Cinq éléments pour gagner une Can
Comme toute compétition, la performance est la conséquence d’une combinaison de plusieurs éléments. Il peut avoir parfois des exceptions, des phénomènes qui se reproduisent dans les intervalles de temps très grands, mais dans la plupart des cas, ces éléments doivent être mis ensemble pour triompher.
1- Avoir un joueur « Killer »
Généralement c’est un joueur offensif qui est le chef d’orchestre de tout. Quand il ne marque pas, il fait marquer. Son influence est telle qu’il n’y a pas que les adversaires qui le redoutent. Même ses coéquipiers sont rassurés et trouvent de la force devant n’importe quelle difficulté. Il incarne l’esprit supérieur. Ce genre de joueur commence à se faire rare, mais ils en existent encore. Leurs performances peuvent même ne pas être éclatantes, mais ils rassurent tout le monde. Mais pour cela, ils doivent assumer le rôle et enfiler le costume. Il peut aussi être un dernier rempart, capable de vous sauver de tout et de façon miraculeuse. Fabrice Ondoa l’avait été en 2017 pour le Cameroun.
2- Le trop plein de stars
Normalement c’est un atout. Mais il faut beaucoup de sagesse dans la gestion. Cela devient un problème parce que la forte exposition enlève à l’équipe toute intimité. Les sollicitations médiatiques sont énormes et les temps de récupération des joueurs sont faibles. En club, il y’a une armée de communication pour cela, mais en sélection, cela devient poreux. Soit parce que les responsables médias manquent d’expertise et de charisme, soit parce que les joueurs en profitent pour créer leur couloir d’exposition et faire la star. Ce phénomène a plombé le Sénégal en 2012, la Côte d’Ivoire dans une certaine mesure la même édition et avant, ou les sélections du Cameroun à la Can 2006 et 2008. Trop de stars attirent trop de médias. Trop de médias, mal gérés déséquilibrent le travail.
3- La personnalité de l’entraîneur
Il est difficile de gagner une Can, sans un entraîneur qui développe plus de qualité dans les relations publiques. C’est un peu générique, mais il doit être aimé de ses joueurs et aimé de l’extérieur, ou tout au moins respecté. Claude Leroy par exemple était un sacré personnage médiatique. Parce qu’il savait être disponible pour eux et surtout leur garantir quelques exclusivités, ils devenaient l’avocat de ses choix et ça facilitait la mise en place en interne. Les joueurs finissaient par y adhérer et s’y adonner, parce qu’en cas de catastrophe, les médias interrogeraient plus la qualité des joueurs que la tactique de l’entraîneur. C’est ainsi que Claude Leroy a fait par exemple accepter à tout le monde en 98, que MBOMA était mieux en 6. Une hérésie! Hervé Renard qui a travaillé avec Leroy, a bien utilisé cela. Mais leur sagesse, est de savoir défendre leurs joueurs face à la charge médiatique. C’est ce jeu d’équilibre qui facilite leur boulot. Chacun a sa taupe médiatique influente qui fait tout par anticipation.
4- L’obsession des schémas tactiques
Ce n’est pas une insulte de dire que la plus grande force du football africain ne réside pas dans la tactique. Simplement parce que la qualité des infrastructures perturbe toute velléités dans ce sens. Le football africain est un football d’adaptation. C’est pourquoi le premier combat est physique et c’est lui qu’il faut gagner. Le reste est à l’instinct et au génie. L’une des rares fois que mes yeux ont vu une tactique l’emporter sur le reste à une Can, c’était le Cameroun de 2000 de Pierre Lechantre. Il activait ses côtés, avec des dédoublements permanents, et le génie des attaquants faisait le reste. Non pas que le Sénégal en 2021 ou L’Algérie en 2019 n’avaient pas de schéma préférentiel, mais Mahrez ou Mané étaient déjà des tactiques par leur génie et tout le reste s’alignait dessus. C’est la capacité de s’adapter et non le caractère figé des schémas qui peut ouvrir les portes des sacres. Il faut pour la Can des guerriers d’abord. Prêt à se mouiller physiquement et à n’importe quel prix.
5- La loi du premier match
Un futur vainqueur de la Can, ne doit jamais perdre son premier match. La dernière fois qu’une équipe a perdu son premier match et elle a remporté le trophée, c’était en 1986, il y’a plus de trente ans ! L’Égypte le pays organisateur et futur vainqueur avait été battu par le Sénégal (1-0), but de Thierno Youm. Le trophée n’aime pas l’odeur de la défaite d’entrée. Un homme averti…
Martin Camus MIMB















