6 avril 1984 : Le jour où le Cameroun a frôlé le chaos

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Du putsch manqué à la « prophétie » de la mal-gouvernance

Quarante-deux ans après la tentative de coup d’État qui a fait vaciller le régime de Paul Biya, le souvenir du 6 avril 1984 reste une plaie ouverte. Si le soulèvement de la Garde républicaine a échoué après trois jours de combats sanglants à Yaoundé, le message des putschistes du mouvement « J’OSE » résonne aujourd’hui avec une ironie tragique.

Une fracture au sommet de l’État

Tout bascule le 6 avril 1984. Paul Biya, au pouvoir depuis seulement 15 mois après la démission d’Ahmadou Ahidjo, décide de dissoudre la Garde républicaine. Cette unité d’élite, majoritairement composée de soldats originaires du Grand Nord, voit dans cette décision une manœuvre de marginalisation. Le soulèvement est immédiat. Pendant trois jours, les mutins contrôlent la radio nationale et l’aéroport. Le bilan officiel fera état de 71 morts, bien que des sources indépendantes avancent le chiffre de 500 victimes. Paul Biya l’emporte grâce à la fidélité d’une partie de l’armée, mais le pays change à jamais.

Le message des putschistes : une « prophétie » ?

Au-delà de la violence, c’est le contenu du message radiodiffusé par les mutins qui frappe par son actualité. Ils dénonçaient alors :

La « rapine incalculable » et l’escroquerie au sommet de l’État.

Une devise de prédation : « Ne pas servir la nation, mais se servir ».

L’enrichissement illicite : « Se remplir les poches le plus vite possible ».

Quarante-deux ans plus tard, l’éditorialiste Edmond Kamguia note que ce réquisitoire semble avoir anticipé les maux dont souffre le Cameroun actuel.

De l’Épervier au « Covidgate » : l’éternel recommencement

Le régime a tenté de répondre à ces critiques par l’Opération Épervier, lancée pour assainir les mœurs publiques. Cependant, cette lutte contre la corruption est souvent perçue comme la « justice du Prince ».

« Le président de la République fait arrêter qui il veut, quand il veut et pour des raisons qui lui sont propres », souligne le texte.

Du scandale des fonds Covid aux chantiers inachevés de la CAN, les Camerounais attendent toujours que la justice s’affranchisse de la volonté politique. Les « baleines » dénoncées hier par Garga Haman Adji semblent avoir été remplacées par de nouveaux prédateurs, confirmant la persistance du système décrié par les officiers de 1984.

Chronologie des cicatrices

6 avril 1984 : Tentative de coup d’État.

1er et 15 mai 1984 : Exécutions des putschistes à Mbalmayo et Mfou.

1991 : Lois d’amnistie et de réhabilitation.

2006 : Relance musclée de l’Opération Épervier.

2026 : 42 ans après, le débat sur la gestion de la fortune publique reste une « brûlante actualité ».

Par Rayan Sofo de la Rédaction de Glob’Media

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