L’affaire du refus d’inhumation d’Anicet Ekane par l’Église Évangélique du Cameroun (EEC) prend une tournure inattendue. Alors que l’impasse semblait totale, une famille de la région de l’Ouest propose désormais un terrain privé à Bafoussam pour accueillir la dépouille de l’illustre opposant, afin de respecter son vœu de reposer près d’Ernest Ouandié.
Le cimetière du Plateau à Bafoussam est au cœur d’une polémique qui dépasse le cadre religieux. Suite à la décision de l’EEC de ne pas autoriser l’enterrement d’Anicet Ekane dans son enceinte, l’émotion a gagné les rangs des militants nationalistes et des sympathisants du MANIDEM. Ce refus, perçu par beaucoup comme un affront à la mémoire d’une figure historique de la lutte pour la démocratie au Cameroun, a cependant suscité une réaction citoyenne immédiate.
La fidélité au symbole : « Près d’Ernest Ouandié »
Le choix de Bafoussam n’est pas fortuit. Anicet Ekane avait exprimé le souhait de reposer aux côtés d’Ernest Ouandié, figure emblématique de l’UPC exécutée en 1971. Pour ses proches et ses compagnons de lutte, exiler sa dépouille loin de cette terre serait une entorse grave à ses dernières volontés et à la symbolique politique qu’il a portée toute sa vie. C’est dans ce contexte qu’un groupe familial, dont l’identité reste discrète mais la démarche affirmée, a adressé une correspondance officielle au MANIDEM. « Nous proposons un terrain pour l’inhumation, afin que le combat et la mémoire d’Anicet Ekane restent ancrés là où il le souhaitait », indique en substance la missive.
Le MANIDEM face à un dilemme logistique et symbolique
Dans leur lettre, les donateurs appellent à privilégier une solution au sein même de la ville de Bafoussam ou, à défaut, dans la région de l’Ouest. Cette proposition offre une porte de sortie honorable au comité d’organisation des obsèques, tout en envoyant un message fort : si les institutions religieuses ferment leurs portes, la solidarité populaire, elle, reste ouverte.
Les enjeux de cette proposition
Le respect du testament politique : Maintenir la proximité géographique avec le monument Ouandié. Montrer que l’hommage national ne dépend pas d’une autorisation confessionnelle. Réaffirmer l’importance de l’Ouest dans l’histoire des mouvements nationalistes.
Vers un dénouement imminent ?
Pour l’heure, la direction du MANIDEM n’a pas encore officiellement validé cette option, bien que des sources internes indiquent que la proposition est étudiée avec « la plus grande attention ». Une chose est certaine : le départ d’Anicet Ekane continue de remuer les consciences et souligne, une fois de plus, la complexité des rapports entre politique, religion et mémoire historique au Cameroun.
Par Rayan Sofo, journaliste (Glob’Media)










