Disparition d’Alexis Dipanda Mouelle : L’homme du « verdict de 1992 » s’est éteint

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L’ancien Premier Président de la Cour Suprême, figure centrale de l’histoire judiciaire et politique du Cameroun, s’est éteint ce lundi 4 mai 2026 à Douala. Celui qui fut le visage des résultats de la présidentielle de 1992 laisse derrière lui l’image d’un « gardien du temple » à la carrière de fer.

C’est une onde de choc qui a traversé le triangle national ce lundi. Alexis Dipanda Mouelle, magistrat hors hiérarchie et ancien Premier Président de la Cour Suprême, a « rendu sa robe » dans une clinique spécialisée de Douala. Affaibli par la maladie depuis plusieurs années, il n’aura pas survécu à son dernier combat, s’éteignant seulement trois mois après le décès de son épouse.

1992 : L’homme au cœur du séisme politique Pour de nombreux Camerounais et observateurs de la scène politique, le nom de Dipanda Mouelle restera éternellement lié à la proclamation des résultats de l’élection présidentielle d’octobre 1992. Dans un climat de tension extrême, c’est lui qui avait solennellement annoncé la victoire de Paul Biya face à Ni John Fru Ndi. Cette proclamation, contestée par l’opposition de l’époque (SDF), avait plongé le pays dans une crise profonde, conduisant à l’état d’urgence dans le Nord-Ouest. Ce moment d’histoire, gravé dans la mémoire collective, illustre la position délicate qu’il a occupée au sommet de l’appareil judiciaire pendant des décennies.

Un parcours d’excellence : De Bonaléa à la Cour Suprême Né le 25 mars 1942 à Bonakou Bwapaki (Bonaléa), Alexis Dipanda Mouelle était un pur produit de l’élite intellectuelle post-indépendance :

1960 : Intègre la première promotion de la Faculté de droit de l’Université fédérale du Cameroun.

1965 : Obtient ses diplômes d’études judiciaires à l’Université de Paris et intègre la magistrature le 29 novembre.

Années 70-80 : Ascension fulgurante passant de Foumban à Douala (Procureur général), avant de devenir Secrétaire général du ministère de la Justice en 1980. « Le Gardien du Temple » À Yaoundé, dans les couloirs de la Cour Suprême, l’émotion est palpable. Ses pairs se souviennent d’un homme d’une rigueur inflexible, souvent redouté pour sa fermeté. Architecte du droit camerounais, il a structuré la jurisprudence nationale durant une période de mutations sociales majeures. « Il incarnait la discipline et la loyauté envers l’État. Pour nous, il était le gardien du temple », confie un fonctionnaire en service à la Cour d’appel du Littoral.

Un retour définitif vers ses racines Malgré son statut de haut commis de l’État, Alexis Dipanda Mouelle était resté profondément attaché à ses terres de Dibombari. Sa disparition est une perte immense pour le peuple Sawa et les populations de Bonaléa, qui voient s’en aller l’un de leurs fils les plus illustres. Alors que les hommages affluent de tout le pays, le Cameroun s’apprête à saluer la mémoire d’un homme qui, pendant plus de quarante ans, aura été l’un des piliers, parfois controversé mais toujours respecté, de la République.

Alexis Dipanda Mouelle s’en va, mais son empreinte dans le marbre de la justice camerounaise, elle, demeure indélébile.

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