Le produit phare de François Santé SARL se retrouve de nouveau au centre d’une vive controverse. Alors qu’un message viral attribué au Lanacome le déclarait « impropre à la consommation », le laboratoire d’État et l’entreprise crient à la manipulation, tandis que l’Ordre des pharmaciens réitère sa demande d’interdiction stricte.
Une nouvelle tempête secoue le secteur de la santé publique au Cameroun. Au cœur des débats : le très populaire « Bôme François ». Un message ayant abondamment circulé sur les réseaux sociaux laissait entendre que le Laboratoire national de contrôle de qualité des médicaments et d’expertise (Lanacome) avait rendu un avis alarmant sur la qualité du produit. Il n’en fallait pas plus pour relancer une polémique que la société fabricant le baume tente d’éteindre depuis plusieurs mois.
Face à la rumeur, la réaction du fabricant ne s’est pas fait attendre. Par la voix de son Président du Conseil d’Administration, François Ekouma, la société François Santé SARL dénonce « une campagne de désinformation » visant à déstabiliser un fleuron de l’industrie locale. « Les affirmations diffusées ne reposent sur aucun fait vérifiable et relèvent d’une interprétation biaisée de la réalité », martèle-t-il, précisant que le produit n’est pas un médicament, mais une solution de soin fabriquée selon les normes d’hygiène. L’entreprise souligne être engagée dans un processus de mise aux normes ISO 22000 et de Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF) encadré par le Lanacome, avec un plan d’amélioration déjà réalisé à 60 % sur le plan de la formation.
La mise au point formelle du Lanacome
Du côté du Lanacome, on s’inscrit en faux contre les informations diffusées. Christophe Mvondo, responsable de la communication du laboratoire, a formellement démenti être l’auteur du message incriminé : « Cette information ne vient pas du Lanacome. Elle est totalement dénuée de tout fondement. » Il rappelle en outre le devoir de confidentialité du laboratoire envers ses usagers, assurant que toute non-conformité est transmise directement au fabricant et non jetée sur la place publique.
Le responsable nuance toutefois en précisant que le texte relayé en ligne réexploitait en réalité des données datant de 2024. À cette époque, une première expertise du Lanacome avait effectivement mis en évidence des non-conformités, matérialisées par des concentrations anormalement élevées de certains principes actifs.
La colère tenace des pharmaciens
Si le fabricant et le laboratoire d’expertise tentent de rassurer, la pilule ne passe pas auprès des professionnels de santé. L’Ordre national des pharmaciens du Cameroun (ONPC) maintient une position ferme et réclame l’interdiction pure et simple de la vente de ce baume.
Intervenant sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), le président de l’Ordre, le Dr Franck Nana, pointe du doigt la distribution anarchique du produit : « Ce produit qui se vend dans la rue, à la criée, c’est un médicament de la rue. Un médicament, pour pouvoir le dispenser, doit l’être dans une officine ou dans une formation sanitaire. » Le représentant de la profession s’interroge également sur la traçabilité des ingrédients dits « naturels », la provenance des matières premières comme la menthe, l’emplacement de l’usine de fabrication ainsi que l’existence d’agréments délivrés par les ministères de la Santé et de l’Industrie.
Entre impératifs d’accompagnement de l’industrie locale, exigences de régulation sanitaire et défense du monopole pharmaceutique, le dossier du Bôme François demeure un véritable cas d’école sur la gestion des produits de soins traditionnels et alternatifs dans le pays.
Jordan Essiene (Glob’Media)










