Francophonie : La célébration sous le signe du plurilinguisme à l’Université de Bertoua

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À l’Université de Bertoua, la Francophonie s’est déclinée cette année sous une forme résolument académique et réflexive. Les 17 et 18 mars 2026, l’ACELDIL (Association des Chercheurs et Enseignants-chercheurs en Linguistique et Didactique des Langues) y a organisé une conférence scientifique internationale en ligne consacrée aux enjeux du plurilinguisme dans l’espace francophone.

Placée sous le thème : « La langue française face au plurilinguisme africain : coexistence, complémentarité et tension », la rencontre a réuni, pendant deux jours, des chercheurs venus d’une dizaine de pays, parmi lesquels le Cameroun, le Maroc, la Côte d’Ivoire ou encore le Tchad. Tous ont interrogé la place du français dans des sociétés marquées par une forte diversité linguistique, en lien avec les défis éducatifs et les dynamiques de développement. Dès l’ouverture, la promotrice de l’association, Docteure Hélène Bilo’o, a rappelé les fondements de la Francophonie : « promouvoir la langue française tout en valorisant la diversité culturelle ». Un principe qui, selon elle, prend un relief particulier dans le contexte actuel, où les tensions sociales trouvent souvent leur origine dans l’incompréhension de l’Autre. « La langue reste l’un des chemins les plus directs vers l’altérité », a-t-elle souligné, plaidant pour une reconnaissance accrue du plurilinguisme comme facteur de paix. Dans sa leçon inaugurale, le professeur Alexi-Bienvenu Belibi met en garde contre ce qu’il qualifie de « guerre froide des langues » au sein des pays francophones. En cause : des représentations dépréciatives persistantes à l’égard des langues africaines, souvent perçues comme inaptes à porter la modernité. Il appelle à « déconstruire un imaginaire hérité de la période coloniale », en intégrant davantage ces langues dans les systèmes éducatifs et les sphères institutionnelles.

Au fil des communications, les intervenants ont convergé vers une même exigence : repenser les politiques linguistiques. Parmi les pistes évoquées figurent la promotion de formes de bilinguisme adaptées aux réalités locales ou encore une meilleure prise en compte des interférences linguistiques dans les outils pédagogiques.

Pour le Doyen de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences humaines, Martin Paul Ango Medjo, l’événement marque également une étape dans la transformation des pratiques universitaires. Entièrement organisée sur la plateforme Zoom, la conférence témoigne de « l’appropriation progressive du numérique comme levier d’enseignement et de diffusion du savoir ».

Au-delà des débats, une conviction s’est imposée : loin d’être en concurrence, le français et les langues locales constituent, ensemble, un levier stratégique pour le développement du continent africain.

Dr Albin Nelson Georges Houack (Université de Bertoua)

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