Sauver la vie politique au Cameroun : Faire la politique pour la gestion de son pain quotidien

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Pendant des décennies, la scène politique camerounaise a été le théâtre d’une mise en scène centrée sur l’ego. Faire de la politique revenait à choisir son « champion », à s’aligner derrière des figures charismatiques dont la principale fonction était d’incarner une posture de sauveur. Dans ce système de personnalisation à outrance, l’énergie militante s’est épuisée dans un débat circulaire et stérile : la traque de la trahison.

On passe le temps à scruter les moindres faits et gestes des figures de proue pour déterminer qui est « authentique » et qui est « vendu ». Ce logiciel de la méfiance, bien que nourri par les déceptions passées, condamne l’action politique à l’immobilisme. Tant que la question centrale demeure « Qui est le vrai ou le faux leader ? », alors le citoyen restera un spectateur passif, suspendu aux humeurs et aux alliances d’une élite. Pire, avec la progression galopante de l’IA, l’électeur demeurera un citoyen manipulé. Il est temps de changer de logiciel. Faire de la politique, ce n’est pas adorer ou détester une personne ; c’est gérer le contenu de son assiette. C’est ramener le débat public à la dimension du panier de la ménagère, du prix du sac de ciment, de l’accès à l’eau potable et du soutien aux petits producteurs. Le véritable leader ne doit plus être celui qui « parle bien », mais celui dont les propositions idéologiques et techniques permettent d’abaisser le coût de la vie et de sécuriser l’avenir économique de chaque foyer. Passer d’une politique de l’incarnation à une politique de l’intérêt économique est la seule voie pour briser les chaînes du clientélisme et de la trahison. Lorsque le débat portera sur les mécanismes de lutte contre la vie chère ou sur les réformes institutionnelles à faire plutôt que sur la « pureté morale » des acteurs politiques, alors le citoyen camerounais redeviendra le véritable patron de son destin. La politique ne doit plus servir à construire des statues, mais à garantir, chaque jour, la gestion du pain quotidien. Et c’est ce à quoi je me consacrerai maintenant et toujours.

Louis Marie Kakdeu

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