Axe Ngaoundéré-Meiganga

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De la gifle à la mobilisation des transporteurs

Il aura suffi d’une gifle, un geste brutal, cocasse pour certains mais profondément révélateur pour ceux qui vivent la route au quotidien.

Cette gifle, assénée à  un chauffeur de camion par un gendarme sur l’axe Ngaoundéré-Meiganga n’est pas un simple dérapage individuel : elle est le symbole d’un vieux rapport de force,  enraciné,  devenu insupportable pour une profession longtemps traitée avec condescendance.  Elle fut l’étincelle qui a mis à nu un mal qui couvait une colère sourde,  une dignité trop souvent bafouée. En réplique,  les camionneurs ont immobilisé leurs véhicules par centaines. Mais il serait naïf d’y voir une réaction impulsive. Cette grève est d’abord un acte de proclamation d’un métier éreintant qui refuse désormais d’être corvéable et humilié.  Les chauffeurs portent des revendications précises,  légitimes, d’autant plus qu’elles touchent au cœur même de la réalité: fin des tracasseries des forces de l’ordre,  protection sociale minimale,  sécurité professionnelle, entre autres. Rien de révolutionnaire. Rien qui menace l’ordre public.  Simplement la demande d’un État qui traite ses travailleurs avec Justice.

Le gouvernement,  par l’entremise du préfet, du gouverneur et autres,  a esquissé une ouverture au dialogue.  Mais à  peine la main tendue qu’une autre main, armée celle-là, s’est chargée de contredire l’effort. L’usage d’un Caterpillar pour dégager de force les camions, au prix de véhicules endommagés et de marchandises saccagées, a envoyé un message clair : lorsque les revendications deviennent trop visibles, la répression se substitue à la négociation. On répond à un malaise social par la force mécanique.  On croit solutionner un problème structurel par un bras de fer. On oublie, surtout,  que réprimer ne résout  rien, cela ne fait que différer l’inévitable.

Il y’ a, dans cette contradiction quelque chose de profondément symptomatique : la difficulté chronique de nos institutions à  distinguer ordre public et justice sociale. À chaque fois qu’un groupe professionnel exprime sa détresse,  la tentation est grande de l’assimiler à une menace. Cette confusion affaiblit l’État autant qu’elle fragilise ceux qu’il prétend encadrer. La récupération politique, observée en marge de la crise, n’a fait qu’ajouter de la fumée à  un incendie déjà suffoquant. Mais les camionneurs eux même ont dissipé l’ambiguïté : leur combat n’est pas politique.  Il est professionnel, il est humain. Il s’agit moins de renverser quoi que ce soit que de réclamer un espace de travail débarrassé de l’arbitraire. Cette crise pose donc une question fondamentale : à force de répondre aux problèmes sociaux par la coercition,  que reste- t- il de la légitimité de l’État ? Car un État fort n’est pas celui qui fait plier les faibles. C’est celui qui sait écouter,  réformer et protéger. Tant que les institutions privilégieront la matraque au dialogue demeurera dans un cycle sans fin où chaque injustice atteindra son incident déclencheur, parfois une simple gifle, pour exploser au grand jour.

Stivin Temdemnou,  journaliste (Glob’Media)

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