Kareyce Fotso prépare la sortie de son nouvel album intitulé Gwà : « C’est un album qui parle de douleur, mais surtout de force et de résilience. »

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L’artiste musicienne camerounaise Kareyce Fotso présente son nouvel album Gwà, un projet profondément personnel qui célèbre la résilience face à la douleur. Rencontrée par La Nouvelle Expression, elle aborde les luttes intérieures et collectives, tout en affirmant une voix féminine forte et engagée. L’album, porteur d’une dimension universelle, s’inscrit dans une démarche artistique et sociale, mettant en lumière les expériences des femmes africaines. Sa sortie marque une étape importante dans sa carrière, renforçant son influence sur la scène musicale internationale.

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre nouvel album ?

Au Cameroun, ces dernières années, plus de 100 femmes ont été tuées, victimes de féminicides. C’est un chiffre glaçant. Mais derrière ce chiffre, il y a des visages. Des noms. Des voix. Des voix trop souvent étouffées. Face à cette urgence, j’ai voulu agir. Un jour, j’ai posé une question simple à ma mère : « Comment faisaient les femmes, avant ? » Elle m’a parlé du Gwà. Un cercle sacré, exclusivement féminin, où les femmes se réunissaient pour parler, pleurer, dénoncer, se soutenir… et se relever. Un espace puissant. Respecté. Redouté même. Parce qu’y être nommé, c’était être publiquement confronté à ses actes.

Et par la force des mots, le Gwà faisait reculer la violence. Alors j’ai voulu faire renaître ce cercle. Sous une autre forme. J’ai créé un groupe Facebook, devenu en peu de temps une véritable agora de plus de 30 000 membres. Un Gwà moderne, inclusif, ouvert aussi aux hommes qui refusent la violence. Un espace d’écoute. De vérité. De solidarité. Et puis… J’ai écouté. Des femmes m’ont confié leurs histoires. En silence. En larmes. En feu. Chaque chanson de cet album est née de là. D’un témoignage réel. D’une voix qui refuse de se taire.

D’un chant qui transforme la douleur en lumière. Gwà : La Voix des Femmes, c’est une œuvre engagée. Un manifeste musical. Un espace de mémoire et de libération. Je chante pour celles qu’on n’a pas écoutées. Je chante avec elles. Pour qu’aucune ne soit plus jamais seule.

Pour que la musique puisse, encore, sauver des vies.

Quels sont les thèmes abordés dans cet album ?

J’aborde les violences faites aux femmes, le silence imposé, la transmission, la guérison, mais aussi la force intérieure. Il est question de dignité, de mémoire et de renaissance. C’est un album qui parle de douleur, mais surtout de force et de résilience.

Vous décrivez GWÀ comme un cercle de parole ancestral. Comment ce rituel traditionnel a-t-il nourri l’écriture de cet album ?

Le Gwà est un espace sacré de parole et de réparation. Chaque chanson est pensée comme une parole déposée dans ce cercle : un témoignage, une libération, une reconstruction.

Pourquoi avoir choisi ce mot précis, et quel message souhaitez-vous envoyer aux générations actuelles à travers cet héritage ?

Parce que c’est une mémoire vivante. Un héritage puissant. Je veux rappeler à la jeunesse que nos traditions portent des outils de transformation. S’inspirer des combats de nos mères d’hier pour mener ceux d’aujourd’hui.

En quoi GWÀ marque-t-il une nouvelle étape dans votre parcours de métisse culturelle ?

Oui. C’est une réconciliation. J’y assume pleinement mon identité plurielle. Je ne suis plus entre deux cultures : je suis le lien entre elles.

Vous affirmez que cet album est né des murmures de femmes victimes de violences. A-t-il été difficile de transformer ces douleurs en mélodies ?

Oui. Cela demande écoute, respect et responsabilité. Mais la musique permet de transformer la douleur en lumière, sans la trahir.

Vous vous positionnez comme la voix de celles qui portent des blessures cachées. Considérez-vous aujourd’hui que votre musique comme outil de combat social ?

Oui. C’est une prise de parole. Elle ouvre des espaces de dialogue, questionne les silences et accompagne les prises de conscience.

La pochette de l’album met en avant des femmes qui ont brisé le mur du silence. Pouvez-vous nous parler de cette collaboration visuelle et humaine ?

Elle met en lumière des femmes ayant brisé le silence. Ce projet visuel est avant tout humain : un acte de courage, de vérité et de solidarité.

Vous présentez l’album le 17 avril 2026 à Bruxelles, pourquoi le choix sur Bruxelles ?

Bruxelles représente à la fois une fidélité artistique et une ouverture au monde. Depuis 2010, je collabore avec le label belge Contre-Jour. C’est donc un lieu naturel pour présenter cet album. C’est aussi une ville carrefour, où les cultures dialoguent. Un espace idéal pour porter un message universel.

À quoi le public doit-il s’attendre pour ce spectacle que vous décrivez comme une expérience humaine ?

Plus qu’un concert, une expérience humaine. Un voyage émotionnel, proche du rituel, où la musique devient un espace de partage, d’écoute et de connexion.

Comment comptez-vous porter ce message de lutte contre les violences au sein même des communautés camerounaises, au-delà de la scène internationale ?

Depuis septembre 2023, nous avons mis en place une cellule d’écoute pour les victimes. Des psychologues, juristes et activistes, nous accompagnons les femmes. Un numéro vert permet également de dénoncer et de briser le silence, protéger, et accompagner.

Comment la musique devient un outil de mobilisation sociale pour vous ?

La musique touche directement les émotions. Elle rassemble, libère la parole et peut déclencher une prise de conscience.

Quel message voulez-vous transmettre aux jeunes femmes africaines ?

Vous êtes puissantes. Vos voix comptent. Ne laissez personne vous réduire au silence.

Votre histoire mérite d’être entendue.

Née dans la cosmopolite Yaoundé, Kareyce Fotso a développé un répertoire africain contemporain profondément ancré dans la culture Bamiléké. Avec GWÀ, la chanteuse camerounaise signe un album poignant qui donne voix aux paroles de femmes : des récits souvent tus, transmis à voix basse, chargés de douleur, mais aussi d’une force immense. En explorant l’histoire et la mémoire, elle fait revivre le Gwà, un cercle de parole ancestral où les femmes se rassemblaient pour parler, se soutenir et s’élever. Un espace où les mots protégeaient, réparaient, transformaient.

Avec GWÀ, Kareyce Fotso transforme les témoignages de femmes en chansons et fait de la scène un lieu de libération. GWÀ est plus qu’un album ou un concert. C’est un combat porté par la voix, un outil de prise de conscience, un refus assumé de banaliser la violence. Une main tendue vers celles qui hésitent encore à parler, une voix pour celles qui n’ont jamais été entendues. GWÀ n’est pas seulement un album, ni seulement un concert. GWÀ est une expérience profonde, humaine et nécessaire. Une expérience qui touche, qui relie et qui marque durablement. Car briser le silence, c’est déjà sauver des vies.

Un concert à The Faculty
The Faculty n’est pas une salle de concert ordinaire. Ce bâtiment néo-Renaissance flamand, construit en 1892 pour abriter la grande école vétérinaire de Cureghem, a traversé plus d’un siècle d’histoire avant d’être soigneusement restauré. Les parquets d’origine, les moulures, les sols en mosaïque, tout a été préservé. Et c’est dans l’ancienne salle de proclamation du bâtiment, au magnifique étage d’honneur, que la musique résonne ce soir. Un lieu un peu en dehors du centre qui vaut le détour.

Comment venir?

Situé près de la gare de Bruxelles-Midi et à proximité des boulevards de la Petite et Grande Ceinture, The Faculty est facilement accessible pour les navetteurs et les automobilistes.

Métro: Ligne 2 et 6, station Clemenceau ou Gare du midi

À pied: 12 minutes à pied depuis la Gare du Midi ou l’arrêt Clémenceau

Bus: Ligne 73, 78 arrêt Vétérinaires – Ligne 48 arrêt Eloy

Villo !: Station disponible à proximité

En voiture: Rue des Vétérinaires 47, 1070 Anderlecht — parking en rue ou à la Gare du Midi

Choix du ticket Prix Panier
Ticket Prévente € 16,00

Ticket membre € 11,00

Ticket (jour du concert) € 20,00

Interview réalisée par Panisse Istral Fotso

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