L’émotion est à son comble dans la région de l’Ouest et au-delà. Accusé à tort du vol de quelques tôles, le jeune Steve Achille Sijamo Diffo a été condamné à mort de sang-froid avant d’être lynché et brûlé vif. Face à cette barbarie qui s’est déroulée sous les yeux du chef traditionnel, la famille de la victime brise l’omerta et saisit les tribunaux. Chronique d’un drame de l’arbitraire.
Le Cameroun a-t-il définitivement basculé dans la déchéance morale et le mépris absolu de la vie humaine ?
C’est la question lancinante qui brûle toutes les lèvres depuis l’annonce du supplice atroce infligé à SIJAMO DIFFO Steve Achille. Les faits, d’une violence insoutenable, se sont déroulés dans l’enceinte même de la chefferie traditionnelle de Baloum, un lieu pourtant censé incarner la sagesse, la protection et la sacralité des coutumes.

La sentence de l’arbitraire
Tout commence par une banale accusation de vol de tôles. Steve Achille, un jeune homme sans histoire, est pointé du doigt. Pour régler le différend, il est conduit devant le chef traditionnel de la localité, Sa Majesté NOUSSI Charly Constant, investi par la communauté pour dire le droit et apaiser les tensions. Devant l’autorité traditionnelle, le jeune homme clame son innocence. Il supplie, il s’explique, il nie. En vain. Dans un mépris total des règles élémentaires du droit et sans la moindre preuve matérielle de sa culpabilité, le chef prononce une sentence de mort. Le verdict de la foule est immédiat et sans appel : quelques minutes plus tard, Steve Achille est livré à une vindicte populaire d’une sauvagerie inouïe. Il est brûlé vif.
L’horreur absolue surviendra peu après son dernier souffle : les véritables auteurs du vol sont identifiés. Steve Achille était innocent. Il est mort pour rien, victime de la rumeur, de la haine aveugle et de l’irresponsabilité de ceux qui devaient le protéger.
La famille Sijamo brise le silence et attaque en justice
Refusant de se résigner à la fatalité et de laisser ce crime impuni, la famille de Steve Achille a décidé de laver l’affront par les voies légales. Une plainte d’une gravité exceptionnelle a été officiellement déposée contre le chef traditionnel, NOUSSI Charly Constant.
L’arsenal juridique déployé par les conseils de la famille est à la mesure du traumatisme. Les chefs d’accusation se succèdent comme le cahier des charges d’une nuit de terreur :
Assassinat et complicité
Séquestration et torture
Non-assistance à personne en danger
Destruction de preuves
Outrage à cadavre
Association de malfaiteurs
Cette plainte marque un tournant majeur. Dans une région où l’autorité des chefs traditionnels est souvent jugée intouchable, voire sacrée, voir un auxiliaire de l’administration traduit devant les tribunaux pour de tels actes envoie un signal fort : nul n’est au-dessus des lois de la République.
Le procès de la « justice » populaire
Au-delà du cas tragique de Baloum, ce drame remet au centre du débat public la récurrence de la justice populaire au Cameroun et la faillite morale de certaines autorités locales. Comment une chefferie traditionnelle a-t-elle pu se transformer en tribunal de sang ? Comment l’autorité de l’État, incarnée par ces chefs de groupement, a-t-elle pu capituler ou pire, s’associer à la barbarie de la rue ? L’affaire est désormais entre les mains de la justice camerounaise. Les enquêteurs et les magistrats auront la lourde tâche d’établir la vérité des faits, de disséquer le rôle exact de chaque acteur de cette tragédie et de rendre une justice exemplaire à la mémoire de Steve Achille Sijamo. Alors que l’enquête commence, le principe de la présomption d’innocence reste de rigueur pour les accusés. Mais pour l’opinion publique, le verdict est déjà tombé : plus jamais un tel niveau de déshumanisation ne doit être toléré sur le sol camerounais. Glob’Media suivra ce dossier pas à pas. Pour que justice soit faite. Pour que Steve ne soit pas mort en vain.
Par la rédaction de Glob’Media















