Rêve canadien : Chronique d’une immigration désenchantée

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Derrière la carte postale des opportunités canadiennes, se cache souvent une réalité brutale : celle du déclassement social, de la précarité économique et des déchirements familiaux. Entre le coût de la vie exorbitant et l’isolement, de nombreuses mères célibataires se retrouvent prises au piège d’une survie qu’elles n’avaient pas anticipée. Au milieu de ce combat, des pères, restés au pays ou mis à l’écart, réagissent par un silence qui n’est pas toujours de l’indifférence, mais le cri d’une autorité parentale bafouée. Une réflexion poignante de Binkù la Nerveuse sur les « fractures » dont les enfants sont les premiers héritiers.

Le canada : paradis sur Facebook, survie en coulisses.

Le Canada, deuxième plus vaste pays du monde, est une terre de rigueur de droits et d’opportunités. Mais derrière les paysages propres et les promesses bien emballées, il y a une réalité dont on ne vous parle jamais, que je m’en vais vous révéler aujourd’hui. Ici on ne manque pas de tout, mais on peut manquer de stabilité, de repères et de dignité économique immédiate. Le rêve canadien qu’on vous raconte il est souvent incomplet. Venir au Canada sans préparation c’est accepter sans le savoir un choc qui peut créer ou amplifier en vous la dépression. Ici le travail ne vous attend pas à l’aéroport, sauf pour ceux qui ont obtiennent un permis de travail depuis le pays. Ici, vos compétences ne suffisent pas toujours. Il faut parfois recommencer au bas de l’échelle, se former à nouveau. Et pendant ce temps, la vie ne cesse de coûter cher. Le loyer tombe en début de mois, les économies grâce auxquelles vous pouviez tenir pendant des années au pays, fondent rapidement en quelques semaines. Et votre orgueil aussi. Ici, la vie ne te laisse pas le temps d’apprendre, elle te facture pendant qu’elle t’enseigne. Pour une mère célibataire, le combat est encore plus rude. Ici la colocation coûte min 500 dollars/ mois (min 200mil Fcfa) pour une chambre, 1000 dollars pour un petit studio. Ne vous fiez donc pas aux images que beaucoup publient. Nombreux sourient en public, mais comptent les pièces en privé. Beaucoup dépendent des banques alimentaires (les dons d’aliments ou les restes des supermarchés). La plupart des mères célibataires négocient leur dignité en vendant leur corps contre la survie… C’est pourquoi, lorsqu’une opportunité de départ s’ouvre à une famille, soit ils viennent ensemble, soit le père s’avance pour préparer le terrain à sa famille. Nous sommes dans un pays qui favorise les femmes en matière pénale, mais sur le terrain, il n’y a pas de partialité économique. L’argent ne tombe pas du ciel parce que tu es une mère célibataire. La loi peut te reconnaître, mais seul ton revenu te soutient. Imaginez maintenant un père resté au pays. Un père qui hier encore voyait ses enfants grandir dans un certain confort, et aujourd’hui les imagine entassés dans une chambre alors qu’ils vivaient dans un duplex, exposés à des inconnus, au froid, à l’incertitude, à la faim alors qu’ils n’en manquaient pas. Petit exemple: un doigt de plantain ici coûte min 1$ (400f). Pour 3 bouches, faites le calcul de la ration quotidienne. Imaginez donc ce décalage brutal entre ce que leur père leur offrait au pays… et ce qu’ils vivent désormais ici. Alors quand ce père refuse d’envoyer de l’argent, l’opinion publique s’enflamme. On le juge et le condamne fort. Mais a-t-on pris le temps d’entrer dans sa tête, sa douleur et sa colère ? Ce refus est-il forcément de l’irresponsabilité… ou une réaction à une blessure profonde ? Tout refus n’est pas une absence d’amour… certains sont des cris étouffés. Car il ne s’agit pas seulement d’argent. Il s’agit de lien, d’autorité parentale et d’existence dans la vie de ses enfants. Être privé de ses enfants pendant des mois, sans voix, sans regard, sans appel… et devoir en plus financer le rêve canadien d’une femme et une réalité qu’on n’a pas validé pour ses enfants, ce n’est pas un peu trop lui demander ? On ne peut pas exiger d’un père qu’il paie tout en lui refusant ne serait-ce que d’exister. Et puis, même lorsque certains pères assument financièrement, combien d’enfants grandissent en sachant d’où vient réellement ce soutien ? Combien de mères célibataires prennent le temps de dire à leur progéniture : « ton père a payé ton école”, « ton père a envoyé ta ration » ? Et dans son esprit il s’est peut-être dit comme beaucoup de pères » que je donne ou pas, on ne dira pas que j’ai donné. En plus on m’empêche même de voir mes enfants donc mieux je laisse ». Certains parents surtout les femmes pensent souvent que le meilleur moyen de punir l’autre parent c’est de lui retirer l’accès à ce qu’il aime le plus. Mais quand la colère prend le volant, les enfants deviennent souvent des passagers involontaires. Peut-être a-t-elle pensé que cela durerait et que le père supplierait indéfiniment. Et pendant un temps, cela a fonctionné. Mais le silence d’un homme blessé n’est pas vide. Il se remplit de décisions et de froide lucidité. On confond souvent silence et faiblesse, jusqu’au moment où il devient distance. Bref, vivre au Canada ne signifie pas automatiquement vivre mieux. Vivre mieux c’est être préparé et responsable de ses choix.
Changer de pays ne change pas la réalité. Il change seulement le décor dans lequel la réalité te rattrape.

Binkù la Nerveuse (quand les enfants sont au centre, il faut sortir des guerres d’ego. Parce qu’au final, les adultes se battent mais ce sont les enfants qui héritent des fractures.

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