Économie en péril : Le patronat sous respiration artificielle

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Réuni en Assemblée Générale Ordinaire le 23 juin 2026 à Douala, le patronat a passé au scanner, l’économie camerounaise. Sous la houlette de Célestin Tawamba, les capitaines d’industrie ont dressé un réquisitoire sans concession contre un gouvernement paralysé par l’inertie, alors que le taux de croissance national s’effondre à 3,1 %.

L’atmosphère des grands jours cachait une grande colère. L’Assemblée Générale Ordinaire du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) a été l’occasion de passer au scanner l’économie nationale. Le grand déballage macroéconomique a surpris l’assistance. Le diagnostic est tombé comme un couperet : le secteur privé camerounais étouffe sous un silence de l’État qui regarde ailleurs. Le président du GECAM, Célestin Tawamba dénonce les insuffisances publiques. Les débats qui ont suivi ont tourné au cahier de doléances d’un secteur privé à bout de souffle. Sur le banc des accusés, les points de blocage du système dont l’impact négatif s’accélère.

Comment produire quand l’énergie électrique et gazière subit une instabilité chronique ? Comment exporter quand les coûts logistiques et les dysfonctionnements du secteur des transports s’apparentent à une taxe sur la performance ? À cela s’ajoutent le délabrement des infrastructures de base et une fiscalité perçue par tous comme excessive, asymétrique et punitive. Pour les patrons des entreprises, la sentence est immédiate : une liquidation pure et simple de leur compétitivité-prix face à la concurrence étrangère, et une incapacité chronique à planifier le moindre investissement à long terme. « On investit dans un pays qui décide. » Face à la presse, Célestin Tawamba remet en question les effets d’annonce du gouvernement, l’absence de prévisibilité et le syndrome de la navigation à vue. « Nous avons besoin que les choses changent, qu’il y ait une véritable dynamique pour faire bouger les lignes. Nous avons besoin de davantage de visibilité dans la gouvernance. Ce n’est pas un pays qui est en arrêt », a martelé le patron des patrons. Le GECAM exige désormais un dialogue public-privé qui dépasse le cadre stérile des salons protocolaires et des promesses sans lendemain pour imposer des réformes mesurables.

L’opérateur Sylvestre Magloire Tamo a tenu à saluer le courage de la direction du GECAM et la mise en place récente de canaux directs de communication avec l’administration. Mais ces avancées, si appréciables soient-elles sur le terrain, restent faibles face au tsunami macroéconomique qui s’annonce. Le taux de croissance du Cameroun s’est affaissé à 3,1 % pour l’exercice écoulé, en net recul par rapport aux 3,5 % de 2024. Si le pays conserve un leadership en trompe-l’œil au sein d’une zone CEMAC où la moyenne est inférieure à 3,1 %, il est totalement largué à l’échelle du continent.

Avec une moyenne d’Afrique subsaharienne établie à 4 % par les institutions de Bretton Woods, le Cameroun accuse un retard d’un point de croissance sur la dynamique africaine. À 3,1 % de croissance, l’ambition d’une nation émergente à l’horizon 2035, gravée dans le marbre de la Stratégie Nationale de Développement (SND30), n’est plus qu’une chimère technocratique. L’agro-industrie, le BTP, le commerce de gros et le secteur manufacturier subissent tous un ralentissement généralisé. Le message du GECAM est un ultimatum politique. Pour éviter la léthargie définitive, l’État doit sortir de sa torpeur, aligner ses actes sur ses slogans, et enfin faire bouger les lignes.

Panisse Istral Fotso (Glob’Media)

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