𝟐𝟎 𝐦𝐚𝐫𝐬 𝟏𝟗𝟗𝟖 – 𝟐𝟎 𝐦𝐚𝐫𝐬 𝟐𝟎𝟐𝟔
𝐔𝐧𝐞 𝐦𝐨𝐫𝐭 𝐞𝐧 𝐩𝐥𝐞𝐢𝐧𝐞 𝐦𝐞𝐬𝐬𝐞, 𝐞𝐧 𝐩𝐫𝐞́𝐬𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐂𝐡𝐞𝐟 𝐝𝐞 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐭
Ce vendredi 20 mars 1998, la cathédrale Notre-Dame des Victoires de Yaoundé est noire de monde. Des milliers de fidèles s’y sont rassemblés, aux côtés de nombreuses autorités civiles et religieuses. Parmi elles, le Chef de l’État, venu personnellement assister à la messe de requiem célébrée pour Monseigneur Paul Etoga, évêque émérite de Mbalmayo, décédé quelques semaines plus tôt. À l’autel, la célébration est solennelle; Monseigneur Jean Zoa, archevêque de Yaoundé, préside lui-même l’office, entouré de plusieurs évêques, dont le cardinal Christian Tumi.
L’atmosphère est empreinte de recueillement. Les chants montent, la prière unit l’assemblée, chacun rend hommage au défunt.
Rien ne laisse présager le drame
Puis, au cours de la célébration ; des mouvements inhabituels s’observent autour de l’autel.
Subitement, les visages se ferment, l’inquiétude gagne : Monseigneur Jean Zoa vient d’être pris d’un malaise. D’abord discret, presque imperceptible pour la foule, le trouble s’intensifie rapidement. L’archevêque vacille, les évêques s’approchent pour le soutenir. La tension devient palpable, jusque dans l’assistance où se trouvent les plus hautes autorités de l’État. Très vite, la décision est prise. Dans une atmosphère de stupeur, en présence du Chef de l’État, des ministres et de toute l’assemblée, Monseigneur Jean Zoa est évacué en urgence hors de la cathédrale. Il est conduit à l’hôpital central dans l’ambulance de l’escorte Présidentielle. La messe est suspendue un instant, puis reprise difficilement par le cardinal Christian Tumi. Dans les bancs, les fidèles comprennent peu à peu. Les regards se croisent, inquiets, le silence devient lourd.
Quelques minutes plus tard, la nouvelle tombe : Monseigneur Jean Zoa est décédé.
Une crise cardiaque vient de l’emporter. La triste nouvelle est portée à l’attention du chef de l’Etat Paul Biya par ses services spécialisés.
La consternation est générale
Certains fidèles éclatent en sanglots, d’autres restent figés, incapables de réaliser ce qui vient de se produire. Comment comprendre qu’en venant présider une messe pour un défunt, l’archevêque devienne lui-même, en quelques instants, celui que l’on pleure ? À l’extérieur, la nouvelle se répand dans toute la ville de Yaoundé, puis dans le pays entier car la cérémonie était retransmise en direct à la radio (CRTV). Le Cameroun est sous le choc. Après la cathédrale, le chef de l’État ira s’incliner devant la dépouille de Mgr Jean Zoa à l’hôpital central avant de regagner le palais de l’unité.
Une mort brutale, mais profondément symbolique.
Né en 1924, ordonné prêtre en 1950, Monseigneur Jean Zoa fait partie des grandes figures fondatrices de l’Église au Cameroun. Docteur de Rome en 1953, il participe activement au Concile Vatican II (1962-1965), contribuant aux grandes orientations de l’Église moderne.
Le 21 décembre 1961, il devient le premier archevêque camerounais et l’un des premiers archevêques noirs d’Afrique francophone, succédant à Monseigneur René Graffin. Pendant 37 ans, il guide l’archidiocèse de Yaoundé. Il laisse comme héritage visible la Basilique Marie-Reine-des-Apôtres de Mvolyé. Convaincu du rôle central du laïcat, il encourage son organisation à travers les Bikoan, faisant de ces associations un levier de développement et de solidarité. À ses funérailles assistent une trentaine d’évêques, trois cents prêtres, et des milliers de fidèles
Arol KETCH – 22.03.2026
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