Colloque international à Yaoundé

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Débat sur l’IA et les conflits armés

Du 25 au 27 novembre, des assises ont réuni des experts internationaux dans la capitale politique du Cameroun pour discuter des enjeux et des défis de l’IA dans les conflits armés en Afrique.

La salle des fêtes de la Croix-Rouge à Yaoundé a servi de cadre, entre le 25 et le 27 novembre dernier, à un colloque international sur le thème : « Droit international humanitaire et intelligence artificielle (IA) : perspectives africaines ». Ce colloque a été conjointement organisé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le Centre d’études et de recherche en droit international et communautaire (Cedic) de l’université de Yaoundé 2 et la Croix-Rouge camerounaise (CRC). L’objectif de ces assises de Yaoundé était d’analyser les interactions entre le droit international humanitaire et les avancées technologiques liées à l’intelligence artificielle dans un contexte de conflits armés, en mettant en lumière les spécificités, les enjeux et les défis rencontrés par le continent africain. Près de 300 enseignants-chercheurs ont pris part à ces assises de Yaoundé, venus de la République démocratique du Congo, du Congo, de la République centrafricaine, du Nigeria, de Madagascar, de la France et du Cameroun, pays hôte.

Aujourd’hui, nous assistons à une transformation technologique sans précédent. L’intelligence artificielle est entrée dans tous les domaines de la vie : économie, santé, éducation, et désormais, la conduite des hostilités ! En effet, dans les conflits modernes, l’IA est utilisée, entre autres, pour détecter et identifier des cibles à l’aide de systèmes automatisés, analyser des données massives de renseignement, piloter des drones ou des armes autonomes, ou encore prédire des comportements hostiles, entre autres. Mal encadrées, ces innovations risquent de déplacer le jugement moral de l’humain vers la logique froide de la machine, or, la guerre ne peut être réduite à un calcul algorithmique. Au-delà du champ de bataille, l’intelligence artificielle influence aussi la manière dont les acteurs humanitaires travaillent. L’usage des données biométriques, des outils de reconnaissance faciale ou de géolocalisation peut améliorer la réponse humanitaire, mais il comporte également des risques majeurs pour la vie privée et la sécurité des victimes. La protection des données humanitaires est désormais une dimension essentielle de la protection de la personne. Le CICR, fidèle à sa neutralité et à son mandat de gardien du droit international humanitaire, œuvre à développer des normes éthiques et juridiques pour encadrer ces usages. Il dialogue avec les États, les armées, les concepteurs de technologies et les chercheurs pour garantir que l’humain reste au centre des décisions, même dans un monde numérique. Ce colloque est donc une occasion de placer l’Afrique au cœur du débat mondial sur l’intelligence artificielle et la guerre. Ce continent n’est pas en marge de cette révolution. Il en est déjà le témoin et parfois le terrain. Mais il peut et doit en devenir l’un des acteurs normatifs et éthiques majeurs. L’Union africaine, les universités africaines, les sociétés nationales de la Croix-Rouge et les institutions publiques ont un rôle crucial à jouer pour développer une réflexion proprement africaine sur l’éthique des technologies en conflit, promouvoir des mesures nationales d’application du droit international humanitaire face aux technologies nouvelles, et former une nouvelle génération de juristes, ingénieurs et humanitaires capables de dialoguer entre droit, science et humanité.

La cérémonie d’ouverture de ce colloque était présidée par la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng.

Stephane Antoine Ayissi, journaliste (Glob’Media)

Pr Christopher Nsoh, directeur du Cedic.

Le responsable du Cedic a répondu aux questions de Glob’Media pour éclairer la lanterne des États africains sur les enjeux et des défis de l’IA dans les conflits armés sur le continent.

« Le CEDIC plaide pour une Intelligence artificielle humanitaire »

Quelles sont les actions que le CEDIC mène sur l’IA et le Droit humanitaire ?

Le CEDIC est un Centre d’études et de recherches en droit international et communautaire. Nous nous intéressons beaucoup au Droit international humanitaire. C’est très important pour voir comment on peut humaniser les guerres, les conflits et les minimiser. Pour le cas de l’IA, nous sommes vraiment concernés. La guerre n’a pas pour mission de tuer mais d’affaiblir l’ennemi. Mais parfois, il y a des dommages causés c’est avec cette IA. Elle devient plus compliquée, parce que le contrôle est difficile. Donc nous posons ces questions : Qui va prendre cette responsabilité tant qu’il y a un dommage pendant la guerre ? Est-ce que c’est la société qui a fabriqué cette IA ou est-ce que ce sont des utilisateurs ou encore des États ? De plus, nous nous posons la question de savoir comment protéger les victimes ? Parce que parfois, elles se trouvent dans des situations difficiles. Quelle stratégie peut-on adopter ? Parce qu’on est en train de traiter avec la machine. Et cela devient maintenant compliqué. La première chose que fait le CEDIC, c’est de promouvoir l’humanité, la protéger et voir qu’on minimise, par exemple, les dommages pendant les conflits. Raison pour laquelle nous pensons que c’est très important d’entrer dans cette discussion (colloque) de l’IA et la guerre armée.

Pour protéger l’humanité face aux dangers des systèmes de l’IA, que propose le CEDIC ?

Nous intervenons parce qu’il y a le Droit international humanitaire. C’est ce Droit qui régit la gouvernance de la guerre. Ce qui est important, c’est la voix de l’université africaine et l’Afrique en général. Parce que nous ne devons pas laisser les gens venir dicter certaines choses pour nous. Mais nous devons voir comment notre apport fera écho. Se poser la question de savoir : qu’est-ce qu’on peut apporter dans les discussions et comment on peut adopter des lois africaines ? Nous travaillons sur cet aspect. Mais pour le moment, nous respectons le DIH. Le CEDIC depuis sa création contribue grandement à l’encadrement et la promotion de la recherche en organisant une multitude d’activités destinées à révéler et à consolider le talent des étudiants, professionnels et chercheurs intéressés et passionnés par le droit international.

En dehors de ce cadre, quelles sont les programmes de formations du CEDIC ?

Le CEDIC propose des séminaires d’information, de sensibilisation sur la cybersécurité et la cybercriminalité. Enfin, le CEDIC propose un projet de texte pour moderniser la réglementation relative à l’utilisation responsable de l’IA. Nous avons aussi des masters en humanité, en paix, en sécurité et en développement. De plus, nous avons des cours certifiés en trois mois. Par ailleurs, nous avons des lundis café. Il s’agit des séminaires que nous  faisons chaque lundi. Et là, nous développons beaucoup de thèmes comme le Droit international humanitaire. Et d’autres thèmes qui protègent, promeuvent l’humanité. Nous comptons déjà des milliers de produits formés au sein du CEDIC. En tant que pôle de droit international et communautaire de cette Université,  il a la lourde responsabilité de piloter et d’encadrer la formation et la recherche en matière de droit international et communautaire au sein de cette Université, conformément à l’article 3 de son Statut. Dans le domaine de la recherche, le Centre a pour mission : D’assurer et de promouvoir la recherche dans tous les domaines du droit international et communautaire. De contribuer au développement et à la promotion de la recherche théorique et pratique dans les domaines suscités. A cet égard, il organise et appuie la recherche collective et individuelle ; organise les manifestations scientifiques

Est-ce que le Droit international humanitaire adopté est déjà respecté en Afrique dans les différents conflits qu’on a observés ?

Premièrement, c’est à nous de l’adopter, de le respecter et de le promouvoir. Raison pour laquelle nous insistons que les Africains doivent faire entendre leurs voix. Parce que si nous ne les mettons pas en contribution, les autres les mettront. Ils ne pourront pas respecter nos réalités sur le terrain. C’est à nous d’agir. C’est la raison pour laquelle nous insistons que l’Afrique agisse. On ne doit pas utiliser l’Afrique comme un espace pour les tests ou pour le jeu. Mais les Africains doivent prendre leurs responsabilités en fonction de leurs espaces ; développer les lois de manière éthique et de manière légale pour protéger l’humanité.

Propos recueillis par S.A.A, journaliste (Glob’Media)

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