Éducation inclusive au Cameroun : Un pari à 100 milliards de FCFA pour briser le cycle de l’exclusion

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Le gouvernement camerounais passe à l’offensive. Avec le lancement du Plan national d’éducation inclusive 2024-2028, le pays engage 100 milliards de FCFA pour transformer son système scolaire. L’objectif ? Intégrer massivement les apprenants à besoins spécifiques, trop longtemps restés en marge du tableau noir.

Un séisme budgétaire pour un impératif social

Au Cameroun, les chiffres de l’éducation parlent, et ils sont cruels : seuls 10 % des enfants en situation de handicap sont actuellement scolarisés. Face à ce constat de carence, l’État a validé en octobre 2024 une stratégie d’envergure. Ce 1er avril 2026, un atelier crucial organisé par le ministère des Enseignements secondaires a marqué une nouvelle étape dans la finalisation opérationnelle de ce chantier de 100 milliards de FCFA. Il ne s’agit plus seulement de « bonnes intentions » juridiques, mais d’une réforme structurelle visant à corriger une exclusion persistante. Le défi est triple : social, budgétaire et institutionnel.

Les chiffres clés de la réforme

Pour transformer l’essai, le plan s’appuie sur des objectifs quantitatifs ambitieux d’ici 2028 : 1289 établissements (primaires et secondaires) seront transformés en structures inclusives. 8075 enseignants et encadreurs recevront une formation aux pratiques pédagogiques adaptées. 25 % de taux de scolarisation : c’est la cible minimale visée dès 2027 pour les élèves à besoins spécifiques.

Le défi du financement et de l’exécution

Le montage financier repose à 65 % sur l’État et les collectivités territoriales décentralisées. Si l’engagement public est massif, une zone d’ombre subsiste sur la couverture des 35 % restants.

Au-delà de l’argent, c’est la capacité d’exécution qui sera scrutée. Le retard accumulé jusqu’ici s’explique par un cocktail complexe : Déficit d’infrastructures (rampes d’accès, sanitaires adaptés, matériel didactique). Manque de personnel qualifié. Pesanteurs socioculturelles qui freinent encore l’envoi des enfants handicapés à l’école. « L’annonce ne vaudra que par l’exécution. Le succès se mesurera à l’adaptation réelle des écoles et à la continuité du financement sur le terrain. »

Investir dans le capital humain

Cette réforme n’est pas qu’une mesure de charité ; c’est un calcul économique stratégique. En réduisant l’exclusion scolaire, le Cameroun mise sur le renforcement du capital humain. L’idée est simple : un enfant inclus aujourd’hui est un citoyen capable d’intégrer le marché du travail demain, réduisant ainsi la dépendance sociale et la perte de potentiel économique pour la nation. En s’alignant sur l’Objectif de développement durable (ODD) n°4 de l’ONU, le Cameroun joue sa crédibilité internationale. Le monde regarde désormais si les salles de classe camerounaises sauront, enfin, faire de la place à tous ses enfants.

Rayan Sofo, journaliste (Glob’Media)

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