« Il va falloir, à un moment comme à un autre, créer un cadre institutionnel d’intervention publique (donc légale) à l’effet de prémunir la jeunesse camerounaise de l’influence dévastatrice d’un accès incontrôlé aux réseaux sociaux numériques (RSN). La société camerounaise est victime de ses internautes ; la jeunesse, des influenceurs spécifiquement.
La responsabilité de cet état des choses est imputable au néolibéralisme. Le malheur du Cameroun viendra des RSN. C’est de l’ordre des priorités de l’en sauver ! Cette priorité, toutefois, est savamment ignorée, à dessein. Et pour cause, les RSN sont employés au même office que le football – une scène de distraction.
L’on se rappellera utilement, en guise d’illustration des risques potentiels, que l’extrémisme d’une catégorie d’internautes a fait chavirer la campagne électorale de 2018. Aujourd’hui encore, la société camerounaise peine à se remettre des meurtrissures béantes infligées par les fanatiques des RSN qui polluent et encanaillent le discours sociopolitique dans l’espace public. Problème : cela a donné naissance, dans certains esprits, à une représentation déformée – stéréotypée – des RSN.
Ainsi, comme le fut Nazareth, les RSN sont frappés d’un préjugé : que peut-il en venir de bon ? La démarche de prédilection des media officiels en défaut d’explications consiste en la bouc-émissarisation des RSN. On l’encore expérimenté lors de la récente visite du président français au Cameroun. Depuis les épisodes de son passage en Afrique de l’Ouest, silence-radio.
Les RSN sont comme une médaille, ils ont leur endroit et leur revers. On peut s’interroger sur les objectifs de certaine tendance des organes de presse officiels qui, d’une part, dirigent systématiquement leurs éditoriaux et chroniques contre une partie des RSN pour leur discours critique et leur ton politiquement et administrativement incorrect.
Pourtant, les RSN offrent une alternative de pensée sociale crédible. Il s’y rencontre en effet des esprits dont la contribution à divers aspects de la vie nationale est significative, à condition de la prendre en compte… Ceux-là sont dangereux, ils éveillent la conscience engourdie du peuple.
Les mêmes organes, d’autre part cependant, observent avec un silence suspect le dérèglement, promu par des influenceurs d’improvisation dans les RSN, de la morale (économique, intellectuelle, politique, psychologique, religieuse et sociale). C’est cela l’art de tenir le peuple éloigné de ses préoccupations à grands coups de diversions sordides.
Non, personne ne s’inquiète de ce que la jeunesse oisive se passionne pour le vice et qu’elle se délecte d’affaires scabreuses. Elle lorgne avec un trépignement maladif le moment où, pour couvrir la terrible mal qui ronge leur société de l’intérieur, on lui jette en pâture – comme une escalope à une curée – une de ses filles égarées et dévergondées. Il ne viendrait à l’idée de cette jeunesse-là de demander des comptes sur un projet de construction d’école ou de pont non ou mal réalisé.
Dans les usages que les Camerounais font des RSN, la visibilité supprime la nécessité de la notoriété. Voilà pourquoi des légions d’énergumènes – sans éducation ni formation – que raillait Umberto Eco les prennent d’assaut ou qu’ils les infestent.
Mais bon sang, all that shines is not gold ! Le dicton anglais a-t-il jamais résonné avec autant d’aplomb ni collé avec une telle justesse à la réalité que lorsqu’il est rapporté à la société camerounaise, prise dans l’étau et le tourbillonnement de l’économie du vice ? Les usages camerounais – déviants pour la plupart – des réseaux sociaux numériques, décidément, sont porteurs de redoutables bouleversements – changements est un mot bien faible.
Liberté, a-t-on dit ? Au nom de la liberté, on ne saurait laisser prospérer l’influence actuelle des RSN sur la vie réelle de la jeunesse camerounaise. Des mesures de restriction auraient dû être prises au lendemain de 2018. Peut-être un observatoire des RSN, avec des moyens conséquents pour mener ses missions.
Non, mais je rêve ! »
pr Jacques Evouna, Universitaire ✍️















