Discours du Pape Léon XIV à Etoudi : Une Masterclass sur la Bonne Gouvernance

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Au cours de sa première allocution en terre camerounaise, le Pape Léon XIV a souligné avec vigueur quelques principes clés de bonne gouvernance. Pour le Souverain Pontife, gouverner, c’est d’abord et avant tout aimer et servir son pays en se consacrant avec un esprit lucide et une conscience intègre au bien commun, c’est-à-dire au bien de tous et de chacun.

Le nom du Cameroun restera gravé dans les annales de l’histoire des visites papales comme le premier pays d’Afrique subsaharienne (Afrique noire) ayant reçu la visite pastorale du pape Léon XIV. Notons que plusieurs semaines avant son arrivée, cette visite annoncée du 267ème successeur de l’apôtre Pierre avait fait couler beaucoup d’encre et de salive dans l’environnement médiatique camerounais. Le moins que l’on puisse dire est que l’opinion était littéralement fractionnée sur l’opportunité de cette visite papale. Il y avait d’une part ceux qui étaient inquiets (y compris dans le clergé) sur son timing au lendemain de la crise post-électorale, craignant qu’elle vienne apporter une sorte de caution morale à l’ordre gouvernant. Et d’autre part, ceux qui étaient enthousiastes, espérant que cette visite serait une occasion idoine pour le Cameroun de recevoir les bénédictions du Saint Père ou d’être exorcisé des démons de la division et de la mauvaise gouvernance. Dans un tel contexte, la prise de parole du Souverain Pontife était donc très attendue dès son arrivée au Cameroun.

Diplomatie et/ou Evangile ?

L’Etat du Cameroun entretient depuis plusieurs décennies un certain nombre de rapports diplomatiques avec le Saint Siège (L’Etat du Vatican). Cette relation diplomatique est visible à travers la présence au Cameroun d’un Nonce apostolique qui représente légalement l’Etat du Vatican (le Pape). De même, le Cameroun dispose d’un ambassadeur près le Saint Siège à Rome (A ne pas confondre avec l’ambassadeur du Cameroun près l’Etat italien). On comprend aisément que la visite du Pape Léon XIV en terre camerounaise n’était pas seulement une visite pastorale, mais elle était également une visite d’Etat. En d’autres mots, c’était aussi le Chef de l’Etat du Vatican qui venait à la rencontre du Chef de l’Etat du Cameroun. Dans ce type de rencontre entre Chefs d’Etat, les usages diplomatiques empreints de respect et de cordialité sont généralement mis au premier plan. Toutefois, lors de son tout premier discours au Palais de l’unité, le Pape Léon XIV ne s’est pas laissé confiner dans les usages diplomatiques, il a également revêtu sa casquette de guide spirituel et d’autorité morale, pour rappeler les principes clés de bonne gouvernance en s’appuyant sur l’évangile. A travers cet exercice, Léon XIV a montré que la diplomatie ne saurait en aucun cas sacrifier la vérité de l’évangile qui est au service de l’amour du prochain, ou plus largement, au service de la communauté politique. Si l’approche diplomatique est souvent qualifiée de démagogique, au Palais de l’unité, lors de son allocution, le Pape Léon XIV a plutôt choisi la voie d’une diplomatie éthique en rappelant dans un langage clair et sans ambiguïté, les fondements de la bonne gouvernance.

La bonne gouvernance dans la vision pastorale de Léon XIV

Ce n’est un secret pour personne : l’une des causes du sous-développement de l’Afrique est la mauvaise gouvernance, la mauvaise gestion de la République (chose publique). Le Cameroun n’est pas l’exception qui confirme la règle. Le Pape Léon XIV semble bien conscient de cette réalité. En s’adressant aux autorités publiques, politiques, religieuses et traditionnelles, ainsi qu’aux acteurs de la société civile au Palais de l’Unité, le premier jour de sa visite, le Pape a longuement insisté sur les critères d’une bonne gouvernance.

Pour le Pape Léon XIV, gouverner, c’est d’abord et avant tout aimer et servir son pays en se consacrant avec un esprit lucide et une conscience intègre au bien commun. Autant dire que pour le Souverain Pontife, le patriotisme est l’un des piliers de la bonne gouvernance. Il va sans dire que, si quelqu’un n’aime pas son pays, il ne pourra pas le servir avec un esprit de loyauté et de sacrifice. Pour marteler le lien intrinsèque qui doit exister entre la gouvernance, le service et l’amour, le Pape Léon XIV qui est avant tout un religieux de tradition augustinienne, va convoquer la figure de Saint Augustin qui affirmait déjà au Vème siècle : « Ceux qui commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander. Ils ne commandent pas par soif de domination, mais par devoir de subvenir aux besoins ; non par orgueil pour s’imposer, mais par compassion pour protéger. »

Dans la vision sociale du premier Pape américain, gouverner ou faire de la politique, c’est se mettre avec amour au service de la communauté humaine. Bien que certains analystes considèrent généralement le champ politique comme un espace de lutte ou de combat en vue de la conquête du pouvoir, il convient de préciser tout de même que si la politique est une lutte, celle-ci doit avant tout être comprise comme un combat idéologique, un débat d’idées en vue d’un meilleur épanouissement de la communauté. Car, après tout, et comme nous le rappelle Léon XIV, la mission principale du pouvoir politique est de promouvoir et garantir le bien commun dont l’une des composantes essentielles est la paix.

Léon XIV sur les pas de Léon XIII : vers une revalorisation de la Doctrine Sociale de l’Eglise

En somme, le premier discours du Pape Léon XIV en terre camerounaise avait une tonalité éminemment politique et prophétique. Conscient du fait que la mauvaise gouvernance est l’une des causes du retard de l’Afrique en général et du Cameroun en particulier, le Souverain Pontife a indiqué avec un langage clair et sans ambages, quelques principes clés de bonne gouvernance, notamment le patriotisme et l’esprit de service en vue de promouvoir le bien commun. Ce faisant, le Pape s’est manifestement inscrit sur les pas de son prédécesseur Léon XIII que l’on considère, d’un point de vue historique, comme le fondateur de la Doctrine sociale de l’Eglise qui place l’Evangile au cœur des réalités sociales, y compris la gouvernance.

En définitive, bien que l’Eglise et la communauté politique soient distinctes et autonomes, il reste qu’elles ont un dénominateur commun, le service de l’homme, la promotion du bien commun, c’est-à-dire du bien de tous et de chacun.

Martial TATCHIM FOTSO, M.A.

Diplômé du College of Liberal Arts and Sciences

St John’s University, New York, Queens, USA.

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