Dérives des chercheurs : Le gardien de la mémoire de jean Mbouendé saisit le ministre d’état

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Dans une correspondance adressée au Ministre d’État, dont nous avons obtenu copie, l’administrateur des biens de feu Jean Mbouendé brise le silence. Tout en dénonçant les attaques « diffamatoires » et le manque de rigueur scientifique de certains universitaires de Dschang à l’égard de l’illustre figure nationaliste, il appelle à une véritable confrontation intellectuelle. Entre accusations d’opportunisme et réalité du maquis, cette sortie remet au centre du débat la délicate question de la clarification historique du rôle des figures de l’UPC et de la gestion de l’héritage mémoriel au Cameroun.

Monsieur le Ministre d’Etat,

Fort de ma qualité d’administrateur légal des biens matériels et immatériels de la succession de Jean Mbouendé, figure historique du Cameroun, je suis le gardien de sa mémoire. Décédé à Banka le 16 juillet 2004 à 114 ans, il a laissé de nombreux témoignages sur la colonisation et l’endo-colonisation (autobiographie, vidéos, audios, manuscrits etc…).

Je mets progressivement les supports écrits (ou numériques) de cette mémoire à la disposition du public. Bien des chercheurs me sollicitent dans le cadre de leurs travaux de recherche comme ils le faisaient aussi bien auprès du patriarche de son vivant.

À la faveur de cet atout, j’ai été intégré il y a quelques mois dans un forum de chercheurs, sur leur propre initiative.

Tout allait bien jusqu’au moment où j’ai fait des sorties (sur ma page Facebook et sur Balafon Tv, La Nouvelle Expression, Forum Libre, Glob’Media, JMTV…etc.) qui ont peut-être heurté la sensibilité de certains parmi eux, historiens notamment. Quelques-uns ont réagi négativement à certaines de mes sorties, y voyant parfois des contre-vérités. J’ai argué de ce que des réactions plus compatibles avec leur hauteur scientifique supposée auraient dû nourrir les débats contradictoires dans les mêmes médias. Au lieu de cela, ils m’ont simplement disqualifié pour la plupart de la compétence à leur opposer le contredit, au seul motif que je ne pouvais pas me prévaloir de la qualité d’historien. Je n’en ai pas la prétention au demeurant.

Il n’empêche que ces mêmes historiens m’ont invité le 02 Juillet 2025 dans le cadre d’un séminaire dont une partie du thème portait sur l’itinéraire politique de Jean Mbouendé. J’ai même pris parole et fait un briefing du séminaire que j’ai publié dans les journaux de renom.

Paradoxalement, quand je dis ce qui ne plaît pas à  certains d’entre eux notamment en mettant en lumière le distinguo entre le maquis dans sa réalité originelle configurée au plus haut point par Jean Mbouendé d’une part,  et d’autre part, le terrorisme qu’ont professé certains camerounais retournés ou instrumentalisés, par leurs actes de pillage, de banditisme et de criminalité tous azimuts et dont l’autobiographie de Jean Mbouendé peut faire école dans l’entreprise de clarification historique et en perpétuer de fort belle manière pour faire la part des choses entre le bon grain et l’ivraie dans un contexte où le risque de  confusion pourrait proliférer par l’approximation dans la maitrise de cette histoire là, certains « historiens », au lieu de s’enrichir de cette connaissance pour confronter aux autres suivant une démarche cartésienne, voudraient plutôt me réduire  au silence et les deux réactions suivantes dans ledit  forum, étayées par aucun fondement, peuvent remettre en question l’itinéraire de leurs auteurs qui ne résistent pas à l’utilisation d’un style à la limite du langage de bas étage.  Voici, à cet égard, quelques morceaux choisis :

1/ Dr Docteur Foutsop

Sa réaction dans le forum :

 « On retient que Jean Mbouendé était inconstant, opportuniste, fingon,… ».

Conclusion de chercheur sans faire valoir un travail de recherche

Il écrit encore :

« Le gardien de la plantation devenu propriétaire »

Propos simplement diffamatoire venant d’un « chercheur » appelé à instruire les jeunes Camerounais.

2/ Docteur Démonster-Ferdinand Kouekam.

Il a écrit ce qui suit dans le forum :

« Le parcours controversé de Penka Michel comme acteur de cette période de notre histoire est loin d’être un cas isolé. Elles sont très nombreuses ces personnes proches de l’UPC qui, à un moment donné du cheminement de la lutte se sont retournées pour ramer à contre-courant des objectifs du parti nationaliste et de l’histoire. On les retrouve dans toutes les localités qui ont été les théâtres de la guerre. Le souvenir de ce type de positionnement est encore très vif dans la mémoire collective dans ces espaces.

J’ai grandi dans le Haut-Nkam, précisément à Bandja. Une chose en rapport avec ce type de profil m’a toujours intégré jusqu’à ce que je trouve des réponses à travers mes recherches.

En effet, quand un enfant avait un caractère versatile ou avait tendance à se dédire, les parents pour attirer son attention et le recadrer, lui rappelaient qu’il voulait déjà faire comme Mbouende.

C’est vrai qu’à l’époque, étant encore adolescent et ignorant complètement cette histoire, on ne mesurait pas pleinement le sens de ce genre de rapprochement qui, était loin d’être élogieux ou banal. Lors des enquêtes de terrain dans le cadre de mon mémoire et de ma thèse, j’ai voulu éclaircir ce point, surtout que le nom de Jean Mbouende revenait régulièrement lors des entretiens. Les témoins et acteurs de cette période, rencontrés dans Haut-Nkam m’ont précisé que le fait de dire à un enfant qu’il veut déjà faire comme Mbouende, c’était pour souligner le caractère inconstant du concerné et le tort qu’il avait causé à la poursuite de la guerre d’indépendance dans le Haut-Nkam après son ralliement ».

Il faut souligner que le résultat d’une recherche de ce dernier apparaît à la page 199 du rapport de la commission mixte franco-camerounaise pour parler du préjudice subi par Jean Mbouendé pendant la colonisation (8 460 000 FCFA) ce qui est minimisé d’ailleurs et je l’ai relevé dans mon décryptage de ce rapport paru dans les journaux, car le nationaliste a sans être exhaustif, eu beaucoup de dégâts dont vous trouverez dans un extrait de son parcours en annexe.

À son décès à 114 ans, la nation reconnaissante l’a à travers le Chef de l’État, élevé à la dignité de Commandeur du Mérite Camerounais à titre posthume dans le cadre des obsèques officielles et adressé une lettre de condoléances à sa famille.

Voila un compatriote, qui a réussi par sa lucidité à faire appliquer les 03 points du programme de l’UPC, que certains « chercheurs », sans avoir publié le résultat de leurs recherches, appellent, traître, fingon, opportuniste….en refusant tout débat autour du sujet.

Jai sollicité les administrateurs du forum en question et singulièrement le docteur Ngounè Patrick, modérateur du séminaire qui avait traité du parcours de Jean Mbouendé sans lui coller les attributs péjoratifs, membre de la commission Mémoire dans son volet recherche, de recadrer ces deux  « chercheurs » qui sont tous à  l’Université de Dschang, et de les appeler à une confrontation intellectuelle dans un délai de 48h, il est resté  de marbre, ce qui ressemble à  une caution à  l’imposture scientifique.

C’est pourquoi je viens par la présente porter cette information à votre connaissance pour dénoncer cette démarche qui s’écarte de la science et en même temps vous suggérer ce qui suit :

-Investiguer sur l’authenticité du parcours de ces chercheurs ;

-Les interpeller à  publier le contenu de leurs recherches et le cas échéant, leur octroyer et à  d’autres, des primes de recherches pour continuer à bien  investiguer sur notre passé et surtout sur la responsabilité des massacres coloniaux, comme celui de New-town à  Banka, sur des figures comme Jean Mbouendé dont on peut ne pas être au courant de certaines facettes de la vie et dont les investigations approfondies pourraient aider à  mieux les connaitre, car les générations futures ont besoin de repères et non des qualificatifs tendancieux ;

– Encourager les chercheurs à respecter la démarche scientifique qui consiste à équilibrer les analyses documentées.

Quant au gardien de la mémoire de Jean Mbouendé, je suis déjà dans le ring de la confrontation intellectuelle et les attends.

Dans l’espoir que mes doléances retiendront votre attention, je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre d’État, les assurances de ma parfaite considération.

Clément W. MBOUENDEU

Gardien de la mémoire de Jean Mbouendé

Piece jointe :

Lettre de Condoléances du Chef de l’Etat à la famille Mbouendé

Copies :

Recteur de l’Université de Dschang

ANNEXE : Esquisse du parcours nationaliste de Jean Mbouendé

Dégâts subis et non réparés

–           Un cheptel de plus de 1 000 bœufs dilapidés en 1947 pendant son arrestation arbitraire de 08 mois par le pouvoir colonial pour ses activités syndicales ;

–           Un important stock de kolas perdu pendant la même période et les pertes en vies humaines (sa mère et son premier fils des suites d’avc) ;

–           70% de provisions envoyées en France pour un prêt qu’on a refusé de lui octroyer en 1950 parce qu’il a refusé de quitter l’UPC, non remboursés ;

–           Toute sa concession incendiée le 29 mai 1955 et dont il lui est revenu que le gouvernement d’Ahidjo avait sollicité l’indemnisation à la France en 1960 et reçu 70 millions jamais parvenu à Jean Mbouendé ;

–           11 000 plants de café en pleine production âgés de 08 ans abattus le 15 mai 1959 par l’armée coloniale en vue de tuer mystiquement Jean Mbouendé parce que les suppôts locaux de la colonisation chargés de localiser le nationaliste ayant eu peur d’avoir pris l’argent au pouvoir colonial sans contrepartie, lui ont dit que lorsqu’on le localise, Jean Mbouendé se transforme en plant de café, ce qui était évidemment faux ;

–           L’assassinat des victimes phonétiques de Jean Mbouendé ;

–           L’arrestation et la déportation de deux de ses épouses en prison à Maroua Salack et la disparition d’une d’elle ;

–           L’arrestation de Jean Mbouendé en juillet 1965 pour 05 ans à destination des BMM et du centre de rééducation civique de Mantoum après des sévices comme la balançoire et le choc électrique, sans jugement à cause d’une fausse accusation d’atteinte à la sureté de l’État ;

–           Son arrestation en juillet 1970 pour 06 mois toujours pour les mêmes raisons et sans raison ;

–           Son arrestation et sa bastonnade au Col Batié dans le cadre du retour au multipartisme en 1991, allant à Bafoussam avec certains camarades de l’UPC, aider à faire l’unité du parti, et toujours acquitté faute de charges.

Il faut noter que Jean Mbouendé est celui qui a créé le premier mouvement syndical en pays Bamiléké, le SPP (Syndicat des Petits Planteurs) en mars 1946 et fait entrer l’UPC en pays bamiléké en juin 1948.

Il a financé le voyage de Ruben Um Nyobe aux Nations Unies en 1952 à hauteur de 4 millions francs Métropolitains et a protégé et soigné le Mpodol après ses deux agressions à Dschang et à Foumban.

L’UPC avait pour objectifs la réunification du Cameroun, l’indépendance du Cameroun, et l’élévation du standard de vie des camerounais et non la mission de verser le sang, de piller, de violer et de voler.

Jean Mbouendé est entré au maquis comme Ruben Um Nyobé pour se réfugier parce que l’administration coloniale voulait meurs têtes. Ils n’étaient pas armés et leur seule arme était d’envoyer les pétitions à l’ONU pour les nobles causes sus-citées.

Quand Jean Mbouendé  a appris que le Cameroun est devenu indépendant et dirigé par les Camerounais, il a profité  de l’amnistie générale et inconditionnelle proclamée par le président Ahidjo pour quitter le maquis et comme c’est lui qui avait demandé par lettre circulaire aux populations nationalistes de se réfugier en brousse pour fuir la barbarie des hors-la-loi au solde du pouvoir colonial, il a mis son entregent en jeu et sans violence, il a ramené ces populations à  la vie normale et sans difficulté au grand dam de la soldatesque coloniale qui n’a  pas pu le faire et dont Jean Mbouende a refusé de collaborer avec elle.

À l’appel de Fontcha, il participe à la campagne pour la réunification et collecte l’argent auprès de cette population qu’il remet à Fontcha comme contribution du Haut-Nkam (700 000FCFA)

Les populations imposent qu’il pose sa candidature aux élections municipales en 1961. Il est plébiscité et devient le premier maire élu de la commune de plein exercice de Bafang. Avec son génie, il donne une âme a cette ville et refuse de collaborer avec le préfet dans la distraction des fonds de la commune, ce qui amène le préfet, muté pour cette raison de Bafang à Douala comme secrétaire général d’inspection fédérale d’administration, à  composer avec son frère, commissaire à  Douala, pour l’indexer faussement de financer Ernest Ouandié(nationaliste de l’aile dure de l’UPC et non terroriste), ce qui lui vaudra les incarcérations injustes dans les geôles et pénitenciers sinistres du pays. Et malgré tout cela, il n’a jamais prône la violence.

Il a à sa manière, sans tuer ni prôner la tuerie, contribué à appliquer l es 03 objectifs de l’UPC : indépendance, réunification et élévation du standard de vie des camerounais

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