Le conflit dans les régions anglophones du Cameroun connaît un nouveau regain de tension, non seulement sur le terrain, mais aussi sur le front de la communication. Le ministère de la Défense (MINDEF) a rompu le silence ce 30 avril 2026, via un communiqué officiel, pour apporter sa version des faits concernant une opération militaire d’envergure menée quelques jours plus tôt dans le département du Bui.
Un bilan lourd à Dzerem Nyam Selon les autorités militaires, une offensive a été lancée le 26 avril 2026 à Dzerem Nyam, dans l’arrondissement de Jakiri (Région du Nord-Ouest). Le bilan communiqué par le ministère fait état de 14 membres présumés d’un groupe séparatiste neutralisés. Le détail fourni par l’armée se veut précis :
11 hommes qualifiés de « terroristes ».
3 femmes présentées comme des « logisticiennes » opérant sous le commandement d’un chef de guerre local surnommé le « Général Capo ». Outre les pertes humaines, l’armée affirme avoir mis la main sur un arsenal et du matériel logistique conséquent : 12 engins explosifs improvisés (EEI), des effets militaires et 38 motocyclettes qui auraient servi au transport des combattants. Deux personnes ont également été interpellées, dont une femme présentée comme la compagne du leader séparatiste et un adolescent de 16 ans. Entre « opération ciblée » et « massacre de civils » Cette sortie du ministère de la Défense ne doit rien au hasard. Elle intervient dans un climat de vive controverse. Depuis le 26 avril, les réseaux sociaux sont le théâtre d’accusations graves à l’encontre des Forces de défense et de sécurité (FDS). La controverse : Plusieurs publications, relayées par des activistes et des sources locales, soutiennent que l’intervention militaire a eu lieu en plein festival culturel. Elles accusent l’armée d’avoir ouvert le feu sur des civils venus assister aux célébrations, loin de l’objectif terroriste décrit par Yaoundé. La guerre des récits En publiant ce communiqué le 30 avril, l’armée camerounaise tente de reprendre la main sur le récit des événements. En insistant sur la saisie d’explosifs et la capture de logisticiens, le commandement militaire cherche à délégitimer la thèse d’une bavure contre des civils lors d’un rassemblement pacifique. Toutefois, dans cette zone où l’accès à l’information indépendante reste complexe, le fossé entre les versions officielles et les témoignages issus des réseaux sociaux continue d’alimenter la méfiance des populations et des observateurs internationaux. À Jakiri, comme souvent dans ce conflit qui dure depuis 2016, la vérité semble une nouvelle fois prise entre deux feux.
Par Rayan Sofo (Glob’Media)









