Aux origines du « terrorisme » en pays Bamiléké : La manipulation coloniale et le destin de Jean Mbouendé.

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Après sa randonnée au Cameroun Occidental, Jean Mbouendé retrouve son maquis de Kambo-Kekem en mars 1956. C’est l’ultime voyage.

Il faut se souvenir que L’upc avait été interdite par un décret de l’administration française le 13 juillet 1955, mais ses activités légales continueront sous le label du BNKCPA (Bureau National Kamerounais du Congrès des Peuples Africains), dirigé au Cameroun par Tchoumba Ngouankeu Isaac. Il faut  également rappeler que sous maquis, Jean Mbouendé disposait d’un secrétariat dont le responsable s’appelait Moïse Moya, fonctionnaire à Bafang et qui venait clandestinement rencontrer le nationaliste dans son refuge en vue de  consigner les résolutions des réunions, compiler les pétitions pour le comité directeur et pour la postérité.

L’administration coloniale après avoir « muselé » l’UPC, va donc tenter de la discréditer.

Elle va alors utiliser les anciennes figures de l’upc pour créer le parti des paysans indépendants en 1956 en vue de sa participation aux élections législatives du 23 décembre 1956. Il s’agit de  Djoumessi Mathias, le fondateur, qui rallie l’upc avec son association le Kumzse en 1949 et devient son premier président au congrès du mouvement nationaliste à  Dschang en avril 1950 avant de retourner aussitôt sa veste en octobre 1950 sous la pression du pouvoir colonial. Njiné Michel, pro-upeciste qui a bénéficié du soutien de Jean Mbouendé aux élections de l’assemblée territoriale du Cameroun(Atcam) du 30 mars 1952 dans la subdivision de Bafang alors que les listes de l’upc étaient bannies dans tous les bastions du mouvement. L’Upc étant constituée en majorité des paysans, le pouvoir colonial va refuser de mettre fin à l’interdiction de l’upc originelle  pour essayer de faire croire à l’opinion que le parti des paysans indépendants est le mouvement nationaliste.

Il va ainsi piéger l’upc en refusant qu’elle participe aux élections législatives en tant que parti politique, et en acceptant les candidatures indépendantes. Les dirigeants upecistes et plus précisément ceux de l’aile dure, vont décider plutôt de boycotter ce scrutin. Le comité directeur tenu à  Kumba du 30 novembre au 02 décembre 1956 (en l’absence de Jean Mbouendé, encerclé dans ses plantations de Kékem et de Ruben Um Nyobé, retranché dans son maquis de la Sanaga Maritime et qui prônaient une participation aux élections) va entériner cette décision qui va balancer le mouvement dans une phase insurrectionnelle telle que le pouvoir colonial avait prévu. Le Cno (Comité national d’organisation) voit ainsi le jour le 18 décembre 1956 et l’objectif premier est de boycotter le scrutin du 23 décembre 1956 en zone Bassa et Douala.

Singap Martin reçoit l’onction de créer un mouvement similaire en pays bamiléké, au comité directeur de Kumba.

Ainsi voient le jour, les disparités au sein de l’upc avec le courant radical, constitué de Moumié, Ouandié, Kingué et autres, et le courant modéré  comprenant Um Nyobé, Jean Mbouendé, Tchoumba Ngouankeu et autres qui privilégient la lutte politique à  la lutte insurrectionnelle. Le pouvoir colonial organise donc les élections législatives sans l’upc. Le parti des paysans indépendants qui y prend effectivement part, obtient 09 sièges  et forment ainsi un groupe parlementaire en février 1957 dont les membres sont:

Djoumessi Mathias, Kemajou Daniel, Njiné Michel, Djuatio Etienne, Emac Imatha, Kamga Joseph, Ngayewang, Wanko Samuel et Lagarde, parlementaire d’origine française.

Le pouvoir colonial vient ainsi de faire la répartition du nationalisme :

1/ les vrais nationalistes constitués de l’aile dure et de l’aile modérée de l’upc(Union des Populations du Cameroun)

2/ les nationalistes institutionnels, vrais faux nationalistes créés par le pouvoir colonial pour semer la confusion en perpétrant des exactions pour mettre sur le dos de la vraie upc en vue de la diaboliser.

3/ Des groupes opportunistes et insurrectionnels vont aussi voir le jour à  travers les bandits, en pillage et règlements de compte nés des anciennes rancunes.

Les membres du parti des paysans indépendants descendent donc sur le terrain en pays bamiléké dès l’aube de 1957 et se présentent comme l’union des paysans du Cameroun(Upc). Ils ont donc repris les sigles de l’upc, la vraie (union des populations du Cameroun) pour faire diversion et surtout pour traquer et assassiner les membres de l’upc authentique.

Ce sont donc ceux-là qui commencent avec le terrorisme et l’aile dure de l’upc riposte.

 En 1957, Singap Martin met sur pied le Sndk (Sinistre National de la Défense du Kamerun) avec ses lieutenants comme Simo Pierre et Momo Paul,  suivant les recommandations du comité directeur de novembre et décembre 1956. Ils répondent à  la violence par la violence, ce qui fait le bonheur du pouvoir colonial. La lutte devient alors incontrôlable.

Les scissions apparaissent au sein du Sndk dès 1958 après l’assassinat de Pierre Simo. Momo Paul veut se mettre sur orbite, avec l’appui du pouvoir colonial pour affaiblir cette faction de l’upc

1959, la violence entre dans sa vitesse de croisière

Momo Paul devient un électron libre dès 1959 en s’opposant au leadership de Singap Martin.

Um Nyobé est assassiné le 13 septembre 1958 et l’aile dure de l’upc prend définitivement le pouvoir. Le comité directeur installé à  l’étranger veut réorganiser la lutte insurrectionnelle et crée en mai 1959 l’Alnk (armée de libération nationale du Kamerun) qui fédère le cno et le sndk. La Direction est confiée à  Singap Martin.

Le pouvoir colonial prend cela au sérieux et infiltre rapidement le nouveau mouvement en promettant à ses leaders Singap et Momo de leur remettre le pouvoir à  l’indépendance.

Le pacte est scellé et ils n’obéissent plus aux directives du comité directeur, mais se joignent plutôt aux troupes de l’union des paysans du Cameroun, l’upc factice, désagrégée aussi depuis cette année, pour semer la terreur en pays bamiléké dans l’optique d’accuser la vraie upc.

C’est dans ce contexte que l’indépendance du Cameroun français intervient  le 01er Janvier 1960.

Le pacte colonial avec les désormais renégats (Singap et Momo) n’est  pas respecté.

Ils s’affolent et deviennent plus  agressifs. Le pouvoir colonial assassine Momo Paul en novembre 1960.

 Le même mois marque l’empoisonnement de Felix Roland Moumié à  Genève en Suisse. Le comité directeur est désormais entièrement entre les mains d’Ernest Ouandié. Le désaccord entre Singap Martin et Ouandié qui reposait sur le contrôle, l’indiscipline et la recherche de l’indépendance de l’alnk par rapport au comité directeur, va amener Ouandié à  rentrer clandestinement au Cameroun en juillet 1961 pour réorganiser la lutte désorganisée par l’opportunisme et qu’on a éloignée du but initial qui n’était pas   d’assassiner, ni de piller. Singap sera à son tour assassiné par son nouveau maître colonial en septembre 1961 et Ouandié va réorganiser la lutte autour de Mallam Défense David (David Kana), malheureusement les divisions instrumentalisées par le pouvoir colonial étaient profondes et rien n’était plus maîtrisable.

Il faut toujours se souvenir que Jean Mbouendé n’a  appartenu à  aucune de ces organisations paramilitaires.

Cas pratiques

Le pouvoir colonial a créé des organisations fantoches et entretenu celles qui existaient déjà  avec pour missions  de perpétrer des crimes, de voler et de violer pour mettre sur le dos de l’upc authentique. Des opportunistes vont aussi s’y joindre pour s’enrichir sous le prétexte de revendication de la souveraineté nationale. En plus des nationalistes institutionnels, on le bloc bamileké, vieille organisation  regroupant la majorité des chefs traditionnels bamileké et dirigé par le chef Bandjoun Kamga Joseph. On a aussi le groupe de  Singap Martin et Momo Paul, nationalistes retournés, le mouvement de Jeunesse conduit à Bafang par Tchani Lucas, Famadeu Abel et Tchouamou Thomas. 

Les vrais faux nationalistes ayant repris les sigles de l’upc (union des paysans du Cameroun) pour faire diversion, plusieurs personnes naïves  vont y adhérer croyant pouvoir servir le nationalisme. En fait le dessein caché était la traque aux vrais nationalistes en vue de les assassiner ou à  les retourner. C’est ainsi que le village Banka en particulier et le département bamileké en général vont enregistrer en 1959 un nombre incommensurable de victimes dans les rangs de vrais nationalistes et ailleurs.

Actions et mode opératoire

Il fallait absolument commettre des exactions pour mettre sur le dos des vrais nationalistes dans l’intention de diluer leur action en faveur de la souveraineté nationale. Un fait précis à Banka en 1959 pourrait illustrer cette campagne de sabotage.  Il faudrait au préalable se souvenir que le chef Banka était classé parmi ceux qui soutenaient le nationalisme en secret et n’était pas le bien-aimé de l’administration dans ce sens.

Assassinat du catéchiste Et massacre de New-Town en 1959

Nitcheu Raphael, catéchiste à la mission catholique de Banka  était son demi-frère et était également à la solde du pouvoir colonial. C’est lui qui au lendemain des tristes évènements de mai 1955 avait initié une séance  du Komdji ( société secrète) pour solliciter la condamnation coutumière de Jean Mbouendé au cours de laquelle le chef Tientcheu a fait usage de stratagèmes à travers « la calebasse du chef » pour faire échec au complot et prier le Ciel d’accorder longévité au nationaliste, défenseur des causes justes, en anéantissant ses bourreaux. Dans cette foulée du chaos créée et entretenue par le pouvoir colonial, Nitcheu Raphaël est assassiné en septembre 1959.

Le flou règne sur les commanditaires du meurtre.

La gendarmerie descend sur les lieux pour ouvrir une enquête. Les cartouches sont aperçues. Ses vêtements sont fouillés et dépouillés d’argent par les enquêteurs.

Le chef Banka demande à sécuriser ce pactole et obtient une fin de non recevoir de la part de l’autorité qui l’emporte. La dépouille est conduite  chez lui ensuite et enterrée après quelques jours. Immédiatement, le pouvoir colonial « suggère » au chef Banka, une mission militaire dans son village pour protéger les populations.

Redoutant un piège visant à  massacrer les populations, le souverain décline  l’offre et dit pouvoir plutôt organiser  ses populations en auto-défense. L’administration « concède 19 mais prépare immédiatement un gros coup. Il fait organiser une réunion sous le label de l’upc et demande que les militants viennent nuitamment   munis  chacun  d’une lampe allumée sur la tête  pour les distinguer des terroristes.  L’objectif étant d’identifier justement les vrais nationalistes pour les assassiner.

Ce qui est fait mais malheureusement cela a plutôt permis de mieux les localiser pour savoir qu’ils étaient de vrais nationalistes, et au lieu de les protéger, les militaires sont venus les zigouiller. C’était horrible. C’est ce qui est appelé  le massacre de New-Town, un quartier favorable au nationalisme.  On dénombre de centaines de morts. De sa cachette, sous son baobab de Kékem, Jean Mbouendé a  réagi en faisant parvenir aux militants de la subdivision de Bafang une correspondance datée du 22 novembre 1959 les enjoignant d’arrêter de se réunir et de mettre fin à la perception  des souscriptions, et leur demander de se protéger en trouvant  refuge dans les champs  jusqu’à l’avènement de l’indépendance car « la panthère s’était désormais revêtue de la peau d’agneau ». Cette panthère étant l’upc factice, instrumentalisée par le pouvoir colonial. Voilà pourquoi les villages ont été désertés. Le but  étant d’éviter un bain de sang car l’objectif des revendications visait l’indépendance et plus de dignité et non le mépris et la tuerie  des hommes.

Cette circulaire, faite en sept exemplaires suivant les destinataires chargés de les véhiculer (Djitick Emile, Deumatcha Casimir, Ditchi Mbépouleu, Youmbi Raphaël, Namaga Thomas, Wako Francois, Nguelou Joseph) signalait que Jean Mbouendé écrivait depuis « son vrai faux  exil de Bondji Tombel » dans le Cameroun occidental. Que l’histoire retienne la date: 22 novembre 1959. Une frange de l’upc fantoche (union des paysans du Cameroun) de Michel Njiné était dirigée à Bafang par Yeugong Bonaventure et jouait à  merveille son rôle de diversion. À côté, d’autres groupes dirigés Par l’alnk de Singap Martin, nationaliste retourné, qui contrôlait la subdivision de Bafang, de Dschang et Momo Paul, un autre nationaliste retourné, qui couvrait Bafoussam, Mbouda et Bangangté. 

Leurs états majors étaient installés respectivement à Fomopéa et à Tonga.

Leur représentant local  était Ngounou Etienne, organisateur départemental de la section bamileké de l’alnk, ancien homme de main de Jean Mbouendé et membre fondateur de l’upc ayant fait défection pour rejoindre la branche paramilitaire.

Les membres étaient recrutés dans la population naïve qui pensait œuvrer en faveur de la souveraineté nationale. L’administration coloniale leur avait promis le pouvoir au cas où ils parvenaient à leur fin, à savoir détruire le mouvement nationaliste authentique.

Ils sont derrière l’assassinat du chef Banfeko, Datchoua Marcel, connu pour son penchant nationaliste. Ils ont enlevé une de ses épouses pour servir d’appât et quand il est allé la réclamer, ils l’ont abattu. Ils se sont emparés du chef Banka Tientcheu Michel, nationaliste connu et l’ont conduit à Fondatie. Quand il a appris le ralliement de Jean Mbouendé en fin mai 1960,  après la proclamation de l’indépendance, il a envoyé un de ses notables s’assurer de l’authenticité de l’information.  Celui-ci l’a rencontré et Jean Mbouendé lui a dressé un laisser-passer qui devait permettre au chef de revenir en sécurité à la vie normale. 

Sur le chemin de retour, ce notable manifestait la joie d’avoir revu le nationaliste et brandissait en chantant le document reçu en direction du souverain, ce groupe l’a assassiné entre Bandja et Fondjomakwet et a conduit le chef Banka à Dschang où il ne sera libéré que quelques temps après par les éléments de l’armée camerounaise installés à Bafang en remplacement des troupes françaises à la demande de Jean Mbouendé.

Il n’a eu assurément la vie sauve que parce qu’il s’était replié en brousse sans épouse. Il en aurait pris une avec lui que les membres de ces groupes l’auraient assassiné pour s’emparer d’elle comme c’était de coutume pour eux. Toujours en 1959, ils ont enlevé une des épouses de Jean Mbouendé Moukam dont on est sans nouvelle jusqu’aujourd’hui.

Il est important de signaler que l’ancien camarade de Jean Mbouendé qui l’accompagnait souvent au comité directeur à Kumba, Ngounou Étienne a fini par faire défection et à rejoint le groupe  de Singap Martin en représentant  Bafang à l’état major. 

Ils l’ont utilisé pour infiltrer le refuge de Jean Mbouendé à Kambo-Kékem dans le but de s’assurer qu’il y était encore  présent pour  l’assassiner puisque sa tête était mise à prix par l’administration coloniale.

La stratégie utilisée était cette lettre d’invitation à l’état major en date du 10 février 1960 écrite par Ngounou Etienne dont le porteur était Fodjeu Simon. Ils voulaient s’assurer que Jean Mbouendé était toujours dans ses plantations avant d’organiser son assassinat tel que planifié. Malheureusement ils sont tombés sur la dextérité et la finesse de Nitcheu Bernard, président du comité  de base de Baga-Banka, pétitionnaire à  l’ONU en 1957, un des agents de liaison de Jean Mbouendé, qui a accusé réception de la correspondance et a dit au porteur qu’il la transmettra dans la vraie fausse destination du nationaliste à Kumba.

Malgré ce subterfuge, ils ont mis près de deux semaines à lorgner coins et recoins du refuge de Jean Mbouendé sans l’apercevoir et pourtant il était là et les voyait.

Ce même Ngounou s’est rendu compte bien après, notamment au lendemain du ralliement de Jean Mbouendé en Juin 1960, qu’il était dans l’étau. 

Il a envoyé son épouse pour solliciter l’aide de Jean Mbouendé pour rallier également. Il a indiqué un lieu à proximité d’un cours d’eau à Baboutcha-Nitcheu où Jean Mbouendé devait le retrouver pour l’opération de sauvetage.

 Jean Mbouendé, homme de paix et pas du tout rancunier, par prudence, lui a plutôt recommandé de se réfugier nuitamment dans une case au centre urbain de Bafang où il passerait le chercher. Il a opté pour cette solution et Jean Mbouendé l’a délogé et l’a présenté aux nouvelles autorités où il a fait sa déposition et a été remis en liberté.

Il se confiera au nationaliste pour dire les secrets du retournement des leaders de l’alnk et leur plan machiavélique. Le nationaliste matérialisera par ses propres écrits le 17 avril  1960 la confirmation de la tentative de meurtre initiée par l’état major des terroristes dans un entretien entre Famandeu Albert, membre de ce groupe et Nitcheu Bernard, resté fidèle au nationaliste.

Dans ce même Sillage,  Njiné Michel, vice premier-ministre dans le gouvernement du 18 juin 1959 et en disgrâce avec Ahidjo, fera parvenir plusieurs correspondances à  Jean Mbouende dont celle du 04 mars 1960 qui dit ceci : « Mon cher grand frère, je vous écris pour la 3ème fois pour vous saluer et demander si mes précédentes lettres vous ont touché. Je ne connais pas votre adresse exacte, mais grâce aux frères de bonne volonté, j’espère pouvoir vous toucher. J’ai soif de vous voir revenir chez nous. Il faut que je puisse savoir ce que vous êtes devenu, ce que vous pensez de la grave situation de notre pays en général, de notre arrondissement de Bafang en particulier.

Je ne veux pas que des voleurs, des assassins, se servent de votre nom pour piller et tuer nos frères innocents. Je ne veux pas que votre nom soit souillé par des profiteurs habituels des malheurs des paisibles citoyens.

Je vous parle en frère et non en homme politique.

Vous me connaissez bien depuis longtemps.  Je n’ai pas changé ma conduite. Je souhaite que vous me fassiez confiance,  en rentrant dans le pays. Je me porte garant de votre liberté.

Si en rentrant vous tombez dans un piège, j’y tomberai avec vous. Donnez-moi la possibilité de vous rencontrer sans retard. Faites-moi confiance.

Ecrivez-moi. Je suis prêt à vous accueillir en frère.

Ce message de confiance s’adresse  à tous les nôtres qui sont avec vous là-bas.  J’attends vous lire. Je vous embrasse fraternellement ». Le nationaliste va recevoir cette 3ème lettre à travers son cordon de sécurité tenu par Nitcheu Bernard et va rester de marbre.

 D’autant plus  que toutes les insanités qu’il décrit dans cette lettre étaient aussi orchestrées  par le représentant de son parti à Bafang, le nommé Yeugong Bonaventure (vol, crimes, tortures etc…)

Il faut en effet se souvenir que c’est grâce à Jean Mbouendé que Njiné Michel devient député en 1952. Les listes de l’upc sont alors rejetées dans la subdivision de Bafang et le parti décide de soutenir les candidats pro-upcistes. Njiné Michel alors jeune fonctionnaire à Dschang vient donc solliciter ce soutien au nationaliste,  l’obtient et gagne. Il profitera de cette situation plus tard pour présenter son parti comme étant l’upc, la vraie, en vue d’une rente politique alors que c’était un montage du pouvoir colonial. Il faut également savoir qu’au moment de cette correspondance, on est à la veille des élections législatives  d’avril 1960 et la réédition sans garantie claire de sécurité de Jean Mbouendé est un gros butin politique pour Njiné Michel, pour rebondir dans la haute sphère de l’État. En homme avisé donc, le nationaliste  ne va pas répondre à cette correspondance et attendra la proclamation de la loi d’amnistie générale et inconditionnelle pour sortir de son refuge.

Il va ainsi revenir définitivement à Bafang avec la mission présidentielle de pacification de la subdivision. Les éléments des autres factions y compris certaines milices armées vont lui écrire pour solliciter  son soutien pour leur retour à la vie normale. Il répondra à tous les appels, au nom de la patrie.

Assassinat des religieux

Malgré l’hostilité de la hiérarchie catholique à l’endroit du mouvement nationaliste, il n’était pas question pour ses membres d’aller à contre courant des lois divines.

Mais pour davantage ternir l’image des nationalistes, ces groupes fantoches répandaient partout la rumeur selon laquelle une fois l’indépendance acquise, ils feraient de l’église une salle de danse ou de commerce. Pour ce faire, après le catéchiste Nitcheu Raphael en septembre 1959, ils ont assassiné le père Gilles Heberlet et le frère Sarron ( des Européens) à la mission catholique de Banka en novembre 1959.

Après c’était le tour de monseigneur Siyam Georges et de l’abbé Fondjo Thomas d’être arrêtés et déportés dans leurs bases. Ils ont terrorisé les populations, ont bâti leur fortune sur leur dos car non seulement ils violaient les femmes, mais également ils volaient, incendiaient écoles et hôpitaux. Ils s’attaquaient même aux bébés et femmes enceintes.

On ne saurait prétendre défendre une population et en même temps décider de la terroriser. 

En marge de ces groupes, il y avait certains chefs traditionnels et certains opportunistes zélés qui avaient fait de ces événements un fond de commerce en opérant à travers des dénonciations calomnieuses pour enfin exiger des rançons à certains paisibles citoyens.

Tous ces actes se faisaient malheureusement sous l’œil complice du pouvoir colonial qui s’arrangeait toujours à intervenir à posteriori.

L’objet Principal étant  de jeter le discrédit et l’opprobre sur le mouvement nationaliste.

Et pour avoir presque tous échoué dans leur mission, beaucoup de ces INSTRUMENTS furent assassinés par ce même pouvoir colonial qui avait la prétention de les défendre insidieusement. C’est pourquoi Jean Mbouendé après son ralliement à la faveur de la proclamation de l’indépendance en janvier 1960 et singulièrement de la loi d’amnistie totale et inconditionnelle a suffisamment communiqué pour désengager sa responsabilité et celle de l’upc authentique sur ce qu’on a appelé en région Bamiléké terrorisme entre 1956 et 1960.

Ci-après un extrait de sa déclaration dans le rapport de sa sortie du maquis dressé  le 27 mai 1960 : « Permettez-moi que je vous adresse à tous, petits et grands, l’expression de ma sincère gratitude.  J’ai profité de l’amnistie générale et inconditionnelle qui vient d’être proclamée par le président de la république du Cameroun pour revoir le pays natal, le Cameroun, et en particulier le département bamiléké. Je suis enchanté de vous dire que je vis.

J’ai abandonné mon foyer le 28/5/55 et suis revenu à Douala le 25/5/60. J’ai pensé que mon absence aurait fait disparaître complètement l’attachement qui nous liait. J’ai constaté qu’à Douala comme à Bafang, je suis bien accueilli. Je suis également heureux de vous annoncer que mon passage ce matin de Douala à Bafang a été bien applaudi.

J’ai vécu durant la période de mon exil, avec les larmes aux yeux, et en particulier de 1959 à 1960 où les tueries se sont multipliées au Cameroun et principalement en pays bamiléké. 

Je me contente encore une fois de plus de vous dire et à haute voix, que l’upc que j’ai eu l’honneur de présider à Bafang depuis sa création jusqu’au 28/5/55, date à laquelle j’ai gagné le maquis n’avais jamais tracé un plan pour un jour verser le sang de l’Européen ni de l’Africain »… Des applaudissements et des cris de joie s’entendent plus de cinq minutes. Puis il continue : « Notre but essentiel était de demander à l’autorité compétente l’indépendance du Cameroun et la réunification de ce pays. Que ceux qui ont profité  de notre absence pour endeuiller le pays sachent que Dieu les voit et que la vérité triomphera toujours ».

Applaudissements.  « Je lance un appel solennel à ceux qui ont été trompés et conduits en brousse de rentrer dans le calme. Je me permets de vous dire encore une fois de plus, messieurs et mesdames, mes amis et mes frères, que moi Mbouendé Jean qui suis aujourd’hui devant vous, peux justifier tout ce qui s’est passé au sein de notre mouvement à Bafang de 1955 à 1956, et en dehors de cette période et jusqu’à l’heure où nous parlons, j’y suis tout à fait innocent. Je vous remercie très sincèrement pour votre choix en ce qui concerne les élections du 10/4/60, car nos élus bamiléké ont demandé et insisté sur l’amnistie générale qui me permet de vous voir et de vous parler aujourd’hui ».

Le pouvoir colonial avait donc recruté de pseudo-nationalistes pour tuer le nationalisme.

Jean Mbouendé, retranché dans ses exploitations agricoles à Kambo-Kékem, les mains nues, mais déterminé, sera traqué jusqu’à ses derniers retranchements.

Après l’échec de l’équipe de Ngounou Etienne, bras séculier de Singap Martin, d’autres poches d’animosité vont prendre le relais. Mais Jean Mbouendé avait mis en place une stratégie bien huilée pour sa sécurité. En plus d’avoir pour abri le tronc d’un baobab mort, il s’interdisait le travail diurne et c’est de nuit qu’il effectuait ses travaux champêtres.

Certaines personnes qui étaient à la périphérie et qui pactisaient avec le pouvoir colonial, notamment Kouli Marc connu sous le pseudonyme de Ngoumba, Deugoué Raphael, son frère

Antoine et autres distillaient partout la rumeur qu’il n’était  pas en exil comme on prétendait et qu’il était bel et bien présent dans ses plantations. Ils passaient d’ailleurs la plupart du temps dans le bureau du chef de subdivision à Bafang pour l’aiguiller sur sa stratégie de sécurité et surtout pour lui indiquer contre rançons les moindres changements intervenus dans son environnement, notamment les accouchements des femmes du nationaliste. L’autorité coloniale va mettre à leur disposition même des appareils photos pour ramener ne serait-ce que ses images, mais en vain. Pour justifier leur forfaiture, ils vont dire que chaque fois qu’ils réussissaient à l’identifier, Jean Mbouendé se transformait en plant de café.

Le chef de subdivision les a ensuite envoyés avec des gendarmes pour qu’ils aillent organiser un guet-apens pour l’arrêter de nuit. Dès que la mission franchissait le fleuve Ngoum qui séparait sa plantation des plantations périphériques, ses membres manquaient le courage d’avancer.

Les gendarmes s’interdisaient à leur tour de traverser seuls ce fleuve.

Ils ont tenté vainement  cette opération près de quatre fois et face à toutes les difficultés rencontrées, le pouvoir colonial local s’est trouvé contraint de s’en référer à sa hiérarchie à Dschang qui a envoyé une délégation beaucoup plus musclée( environ huit camions remplis de militaires puissamment armés), objectif: Décimer la race Mbouendé.

 Les soldats, qui étaient donc  puissamment armés, vont envahir les exploitations agricoles de Jean Mbouendé vers 05h au petit matin du 15 mai 1959 pour lancer l’expédition punitive.

Ils pensaient, suite aux allégations de leurs informateurs, que le nationaliste dormait dans un des logements qu’il avait construits pour abriter sa famille et certains de ses employés.

 Ils vont donc tous être passés au peigne fin sans succès. 

Interrogées sur le lieu de sa cachette, ses épouses à l’unisson vont répondre qu’à leur connaissance, il devait se trouver du côté de Kumba. Ils les ont extirpées de leur logement qu’ils ont incendié. Les ouvriers ont pris la poudre d’escampette et ils ont réussi à mettre la main sur deux d’entre eux, originaires de Foumban. Ils ont également soumis leurs logements aux ravages des flammes. Vers 06h, tous ceux qui passaient par la plantation pour rallier leurs champs étaient réquisitionnés pour aider la soldatesque à abattre les plants de café aux coupe-coupes, dans la mesure où il s’était répandu que Jean Mbouendé se transformait en plant de café chaque fois qu’on réussissait à l’identifier. Ils étaient donc persuadés qu’en abattant ces plants, mystiquement ils réussiraient à l’abattre. Certaines de ses enfants, Mbouendé Agnès, Mbouemeni Thérèse, Mbouendé Gertrude, Mbouendé Kameni Elisabeth, qui étaient avec ses épouses  sont abandonnées à elles-mêmes dans la plantation de Nitcheu Bernard pendant une longue période.  En mi-journée, un lieutenant blanc qui passait par là s’est vu mordre le pied par la petite Mbouendé Kameni Elisabeth qui a aussi lancé un cri assourdissant. 

Courroucé, celui-ci va ordonner aux deux mères d’enfants  Djomo Pauline et Tiemeni Jeanne de partir avec elles.

Elles vont donc rallier la route nationale à travers le pont des singes

Les deux autres épouses qui sont restées et qui n’avaient pas d’enfants avec elles en ce moment, Kadji Elisabeth et Moukam ont continué à abattre les plants de café comme il leur avait été ordonné jusqu’à ce que la première, répondant à  un des chefs militaires, trouve un subterfuge pour tromper la soldatesque en lui déclarant que les limites de la plantation avaient déjà été longtemps franchies et qu’ils se trouvaient désormais chez le voisinage. C’est ainsi que la destruction des plants de café a pris fin avec un bilan de 03 logements incendiés, 11 000 plants de café âgés de 08 ans et en pleine production abattus.

L’abattage des caféiers s’étant révélé donc infructueux, les militaires embarquèrent Kadji Elisabeth et Moukam, deux des épouses de Jean Mbouendé et avec elles deux ouvriers originaires du Noun à destination de Dschang. Ensuite on les a conduits au camp militaire de Bamougoum. Quelques mois plus tard, ils furent transférés à Garoua, puis à Maroua Salack.

Heureusement, les épouses du nationaliste retrouvèrent dans cette prison une victime phonétique de Jean Mbouendé, interpellé parce que son nom avait une consonance proche du nom de Jean Mbouendé. Il s’agissait de Jean Ndingué, homme d’affaires originaire de Bangangté et propriétaire de l’hôtel Aurore à Yaoundé. Il les remarqua et s’enquit  de la situation de son ami Jean Mbouendé. Étonné par la situation un peu grotesque, faute de papier, il va se servir de l’étiquette de National, marque d’une cigarette à l’époque, pour rédiger une correspondance au vice-premier-ministre, Michel Njiné en vue de l’informer sur la situation de ces deux femmes du nationaliste. 

L’effet est immédiat. Le vice-premier-ministre va aussitôt donner les instructions à Maroua Salack pour ordonner leur libération. Elles vont retourner à Yaoundé par hélicoptère  et Michel Njiné va les recevoir et les mettre à la disposition de Léon Tassi, chef de famille Banka de Yaoundé  à l’époque.  L’hospitalité est de mise et enfin celui-ci va les conduire à son tour à Douala chez son homologue chef de famille Banka de Douala, Siewé André, qui prendra aussi bons soins d’elles pendant cinq mois, avec Clément Monkam.

Moukam était très têtue. Malgré de sérieuses mises en garde sur le terrorisme qui sévissait en pays Bamiléké à cette époque, elle décida d’aller à Banka à la rencontre de sa fille. Arrivée à Bafang, on l’empêcha de rallier Banka. Déjouant la vigilance de tous, elle prit la route de Banka, notamment celle de Batcho où sa fille vivait. Sur le chemin, elle tomba sur les terroristes dont le rôle était de saborder l’action des vrais nationalistes. Elle disparut ainsi à jamais. Peut-être serait-elle encore en vie si elle avait écouté les conseils de ses interlocuteurs.

La cachette de Jean Mbouendé pendant cette expédition

Le jour de l’embuscade en question, Jean Mbouendé était bel et bien sous son abri habituel, le baobab. Et depuis là-bas, il a aperçu les flammes  s’élever des habitations de ses femmes et ouvriers et s’est rapidement rendu compte de l’évidence d’un danger. Sans hésiter il a pris la décision de s’éclipser.  Et le lieu choisi était à Foyemtcha, environ à cinq kilomètres du théâtre des événements, dans la plantation d’un camarade ami, Tientcheu Pierre. Il y a trouvé un autre baobab mort qui l’a abrité durant sept mois dans les conditions encore plus rudes. 

Il a passé quelques semaines avec le propriétaire des céans qui a pris peur et s’est enfui pour Bafang.

Toutefois il continuait à faire les navettes entre Bafang et Kékem.

Opportunément, un des oncles maternels de Jean Mbouendé, Yossa Ferdinand qui était chef du quartier « 44 » à Kékem, va aller dire au chef Maya, puis à l’autorité coloniale qu’en soumettant Tientcheu Pierre à la torture, il finirait par révéler la  cachette du nationaliste. 

Le chef Maya, qui admirait le nationaliste pour ses bienfaits et ses qualités d’hommes, n’a pas voulu exposer Jean Mbouendé et immédiatement il va envoyer dire à Tientcheu Pierre de s’évader.  C’est comme ça qu’il se retrouvera à Douala, faisant ainsi échec au plan diabolique de Yossa Ferdinand, qui plus tard va décéder après une maladie mentale. C’était quand le nationaliste avait déjà retrouvé la vie normale et il a dignement assisté à ses obsèques, puisqu’il restait son oncle, malgré tout.

En résumé, Jean Mbouendé passera sept mois à Foyemtcha et dans cette retraite, une seule personne, en dehors de Tientcheu Pierre, avait réussi à identifier  son abri.  C’était une de ses épouses, Tiémeni Jeanne.  C’est donc elle qui lui apportait les repas durant les trois premiers mois au terme desquels le pont des singes qui reliait la zone à Kambo a été vandalisé par les terroristes et elle s’est enfuie aussi à Douala. Pendant les quatre mois restants, Jean Mbouendé était complètement coupé du monde et les seules personnes qui le savaient encore en vie étaient cette épouse et Tientcheu Pierre. Il se contentait alors de manger les crudités, parce qu’en faisant le feu pour cuire les aliments, il se serait fait identifier par les soldats qui à l’aide d’hélicoptères, sillonnaient toute la zone à la recherche de « l’oiseau du chef de région ».

À la fin du mois de novembre 1959, Jean Mbouendé va regagner sa plantation de Kékem.

Il faut également rappeler qu’une fois installé dans son refuge le 27 mai 1955, les détracteurs habituels du nationaliste avaient signalé au chef de subdivision qu’il prenait régulièrement ses bains dans un lac endogène à sa plantation. Celui-ci va directement solliciter et obtenir la création d’un poste de commandement militaire à Kékem où il va faire construire  une maison moderne pour loger le commissaire qu’on devait y affecter.  C’était un Algérien dont la mission se résumait pour l’essentiel à tendre un guet-apens  pour anéantir Jean Mbouendé au moment de ses douches. Son prétexte de lorgner le fleuve était de faire la chasse aux canards sauvages alors qu’en réalité c’était Jean Mbouendé le but, « l’homme-oiseau » qui se métamorphoserait en plant de café et en canard sauvage, suivant la croyance coloniale et de ses sbires. Malheureusement pour le commissaire, sa mission était vaine puisqu’il n’apercevra même pas son ombre. À contrario, sa présence et la construction de son logement favoriseront plutôt l’émergence de la ville de Kékem et la création  de son unité administrative.

Avec ce nouvel échec, le pouvoir colonial, prononça la sentence de mort à l’endroit de tous les enfants mâles issus de Jean Mbouendé dans l’espoir de tuer les gênes du nationalisme. Ils étaient heureusement tous à Douala, loin de l’enfer. Et plus généralement dans la sphère de la subdivision de Bafang,  la chasse à Mbouendé va prendre de l’ampleur au point où tous ceux qui portaient simplement le prénom de Jean se voyaient inquiétés par l’administration.

Il est important de revenir  au chef Maya pour comprendre l’histoire d’amour dans ses relations avec Jean Mbouendé. En 1934 Jean Mbouendé prend une parcelle à Kwetchi-Banka pour créer une plantation de café robusta. Onze ans  après,  en 1945, il va se rendre compte que l’espace était insuffisant pour ses ambitions. C’est pourquoi il va lorgner du côté de Kambo-Kekem. La forêt est alors la propriété de la collectivité, chapeautée par le Chef Maya. Jean Mbouendé va le rencontrer en 1945  dans le sens de l’acquisition d’une bonne partie. Ils se mettront d’accord.  Mais au courant de la transaction, un autre   planteur, proche de sa Majesté et pactisant avec la colonisation et qui avait même déjà reçu  les faveurs du nationaliste, va  conseiller au souverain  de renoncer à l’acte de vente avec la couverture de l’administration en arguant que Jean Mbouendé veut amener les communistes à Kékem. 

En homme d’honneur, le chef va plutôt privilégier la voie du subterfuge. Quand Jean Mbouendé revient pour la finalisation de l’acte de vente, le souverain lui pose une nouvelle condition, sachant que ça va le décourager : la condition est de lui offrir une voiture de marque Chevrolet avant toute nouvelle discussion. Jean Mbouendé dont il ne maîtrisait pas bien la ténacité, va lui donner rendez-vous la semaine d’après. 

Le jour dit, il viendra avec la Chevrolet achetée à un expatrié, Strobel, architecte  à l’époque.

Le chef en extase, va lui dire d’aller au-delà de la superficie initialement sollicitée.  Un malheur qui fait du bien.

La transaction est excellemment conclue au grand dam du calomniateur

Jean Mbouendé change d’option après le constat que la parcelle est très grande. Il va donc faire appel à une vingtaine de personnes qui vont l’aider à abattre la forêt.  Au terme de ce travail, en fonction du rendement de chacun, Jean Mbouendé va lui offrir une parcelle dûment immatriculée. C’est donc ceux-là, contents du geste du nationaliste, qui vont constituer sa garde rapprochée  pendant cinq ans de refuge sans jamais accepter de le trahir. Quelques-uns : Nitcheu Bernard, Djitik Emile, Kwedeu Pierre, Djélé Dieudonné, Tientcheu Pierre, Sintcheu Joseph, Kamga Michel, Tchuitcheu François, Djientcheu Victor. Toutefois la calomnie de 1945 va resurgir en 1951 où cette fois-ci après la mise en valeur des parcelles, avec la complicité de l’administration coloniale, on veut procéder à l’expropriation  au motif  qu’il s’agit d’un  domaine forestier. Le nationaliste va se battre avec la justice jusqu’à la cour de cassation à Paris pour défendre tout son monde. Il a gain de cause.

Clément W. MBOUENDEU

Gardien de la Mémoire

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