Le crépuscule des « clementins » est l’aube des « coalises »

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Djeukam Tchameni répond à Me Claude ASSIRA

Dans la nouvelle expression du lundi 24 novembre 2025, le très respecté maître Claude Assira demande des « explications à l’opposition »; le célèbre et modéré avocat s’offusque des maladresses de ce qui est réputé être « l’opposition la plus stupide d’Afrique ». En des termes durs.

« Vous avez raté une occasion d’entrer dans l’histoire et avez fait rater à notre cher et beau pays, le Cameroun, une chance de tourner une page de son histoire (…). Alors que tous les indicateurs permettaient d’espérer la défaite du camp présidentiel et d’entrevoir une victoire de l’opposition, vous avez préféré privilégier vos égos surdimensionnés. Je me demande si le score officiel de M. Tchiroma à l’élection présidentielle, bien que rabougri par les officines, ne  constitue pas la seule preuve de votre traîtrise (..). On a  beau vous mettre en garde contre le fait que le jeunisme  ne pourrait constituer un programme politique, vous  n’en avez eu cure. Les tricheries évidentes, les brimades  infligées à l’un d’entre vous n’ont pas servi de  détonateur pour vous rebeller et vous coaliser. Même  devant les allégations de bidouillage des résultats, vos voix sont restées silencieuses. Peut-on vous faire confiance par la suite ? Ce texte d’une logique implacable à première vue ne peut être bien compris qu’après un passage au crible de quelques interrogations.

À qui Maître Assira s’adresse-t-il au juste ? Que dit-il exactement ? Et qu’est-ce qu’il ne dit pas ?

À qui s’adresse Me Claude Assira ? Le titre de l’article donne une réponse apparemment  claire: l’avocat s’adresse à l’opposition. Mais l’opposition  n’est ici ni un individu, ni un parti unique; elle est une  nébuleuse composée de plusieurs centaines de partis  politiques de tailles différentes, ayant un seul membre,  le président fondateur, à plusieurs milliers de  sympathisants; ces partis mettent en exergue des  programmes politiques plus ou moins structurés, sous tendus par des idéologies qui surfent de l’extrême droite  tribaliste à l’extrême gauche marxisante, en passant par  les néolibéraux, le social-libéralisme, la social-démocratie; certains de ces partis ont participé à  l’élection présidentielle et d’autres pas; certains préférant  la logique insurrectionnelle à l’approche institutionnelle;  

Auxquelles de ces organisations s’adresse donc  spécifiquement Maître ASSIRA? L’avocat précise que  sa cible sont « les partis qui ont raté l’occasion d’entrer  dans l’histoire et qui ont fait rater à notre cher beau pays. une chance de tourner une page de son histoire »; il cible des chefs de partis qui ont « préféré privilégier leurs  égos surdimensionnés et qui ont fait du jeunisme un  programme politique ». Il doigte ceux qui n’ont pas su « ni  se rebeller, ni se coaliser face aux tricheries et  brimades infligées à l’un des leurs, et qui sont restés  silencieux face au bidouillage des résultats ». Il devient  évident que Maître Assira a dans son viseur non pas les 400 partis politiques qui encombrent la scène politique camerounaise, mais bien les « clémentins », c’est-à-dire les candidats à l’élection présidentielle retenus par Clément Atangana qui sont allés en rangs dispersés au scrutin du 12 octobre 2025 et qui se sont réjouis  de l’élimination des autres candidats et qui ont rapidement reconnu la victoire volée de l’ex président malgré les fraudes grossières.

Que dit Me Assira?

Maître Assira dit tout le mal qu’il pense des « clémentins » et leur promet qu’ils assumeront la responsabilité de leur forfaiture. Il pose enfin une question rhétorique : peut-on vous faire confiance pour  la suite ? Ce à quoi son article répond par la négative. Mais ce n’est pas tout ce que l’avocat nous révèle dans son texte; il nous fait savoir que, d’après lui, Paul Biya a  effectivement gagné l’élection, malgré tous les indicateurs qui permettent d’espérer le contraire. Bien que reconnaissant le bidouillage des résultats, Maître Assira ne semble pas croire que ceux-ci ont de façon significative affecté l’issue du scrutin. Pour lui, la victoire du RDPC et donc la défaite de l’opposition s’expliquent avant tout par le refus des “clémentins” à se  coaliser. Cette posture est pourtant en contradiction avec les résultats proclamés, aussi bien par l’Union pour le changement qui a porté la candidature d’Issa Tchiroma Bakary, que ceux proclamés par le conseil  constitutionnel qui a soutenu le candidat Paul Biya. Si la  crise postélectorale est fondée sur la diffusion des pourcentages attribués aux deux têtes de course, les  officines des deux candidats s’accordent sur une chose:  tous les ‘clémentins’ réunis n’ont pas atteint 10%. 10  points n’auraient pas pu infléchir dans un sens comme dans l’autre l’issue générale de l’élection, car chaque candidat se donne victorieux avec un écart de plus de 20 points sur le second. 

Qu’est-ce que me Assira ne dit pas ? Maître Claude Assira ne dit pas que les résultats sortis  des urnes au soir du 12 octobre 2025 ont donné une  victoire écrasante à Issa Tchiroma Bakary. Il feint  d’ignorer que la candidature du candidat consensuel a  été portée par l’Union Pour le Changement, une  coalition de 22 partis politiques et de 34 associations de la société civile, ainsi que par des dizaines de personnalités indépendantes. L’avocat semble n’avoir pas vu que cette coalition a été construite non pas  autour d’un individu, mais d’un programme commun  de transition et de refondation du Cameroun,  réalisable en trois à cinq ans. Sans qu’il soit possible de  savoir s’il le fait par ignorance ou mauvaise foi, Maître  Assira passe sous silence l’approche géniale des  stratèges de l’Union pour le changement en 2025 (UPC  2025) qui ont su mener une campagne rassembleuse,  débarrassée de tous les éléments clivants que sont le  chauvinisme partisan, le culte de la personnalité, le  messianisme politique et enfin la manipulation du  sentiment ethnique. Les stratèges de l’Union pour le  changement ont réussi le coup politique du siècle; en  seulement un mois, du 13 septembre, date d’anniversaire de l’assassinat d’Um Nyobe au 12 octobre 2025, ils ont pris un ministre de Biya qui avait démissionné trois mois auparavant et en  ont fait le chouchou du peuple. La victoire d’ITB est le fruit d’un triptyque : une stratégie géniale bien pensée et bien mise en œuvre ; un Candidat qui a su faire sa mue et être à la hauteur des enjeux et un électorat qui a montré sa maturité en adoubant un programme de Transition et de Refondation.

Le 12 octobre 2025, le peuple camerounais a répondu à  la question rhétorique de Claude Assira: Peut-on faire  confiance aux ‘clémentins’ pour la suite ? La réponse  est dans leurs résultats humiliants à l’élection  présidentielle : de 0% à 3%. Le désaveu du peuple vis-à-vis des chefs de partis politiques aux égos  surdimensionnés et incapables de coaliser est final ; ils  sont définitivement sortis de l’histoire par la petite  porte.  

À qui faire confiance pour la suite ? Quelle que soit l’issue de la crise postélectorale, les  élections législatives et municipales sont prévues pour  février 2026, dans moins de trois mois. Les stratèges de l’Union pour le changement proposent aux partis  politiques, associations de la société civile et personnalités indépendantes, soucieuses du mieux-être  du Cameroun, d’aller unis et soudes aux élections locales. Dans chaque circonscription, une liste de  l’Union pour le Changement devra faire face à une liste du RDPC. Les élections de février 2026 seront un référendum entre les candidats trans-partisans de l’Union  pour le Changement et les candidats monolithiques du RDPC. Le peuple fera confiance aux candidats de  l’opposition qui iront aux législatives et aux municipales  en coalition et punira dans les urnes, comme il l’a  fait à la présidentielle, tous les aventuriers qui iront en  rangs dispersés au scrutin de février 2026. L’enjeu est très  important. L’UPC 2025 doit avoir une majorité de deux  tiers à l’Assemblée nationale pour mener à bien son programme de refondation du Cameroun. Si on y va en coalition, nous aurons les 120 députés requis. Ceci est possible si nous ne permettons pas aux « clémentins » de disperser nos voix.

Yaoundé le 26 novembre 2025

Mwalimu Djeukam TCHAMENI

Président du MDI

Membre du Présidium de l’UPC 2025

Prisonnier politique

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