Le rideau d’un long mutisme institutionnel s’est fissuré dans la capitale politique métropolitaine. Après près de trois mois de silence, de procédures et de douleur, les autorités de la République ont finalement levé les restrictions sur la dépouille du président national du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem). Toute chose qui ouvre la voie à l’organisation obsèques longtemps entravées. Mort en détention le 1er décembre 2025 après son embastillement à Douala pour avoir reconnu Issa Tchiroma Bakary comme vainqueur de la présidentielle du 12 octobre, le leader du Manidem laisse derrière lui une affaire brûlante.
C’est un ouf de soulagement pour le conseil des ayant-droits d’Anicet Ekane, surtout que la famille a éprouvé, ces derniers temps, des difficultés pour entrer en possession de la dépouille de leur père/ époux pour faire le deuil. « Nous disons, aujourd’hui, à l’opinion que ces démarches que nous avons entreprises ont trouvé leur issue ce matin(lundi, 23 février 2026) et que nous avons reçu la correspondance du commissaire du gouvernement qui nous informait de ce que aujourd’hui même, les gendarmes, les collaborateurs du Service central de recherches judiciaires(Scrj) avaient reçu pour mission d’effectuer la levée des scellés du corps d’Anicet Ekane », indique Hippolyte Meli.
Le conseil des ayant-droits d’Anicet Ekane annonce avoir saisi, avant ce dénouement, le commissaire du gouvernement à travers des correspondances, notamment deux requêtes datées du 21 janvier et du 13 février 2026. Question de solliciter la mesure de main levée des scellés sur le corps du défunt leader national du Manidem. Cette démarche a été diligentée après la saisine du secrétariat d’État à la défense en charge de la gendarmerie le 29 décembre 2025. Après 85 jours, toutes les restrictions qui pesaient sur cette dépouille à la morgue de l’hôpital central de Yaoundé viennent d’être levées.
Depuis le lundi, 23 février 2026, les frais de la conservation de la dépouille reviennent à la famille du défunt. Pour Me Emmanuel Simh, il reste une ultime étape, à savoir celle de la publication du rapport d’autopsie. Le commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé a rassuré le conseil des ayant-droits que ce rapport sera disponible dans les prochains jours. « Il reste un élément, ce sera le rapport d’autopsie. Il nous a été annoncé par le commissaire du gouvernement que dans les jours qui viennent, nous pourrons être en mesure d’avoir ce rapport d’autopsie, qu’évidemment, la famille reprendra. Et la famille, seule, aura décidé si oui ou non ce rapport sera rendu public parce qu’il s’agit là, quand-même, du secret médical. Donc, on attend son rapport d’autopsie », explique Emmanuel Simh.
La famille a donc droit de fixer la date des obsèques et d’organiser les rituels funéraires du défunt. D’ores et déjà, la mission du conseil des ayant-droits d’Anicet Ekane est terminée. Place à la famille qui devra faire le deuil près de trois mois après la mort en détention de son chef. La levée des scellés sur la dépouille intervient deux jours après que Maurice Kamto, leader national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), a dénoncé, le 21 février, la confiscation du corps de l’homme politique par l’État du Cameroun. Dans un communiqué rendu public, le candidat recalé à la présidentielle du 12 octobre 2025 a décrié cette situation qui, non seulement, est « incompréhensible, mais constitue un acte de cruauté supplémentaire infligé aux proches du défunt ». M. Kamto s’est insurgé aussi contre ce qu’il qualifie de « pratiques barbares et inhumaines dignes des dictatures les plus obscurantistes » et a conclu à la thèse selon laquelle « la rétention du corps d’un dirigeant politique connu, dans un contexte où les circonstances de sa mort restent obscures, renforce le sentiment d’un assassinat politique orchestré ».
Serge Aimé BIKOI









