Visite du Pape Léon XIV en Afrique : Quel Enjeu pour le Développement du Continent ?

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Dans une Afrique marquée par une pauvreté ambiante et galopante, la première visite du Pape Léon XIV dans ce continent ne lui offre-t-elle pas l’opportunité de promouvoir sur le continent une spiritualité du travail ?

Désormais, ce n’est plus un secret des dieux : du 13 au 23 avril prochain, le Pape Léon XIV effectuera sa toute première visite pastorale en terre africaine. Cette visite conduira successivement le Souverain Pontife dans quatre pays : l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée Equatoriale. Alors que certains s’activent pour accueillir dans l’allégresse le nouveau Pape, quelques observateurs et analystes se posent la question de la pertinence de cette visite sur le sol africain. Dans une « Afrique saturée de mauvaises nouvelles », pour reprendre l’expression du sociologue et théologien africain Jean-Marc ELA, dans une Afrique meurtrie par la pauvreté (l’autre nom du sous-développement), en quoi cette visite papale peut-elle être salutaire pour le continent ?

Le Développement est l’autre nom du Salut

Si la raison d’être de l’Etat est de promouvoir le bien-être des populations, la raison d’être de l’Eglise, en particulier l’Eglise catholique romaine, est de proposer le salut en annonçant l’évangile, la Bonne Nouvelle. Toutefois, il convient de noter que le salut que propose l’Eglise à ses fidèles, aux hommes et aux femmes de bonne volonté implique le développement intégral de la personne humaine. Si le Pape Léon XIV vient avant tout pour affermir la foi des fidèles et promouvoir l’unité, la réconciliation et la paix en Afrique, on est également en droit de s’attendre à ce qu’il souligne avec vigueur la pertinence de l’évangile dans une culture marquée par une pauvreté multiforme.

L’Afrique, le grand malade…

Pour paraphraser une métaphore du journaliste camerounais Edmond KAMGUIA, la visite du pape Léon XIV en Afrique pourrait être comparée à celle d’un pasteur visitant un grand malade pour lui administrer les soins palliatifs, l’extrême onction (le sacrement des malades). Toutefois, si l’Afrique est malade, elle ne l’est pas seulement du fait de la mauvaise gouvernance, elle l’est aussi à cause de la paresse qui caractérise ses populations. En effet, les experts sont unanimes pour dire que globalement parlant, l’Afrique est un continent où on travaille très peu. Bien que l’Afrique soit considérée comme le poumon spirituel de l’humanité, elle est également le continent le plus frappé par la pauvreté dans le monde. Il faut le dire pour le déplorer, les africains prient beaucoup, mais ne travaillent pas ou travaillent très peu.

Le problème de l’Afrique, c’est l’Afrique : Oser se regarder en vérité

Lorsqu’on examine les causes du sous-développement en Afrique, certains analystes ont tendance – par idéologie ou mauvaise foi – à ne pointer du doigt que les facteurs exogènes tels que l’action des grandes puissances étrangères ou encore le rôle négatif de la religion dans nos sociétés. Un tel diagnostic serait non seulement partial, mais aussi partiel ou incomplet, si l’on refusait de prendre en compte la responsabilité des Africains eux-mêmes par rapport à la situation dramatique dans laquelle est plongée l’Afrique.

Le paradoxe africain est bien connu : « L’Afrique est riche, mais les africains sont pauvres. » En effet, malgré les nombreuses ressources naturelles dont regorge l’Afrique, la plupart des africains vivent en situation d’extrême pauvreté, parfois privés des droits basiques et fondamentaux tels que le droit à l’eau potable ou à la nutrition pour ne citer que ceux-là. En réalité, la dépendance de l’Afrique vis-à-vis des puissances étrangères n’est pas seulement une dépendance scientifique ou technologique, elle est aussi une dépendance alimentaire. A titre d’illustration, ces dernières années, la guerre russo-ukrainienne a rendu visible la dépendance que l’Afrique entretient vis-à-vis du blé produit par ces pays. Au lieu de saisir l’opportunité qu’offre ce conflit pour développer des politiques d’autosuffisance alimentaire, l’ex-Président de l’Union Africaine implorait plutôt le Président Russe d’arrêter les hostilités pour éviter d’aggraver l’insécurité alimentaire en Afrique. Ce faisant, l’Afrique a choisi de rester dépendante du blé occidental, comme elle l’est du riz asiatique pour se nourrir. Cette faible capacité de production de l’Afrique s’explique simplement par le refus de travailler ou encore par sa paresse endémique.

Ora et Labora

Au cours de sa première visite sur le Continent comme Souverain Pontife, le pape Léon XIV qui connait bien l’Afrique pour l’avoir visitée à maintes reprises alors qu’il était évêque et religieux, saisira certainement l’occasion pour nous rappeler toute l’importance que la spiritualité chrétienne accorde au travail. Depuis la période antique, les moines bénédictins avaient déjà comme devise centrale : « Ora et Labora » (Prie et Travaille), pour signifier l’équilibre entre la vie spirituelle et temporelle. En effet, dans la tradition chrétienne, la contemplation et l’action ne doivent jamais être dissociées. Autant dire que les mains qui se joignent pour la prière quotidienne sont également celles qui sont appelées à produire le pain quotidien. L’apôtre Paul lance d’ailleurs cette exhortation ferme : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ! » (2Th 3,10) Selon la doctrine sociale de l’Eglise, tout chrétien, tout homme est soumis à la loi universelle du travail. En célébrant la visite du Pape Léon XIV sur le sol africain, l’Eglise en Afrique doit continuer d’exorciser les démons de la paresse qui hantent malheureusement bon nombre d’africains, empêchant ainsi l’Afrique de se développer.

Prolégomènes d’une spiritualité du travail

En créant l’homme à son image et à sa ressemblance, Dieu a voulu faire de ce dernier un co-créateur. Par son travail, l’homme produit des biens et services susceptibles de contribuer à son bien-être ou son épanouissement. Dans la vision sociale de l’Eglise, le travail, loin d’être la conséquence d’une punition divine, est plutôt la véritable vocation de tout homme.

Au cours d’une de ses prédications, Monseigneur Christophe ZOA, Evêque du diocèse de Sangmélima (Sud Cameroun), après avoir fustigé la paresse qui caractérise certains milieux jeunes en contexte africain, donnait une belle catéchèse sur l’importance du travail dans la vie chrétienne. Il affirmait: « Je suis chrétien, je suis vrai chrétien, alors je travaille … Pas de place à la paresse. Car, la paresse c’est le vice, c’est-à-dire le mal … C’est pire que la sorcellerie. La paresse, je piétine, je dégage, je brûle, je botte au loin … Vive le travail !  Bon chrétien, bon travailleur. » Cette exhortation de Monseigneur Christophe ZOA, faut-il le rappeler, fait précisément écho à la spiritualité du travail tant promue dans sa pastorale de développement par Monseigneur Jean ZOA, ancien archevêque de Yaoundé. Alliant à la fois poésie et enchaînement logique, ce dernier affirmait à juste titre : « Le bonheur du chrétien consiste à partager. Or pour partager, il faut avoir. Pour avoir, il faut produire. Pour produire, il faut travailler. Pour travailler, il faut s’organiser rationnellement et solidairement. » En d’autres mots, il n’y a pas de place à la paresse pour celui qui se dit chrétien.

Dans un esprit de continuité, nous espérons que le Pape Léon XIV exhortera les chrétiens en Afrique ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à redécouvrir l’importance du travail dans la spiritualité chrétienne. Car, le salut que propose l’Eglise est d’abord et avant tout un salut intégral qui ne s’accommode pas de la paresse. Autant on se sanctifie par la prière, autant on se sanctifie par le travail.

Le travail est la clé du développement

En fin de compte, disons simplement que la première visite du Pape Léon XIV en Afrique comme Souverain Pontife constituerait un enjeu important pour le développement du continent, si elle nous permet d’oser une évaluation critique et sans complaisance de notre rapport au travail, en vue d’une conversion radicale et positive. Car, après tout, et quoique l’on dise, le travail reste et demeure la clé du développement.

Martial TATCHIM FOTSO, M.A.

Diplômé du College of Liberal Arts and Sciences

St John’s University, New York, Queens, USA.

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