent grave :
1. La cocaïne venait d’Allemagne.
2. Le tramadol venait du Soudan du Sud. Là, tu t’es arrêté et tu as dit : « Attends, attends. La cocaïne, ça pousse en Allemagne maintenant ? Depuis quand les montagnards bavarois cultivent la coca ? Et le tramadol, ces comprimés fabriqués à la chaîne, on les produit au Soudan du Sud, un pays qui n’a même pas d’usines à médicaments à cause de la guerre ? » Eh bien non, mon ami. C’est ce qu’on appelle un petit tour de passe-passe médiatique. En réalité : La cocaïne, elle vient d’Amérique du Sud (Colombie, Pérou…). L’Allemagne, c’est juste une escale. Un « hub » comme on dit dans le jargon. La drogue arrive dans les grands ports européens, elle est reconditionnée, et hop, on la réexpédie vers l’Afrique. Dire qu’elle vient d’Allemagne, c’est techniquement vrai pour la douane, mais ça cache le vrai chemin.

·Le tramadol, lui, il est fabriqué principalement en Inde. Oui, monsieur ! Des labos indiens en produisent des tonnes. Ensuite, ça traverse l’océan, ça passe par des ports de l’Est africain (Kenya, Tanzanie), ça traverse le Soudan du Sud en camion parce que c’est une zone un peu « floue », et ça arrive chez nous. Donc le Soudan du Sud, c’est le dernier coin de rue avant la maison, pas l’usine. Alors pourquoi raconter l’histoire de cette manière ? Pourquoi simplifier à ce point ? Faire le beau devant les « Bretons Wood » et les Blancs. Toi-même tu l’as dit : le gouvernement est en manque de légitimité et à genoux financièrement. Alors il faut faire le ménage devant la porte pour que les visiteurs (les bailleurs de fonds, la France, les États-Unis) voient qu’on est des gens sérieux. Une saisie d’une tonne, c’est la photo parfaite pour la réunion du FMI à Washington. Ça veut dire : « Regardez, on lutte contre le crime, on contrôle nos frontières, on est un partenaire fiable. Alors, le prêt, il arrive quand ? » Et pour la population ? C’est la dose de « morale » nécessaire. On montre qu’on est forts, qu’on protège les enfants, et on oublie un peu le prix du carburant et du poulet qui augmentent. C’est ce qu’on appelle la diversion. Pendant qu’on parle de la drogue, on ne parle pas de la crise. Alors, on fait quoi de cette info ? Faut-il cracher dans la soupe et dire que la saisie est fausse ? Non, sûrement pas. La drogue était bien là, les douaniers ont bien fait leur boulot sur le moment. C’est une vraie prise. Mais le problème, c’est l’histoire qu’on raconte autour. C’est cette tendance à vouloir nous prendre pour des enfants en nous servant une version simplifiée, aseptisée, qui arrange tout le monde : elle ne fâche pas les vrais producteurs (en Asie, en Amérique du Sud) et elle flatte les pays de transit (en Europe). Le fond du problème, il est ailleurs. La vraie question, elle n’est pas seulement dans l’avion ou le camion qui a transporté la drogue. Elle est dans les complicités locales. Comment une tonne de marchandise interdite passe-t-elle les contrôles ? Qui a fermé les yeux à l’aéroport ? Qui devait recevoir l’argent de cette vente ? Mais ça, c’est une autre histoire. Une histoire moins glorieuse, plus gênante, qui ne fera pas la une des journaux télévisés. En attendant, on applaudit bien fort la saisie, on se prend en photo avec les billets et la poudre, et on espère que les « Bretons Wood » sont contents. En tout cas, une chose est sûre : à force de faire feu de tout bois pour paraître « clean », il ne faudrait pas que le bois prenne feu et qu’on se brûle les doigts. Parce qu’à ce petit jeu, tout le monde finit par savoir que la poudre aux yeux, même bien emballée dans une valise diplomatique, ça reste de la poudre aux yeux. Et toi, lecteur, tu y crois à cette histoire ? Ou tu penses qu’on nous a encore servi un bon « ndolé » médiatique bien épicé pour nous faire avaler la pilule Ralph T









