Du scandale Glencore au Mirage CSTAR
Le 6 novembre, le Président de la République s’est tenu devant la nation et a fait une promesse solennelle : renforcer la lutte contre la corruption. Cet engagement, prononcé dans les lieux sacrés du pouvoir, sonne creux lorsqu’on le confronte à la saga persistante de la corruption et à l’émergence d’une nouvelle arnaque, potentiellement massive, qui se déroule dans notre secteur énergétique national.
Le timing est frappant. Alors que le Président parlait d’intégrité, les tribunaux internationaux continuent de traiter la plaie purulente du « scandale Glencore » À peine quatre jours après la promesse présidentielle, le 10 novembre 2025, Martin Wakefield, David Perez, Paul Hopkirk et Ramon Labiaga ont été présentés à un juge de la Cour de la Couronne de Southwark à Londres, où ils ont plaidé non coupables à toutes les accusations. Cette affaire, dont le procès est prévu pour 2027, met à nu une conspiration de plusieurs années impliquant des paiements corrompus entre d’anciens employés de Glencore et nos propres institutions nationales, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) et la Société Nationale de Raffinage (SONARA), couvrant la période de 2007 à 2014. Ce n’est pas de l’histoire ancienne ; il s’agit d’une procédure judiciaire en cours qui implique les entités énergétiques les plus critiques de notre nation dans un réseau de corruption internationale. Pourtant, alors même que ce scandale avance lentement dans les tribunaux, un nouveau schéma alarmant semble prendre forme : le soi-disant « Projet CSTAR » à Kribi. Le récit officiel, fourni par la SNH, parle d’une « étape majeure » et d’une « vision stratégique ». Cependant, un examen plus attentif révèle des irrégularités profondément troublantes : Les Signataires Fantômes : Le Directeur Général de la SNH, Adolphe Moudiki, est nommé comme signataire de cet accord-cadre de 120 milliards de FCFA. Pourtant, il est conspicuellement absent des photographies de la cérémonie. L’image publiée de lui en train de signer provient d’un événement totalement différent. De plus, le Président du Conseil d’Administration de la SNH n’apparaît nulle part. Une Question d’Autorité et de Priorité: Comment des négociations d’une telle ampleur pour une nouvelle raffinerie peuvent-elles se dérouler sans la présence physique du Directeur Général de la SNH, et plus alarmant encore, sans le Ministre de l’Énergie ? Cela suggère un contournement délibéré de la supervision et de la hiérarchie gouvernementale établie. L’Empiètement de la SNH: La SNH, une entité ayant un mandat corporatif spécifique, se comporte de plus en plus comme le décideur politique de fait dans le secteur pétrolier et gazier, un rôle pour lequel elle n’est pas conçue et qui manque de responsabilité démocratique.
Le Paradoxe de la Raffinerie de Limbe; On nous demande de croire en la construction d’une nouvelle raffinerie à Kribi alors que la raffinerie existante de Limbe, un atout national vital, gît en ruines en attente de réparation. Cette priorisation irrationnelle défie toute logique et tout sens économique, soulevant la question fondamentale : Cui bono ? À qui profite le crime ? L’affaire Glencore démontre une culture historique de corruption au sein de la SNH. Le projet CSTAR a toutes les caractéristiques de son successeur une arnaque sophistiquée conçue pour détourner des milliards de fonds publics sous couvert de « sécurité énergétique ». Par conséquent, si la promesse du Président de lutter contre la corruption doit être plus qu’une simple rhétorique, nous exigeons une action immédiate et décisive. Le premier arrêt absolu doit être la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Un audit forensique complet, transparent et indépendant de l’accord-cadre CSTAR et de toutes les négociations connexes est impératif. La nation ne peut pas se permettre un autre Glencore. La lutte contre la corruption doit commencer par la SNH
Me Akere Muna










