Gouvernance financière

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Le FMI tire la sonnette d’alarme sur l’omniprésence de l’État au Cameroun

Dans son rapport de consultation annuelle publié le 30 mars 2026, le Fonds Monétaire International (FMI) appelle Yaoundé à une discipline de fer. Entre l’expansion étatique dans le secteur bancaire et des dérapages budgétaires persistants, l’institution de Bretton Woods prévient : la stabilité régionale est en jeu.

Le diagnostic est sans appel. Si l’économie camerounaise affiche une certaine résilience, les fondations de sa gouvernance financière vacillent. Le FMI, à l’issue de sa mission conclue le 25 mars dernier, a pointé du doigt des vulnérabilités structurelles qui pourraient compromettre les ambitions de croissance du pays.

Le secteur bancaire sous haute tension

L’un des points les plus critiques du rapport concerne la « mainmise » croissante de l’État sur le système financier. Le FMI s’inquiète de l’expansion de l’empreinte publique dans le secteur bancaire, un phénomène qui accentue l’interdépendance entre les finances publiques et les banques privées. Avec un niveau élevé de créances douteuses, le système est fragile. Si l’État éternue, c’est tout le secteur bancaire qui risque de s’enrhumer. L’institution insiste sur l’urgence de réformes contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (AML/CFT). Pour le FMI, sortir de la « liste grise » n’est plus une option, mais une nécessité pour restaurer la crédibilité internationale du pays.

Dérapages budgétaires : 2025, une année de « dérive »

Sur le plan des finances publiques, les chiffres de l’année écoulée ne sont pas conformes aux attentes. Le déficit primaire hors pétrole a glissé à 2,6 % du PIB, dépassant largement l’objectif initial de 1,4 %. Cette contre-performance s’explique par un cocktail de recettes non pétrolières décevantes et de dépenses courantes mal maîtrisées. Parallèlement, le déficit du compte courant, qui s’élevait à 3,3 % en 2024, devrait culminer à 5,3 % en 2026, notamment en raison de la chute des cours mondiaux du cacao.

La feuille de route du FMI : l’heure de la rigueur

Pour redresser la barre, les administrateurs du Fonds préconisent une « consolidation budgétaire soutenue ». Les recommandations sont claires : toucher aux subventions sur le carburant, tout en protégeant les ménages les plus précaires. Élargir l’assiette de l’impôt et améliorer l’efficacité de la collecte. Réformer la gestion des entités étatiques pour limiter les risques de liquidité.

Privilégier les financements concessionnels pour éviter le surendettement dans un contexte de taux d’intérêt mondiaux élevés.

Quelles perspectives pour 2026 ?

Malgré ces nuages, l’horizon n’est pas totalement sombre. La croissance devrait rebondir à 3,3 % en 2026 (contre 3,1 % en 2025), portée par l’investissement public, tandis que l’inflation devrait refluer sous la barre des 3 %. À plus long terme, la diversification minière pourrait propulser le PIB à 4,6 %. Cependant, le FMI avertit que ces projections restent suspendues à une condition sine qua non : une volonté politique décisive pour engager des réformes structurelles profondes. Le message est passé : pour Yaoundé, la résilience ne suffira plus ; il faudra désormais de la discipline.

Rayan Sofo, journaliste (Glob’Media)

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