Les solutions d’un médecin
Si à l’échelle mondiale, le nombre de décès de nouveau-nés est passé de 5 millions en 1990 à 2,4 millions en 2019, les enfants sont les plus exposés au risque de décès au cours des premiers 28 jours de vie. Approchée par Glob’Media, Dr Happi Fossi Mireille, chef de service de néonatologie à l’hôpital Laquintinie de Douala, a identifié des solutions pour réduire la mortalité néonatale au Cameroun, principalement due aux naissances prématurées, aux complications à la naissance et aux infections. Pour y remédier, elle propose d’améliorer les soins obstétricaux, de renforcer la prise en charge des nouveau-nés et de mettre en place des campagnes de sensibilisation pour limiter les décès.
Selon le ministre de la santé publique, trois bébés sur dix meurent chaque année au Cameroun. Qu’est ce qui peut justifier cette situation ?
D’entrée de jeu, les mamans ne suivent pas bien leurs grossesses. Il faut respecter les consultations prénatales, il faut faire tout ce que les gynécologues demandent, avoir un très bon suivi de la grossesse pour éviter certaines complications.

Quand dit-on qu’un bébé est prématuré ?
Un bébé prématuré, c’est avant tout un bébé qui naît plus tôt que la date prévue de son accouchement. C’est un bébé qui naît avant 37 semaines d’aménorrhées calculées à partir de la dernière date des règles, soit 8 mois et demi durant.
Quels sont les facteurs qui conduisent à la naissance d’un bébé prématuré ?
Plusieurs facteurs conduisent à la naissance d’un enfant prématuré, nous avons les causes fœtales et environnementales. Chez la maman par exemple, nous avons l’infection. La maman doit bien suivre sa grossesse pour éviter les infections à l’instar de la malnutrition d’autres pathologies maternelles comme le paludisme, les infections génitales ou urinaires qu’on rencontre à la 3eme semaine de grossesse et puis la malnutrition chez la maman. Elle doit avoir une alimentation équilibrée, variée, diversifiée et adaptée. L’hypertension avec ses complications également qui peuvent évoluer et cela se manifeste par des convulsions chez la maman avec une souffrance cérébrale chez le bébé. Et nous avons également les hémorragies marquées par les saignements qui peuvent être dues au placenta qui n’est pas bien inséré. Nous avons également un décollement placentaire qui est prématuré. Nous pouvons également avoir du côté fœtal, des grossesses multiples. Lorsque vous avez un utérus qui à 2, 3 bébés, cela peut entraîner un accouchement prématuré. Il y a également le fait que lorsqu’un bébé ne grandit pas bien il a un petit poids par rapport à son âge gestationnel. Sur le plan environnemental, le stress peut jouer un grand rôle, le tabac ainsi que l’âge de la maman. On rencontre les prématurés beaucoup plus chez les jeunes mamans qui ont moins de 18 ans et chez les mamans plus âgées à partir de 35 ans et au-delà.

Quelles sont les mesures mises en place pour limiter les cas de décès ?
Pour limiter les cas de décès c’est surtout en amont, avec l’intervention des gynécologues. Le suivi de la grossesse pour pouvoir éviter les accouchements prématurés. Et maintenant si le bébé est né prématurément, il va être hospitalisé dans un service de néonatalogie où il y a des pédiatres, un personnel qualifié pour cela. Le prématuré a des organes immatures et il provoque des complications notamment les infections. Il se refroidit très vite donc il fait l’hypothermie, l’hypoglycémie. Ce sont des complications qu’on rencontre chez les prématurés. Des problèmes respiratoires, des troubles de l’alimentation. Nous avons aussi l’infection que nous rencontrons beaucoup plus parce que l’enfant à une peau assez fragile raison pour laquelle il est plus vulnérable. Il y a une immaturité du système immunitaire et tout cela concourt à la complication chez le prématuré. Maintenant lorsqu’il arrive, on essaie de lutter dans le service. On assure le développement, la croissance, on regarde la température, le poids, la nutrition pour qu’il évolue bien et puisse sortir du service de néonatalogie. Nous avons la méthode Kangourou qui va aider au renforcement des liens qui se tissent entre la maman et son bébé mais cela va aussi favoriser la croissance du bébé comme s’il était encore dans le ventre. C’est une méthode qui doit être pratiquée un peu partout. Ça ne remplace pas les incubateurs mais ça fait partir des soins de développement du bébé qui va être traité. Nous penserons également aux familles, aux parents qui ne pensent pas à avoir un bébé prématuré et quand cela se produit, ils sont perturbés. On les accompagne, on échange avec eux dans tout ce processus.

Qui peut pratiquer la méthode kangourou au Cameroun ?
C’est tous les enfants qui sont nés avant le terme. À l’hôpital Laquintinie par exemple, les bébés prématurés qui ont moins de 2kg 500 font le kangourou. Mais cela demande une certaine éligibilité, il faudrait que le bébé soit stable. Autrement dit, il ne doit pas avoir des problèmes circulatoires, respiratoires, d’oxygène, de voies veineuses. Ce bébé ne doit poser aucun problème cité ci-dessus. Ainsi, on peut le porter de peau à peau et quand la maman n’est pas disponible on essaie de chercher le papa et si le papa n’est pas disponible, on demande un membre de la famille Parce que le Kangourou doit être porté. On doit mettre le bébé peau à peau pour pouvoir le réchauffer. On peut prendre un membre de la famille qui est présent si la maman est encore à la maternité ou en réanimation par exemple.
Que fait l’hôpital Laquintinie pour limiter le taux de mortalité des bébés prématurés ?
Pour limiter le taux de mortalité, il faut faire des soins de développement, la méthode Kangourou. Vous savez que l’hôpital Laquintinie est un centre d’excellence, nous pratiquons cette méthode Kangourou depuis les années 2000. On accompagne les parents dans ce processus, on les capacite pour qu’ils puissent continuer à pouvoir pratiquer les soins à domicile. Et à la sortie, ils sont suivis, il y a un suivi ambulatoire qui permet de suivre leur développement, leur croissance et s’ils ont des troubles de développement psychomoteurs.










