GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE : L’HEURE DE VÉRITÉ POUR YAOUNDÉ : Le colosse aux pieds d’argile face aux sombres prédictions du FMI

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Sous le vernis d’une « résilience » souvent vantée, l’économie camerounaise vacille. Au terme de ses consultations au titre de l’article IV, le Fonds Monétaire International (FMI) livre un diagnostic sans concession : entre inflation persistante, creusement de la dette et menaces de dévaluation planant sur la zone CEMAC, les signaux passent au rouge. Décryptage d’un rapport qui sonne comme un ultime avertissement avant la tempête.

Une croissance « molle » face à l’explosion démographique

Le FMI prévoit un léger redressement de la croissance à 3,3 % en 2026, après un creux à 3,1 % en 2025. Si ces chiffres peuvent paraître satisfaisants dans un contexte de chocs externes, l’analyse économique est plus sévère. Avec une croissance démographique de 2,8 % (selon le BUCREP), l’augmentation réelle de la richesse par habitant est quasi nulle. On est loin, très loin des 8,1 % de croissance annuelle visés par la Stratégie Nationale de Développement (SND30). Le Cameroun semble piégé dans une « croissance molle » qui ne parvient pas à réduire la pauvreté structurelle.

Le spectre de la dévaluation et les « déficits jumeaux »

C’est sans doute le point le plus brûlant du rapport, bien que formulé dans le langage diplomatique des institutions de Bretton Woods : la pérennité du franc CFA est en question. Le Cameroun souffre de ce que les économistes appellent les « déficits jumeaux » : Déficit budgétaire : L’État ne dégage pas assez de marges (solde primaire négatif) pour payer les intérêts de sa dette sans s’endetter davantage.

Déficit du compte courant : Il devrait se creuser à -5,3 % en 2026.

Cette dégradation entraîne une fonte des réserves de change de la zone CEMAC. Selon certaines indiscrétions, le FMI redouterait une crise monétaire imminente si des mesures correctives ne sont pas prises, agitant ainsi le spectre d’une dévaluation à moyen terme.

L’investissement public : le tonneau des Danaïdes ?

Le rapport pointe également une inefficience chronique de la dépense publique. Alors que le taux d’investissement global stagne autour de 19 % (contre les 25-30 % nécessaires pour l’émergence), les projets dits « structurants » multiplient les retards et les absurdités logistiques : Le Port de Kribi, toujours enclavé faute de routes terrestres, obligeant au cabotage maritime vers Douala. L’autoroute Yaoundé-Douala, dont les 60 premiers kilomètres s’achèvent en pleine forêt après 8 ans de travaux. Le projet de mobilité urbaine de Douala, toujours au point mort malgré un financement de 250 milliards de FCFA approuvé en 2022.

Vers une hausse inévitable des prix à la pompe ?

Le FMI ne lâche pas de lest sur la réforme des subventions aux carburants. Avec la réhabilitation toujours attendue de la SONARA et la volatilité des cours mondiaux liée aux tensions au Moyen-Orient, l’institution pousse pour un « mécanisme de fixation automatique des prix ». En clair : une nouvelle hausse des prix à la pompe est plus que probable pour soulager les finances publiques.

Un secteur bancaire sous perfusion d’État

Enfin, la « sévère crise de trésorerie » de l’État inquiète. Les banques locales sont de plus en plus exposées aux titres publics (Bons et Obligations du Trésor), ce qui réduit leur capacité à financer le secteur privé productif. Le FMI appelle à une « vigilance constante » face à cette emprise de l’État sur le système financier.

Rayan Sofo, journaliste (Glob’Media)

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