Crise anglophone : Yaoundé sous pression

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L’International Crisis Group exhorte l’Union européenne et l’ONU à renforcer la pression sur Yaoundé pour résoudre la crise anglophone au Cameroun, où près de 2,9 millions de personnes sont touchées par le conflit.

Cette crise, classée parmi les sept priorités de paix en Afrique pour 2026, nécessite une action diplomatique accrue afin de favoriser un dialogue inclusif et des réformes politiques. L’absence de solution durable menace la stabilité régionale et alimente des violations des droits humains. Une intervention coordonnée des acteurs internationaux pourrait encourager Yaoundé à engager des négociations sérieuses avec les groupes armés et les communautés anglophones.

Sans négociations sérieuses, les tensions risquent de s’aggraver, menaçant la stabilité nationale. L’UE, grâce à son partenariat stratégique avec le Cameroun couvrant dialogue politique et aide au développement dispose d’un levier influent pour encourager une résolution durable. Son rôle pourrait inclure le soutien à des processus de médiation ou l’ajustement conditionnel de l’aide selon les progrès vers la paix.

Bruxelles pourrait exercer une pression diplomatique ciblée en menaçant des sanctions individuelles, comme des interdictions de voyage, contre les responsables impliqués dans la répression violente des manifestants pacifiques au Cameroun. Cette approche, combinée à une promotion active du dialogue entre le gouvernement et les autorités anglophones, renforcerait l’effet du levier européen. Par ailleurs, l’ouverture d’une enquête par le parquet fédéral belge depuis l’été 2025 pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre souligne un engagement juridique croissant face aux violations présumées au Cameroun depuis 2020. Une pression diplomatique ou financière de Paris pourrait donc renforcer l’action européenne, notamment dans le contexte d’une montée des tensions politiques et sociales.

L’ONG appelle l’ONU à jouer un rôle actif dans la résolution du conflit anglophone au Cameroun, en exploitant les liens directs d’António Guterres avec le président Paul Biya. En raison de son historique d’intervention technique, notamment lors des élections, l’ONU est vue comme une entité idéale pour une diplomatie discrète. La recommandation de réinviter le Canada déjà impliqué dans des pourparlers passés vise à relancer un processus de médiation éprouvé, essentiel pour surmonter l’impasse politique. Cette approche souligne l’importance d’un engagement international mesuré et constructif.

L’ICG souligne que les recommandations intérieures sont fortement influencées par la tension politique post-électorale du 12 octobre 2025 au Cameroun. Elle appelle les acteurs extérieurs à une coordination renforcée pour inciter le gouvernement à adopter des choix pacificateurs, évitant une dégradation du climat social. Toutefois, elle reconnaît que l’efficacité de cette pression reste limitée en l’absence de mécanismes clairs ou conventionnels pour influencer la situation. Ce constat reflète les défis propres aux interventions externes dans des contextes politiques tendus.

Rayan Sofo, journaliste (Glob’Media)

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