Crise au Moyen-Orient

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Les retombées sur le Cameroun

La crise au Moyen-Orient affecte le Cameroun principalement par des tensions économiques et sécuritaires. L’augmentation des prix de l’énergie due aux perturbations du marché pétrolier impacte les coûts d’importation et la stabilité macroéconomique.

L’augmentation du prix du pétrole à 115 dollars le baril, soit une hausse de 30 % en une journée, est directement liée à l’escalade des tensions géopolitiques entre États-Unis, Israël et Iran. Cette flambée reflète la vulnérabilité du marché pétrolier aux conflits régionaux, notamment en raison de la menace sur les flux d’exportation par le détroit d’Ormuz. L’impact est amplifié par l’incertitude quant à une éventuelle intervention militaire ou une interruption des livraisons, renforçant la spéculation. L’Iran a réduit drastiquement le trafic maritime au détroit d’Ormuz, un couloir stratégique, à moins de 20 %, provoquant des blocages et une réduction volontaire de la production dans le Golfe. Parallèlement, les pays africains producteurs comme le Nigéria, l’Angola, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal pourraient bénéficier d’une valorisation accrue de leurs exportations grâce à cette tension mondiale.

L’Afrique perd environ 15 milliards de dollars annuels en valeur ajoutée en exportant principalement du pétrole brut, au lieu de le raffiner localement. Ce modèle coûte cher : seuls 25 % du pétrole africain sont raffinés sur le continent, contraignant les pays à importer des produits raffinés à des prix plus élevés. Cette dépendance augmente la facture énergétique, complique les subventions aux carburants et risque de provoquer une hausse des prix à la pompe, avec des répercussions sur l’inflation des biens de première nécessité. Investir dans la raffinerie locale pourrait transformer cette perte en opportunité économique durable.

Le blocage du détroit d’Ormuz, vitale pour le transport pétrolier, contraint les navires à emprunter une route plus longue via le cap de Bonne-Espérance, ajoutant environ 5 000 km à leur trajet. Cette réorientation entraîne une hausse significative des coûts de fret, qui se répercutent sur les prix des produits aux consommateurs. L’impact économique est déjà sensible, avec un gel sans précédent du commerce maritime mondial. Les armateurs, face à l’instabilité régionale, optent massivement pour cette nouvelle trajectoire, ce qui remet en question la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Le Nigeria a fait un pas décisif vers l’autosuffisance énergétique avec la mise en service de la raffinerie Dangote, la plus grande d’Afrique, capable de traiter 650 000 barils par jour. Bien que son fonctionnement soit encore à mi-chemin de sa capacité en 2024, elle permet déjà de réduire les importations de carburants et de prioriser le marché local, évitant ainsi les pénuries. Cette initiative, portée par un investissement privé, remplace les quatre raffineries publiques abandonnées depuis 2019, marquant une transition stratégique vers une gestion plus efficace des ressources pétrolières.La situation des Camerounais résidant dans le Golfe persique reste préoccupante en raison des tensions persistantes au Proche et Moyen-Orient. Le ministère des Affaires étrangères a appelé les ressortissants à rester vigilants, tandis que certains ont exprimé leur anxiété sur les réseaux sociaux. Malgré l’absence de pertes signalées, le Cameroun facilite le retour de ses citoyens, même ceux dont les passeports ont expiré, pour assurer leur sécurité. Des mesures diplomatiques et logistiques sont en cours pour garantir leur protection.

Rayan Sofo, journaliste (Glob’Media)

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