L’auteur du mythique titre « Simo », Noubissi Fotso Luc Romuald à l’état civil, s’est éteint hier 29 juillet 2026 à l’Hôpital général de Douala, à l’âge de 55 ans, des suites d’une longue maladie. Le Cameroun perd l’une des voix les plus authentiques de son patrimoine musical.
Le rideau est tombé sur une existence dédiée à l’art, au rythme et à la transmission des valeurs ancestrales. La scène culturelle nationale est à nouveau plongée dans une sombre consternation. L’écosystème musical camerounais pleure l’un de ses ambassadeurs les plus sincères et les plus attachants : Bissi Mag. De son vrai nom Noubissi Fotso Luc Romuald, le célèbre auteur-compositeur et interprète s’est éteint hier mercredi 29 juillet 2026 à l’Hôpital général de Douala. Âgé de 55 ans, l’artiste a succombé à une longue et éprouvante maladie contre laquelle il luttait avec un courage et une dignité exemplaires depuis de longs mois.

Sa quête de guérison l’avait notamment conduit jusqu’en France, où il a séjourné pour bénéficier de soins médicaux spécialisés, entretenu par l’espoir de retrouver un jour la scène et son public. Hélas, le destin en aura décidé autrement, plongeant sa famille biologique, sa grande famille artistique et des milliers de mélomanes à travers le pays et la diaspora dans une douleur incommensurable.
Les racines profondes d’un métissage musical
Né en 1971 à Nkongsamba, carrefour cosmopolite du département du Moungo, et originaire de Bandjoun dans la région de l’Ouest, Noubissi Fotso Luc Romuald portait en lui la double empreinte de la terre des profondeurs et de la ferveur urbaine. Cette dualité d’origines a très tôt nourri son imaginaire et forgé sa sensibilité artistique. Bissi Mag n’était pas seulement un chanteur : il incarnait avec brio et passion le métissage culturel et la sauvegarde des rythmes patrimoniaux du Cameroun. Puisant à la source des traditions musicales des hautes terres de l’Ouest, il a su moderniser ces héritages sans jamais en altérer l’âme ni la pureté. Sa voix chaleureuse, empreinte d’une gravité poétique, savait toucher les cœurs tout en véhiculant des messages de sagesse, de justice et de moralité.
Sous le protectorat des maîtres : l’école de l’excellence L’empreinte indélébile que laisse Bissi Mag sur la musique camerounaise ne doit rien au hasard. Elle s’est bâtie sous de bienveillants et prestigieux auspices. Très tôt repéré pour son sens inné de la mélodie et la précision de son jeu, le jeune artiste a eu le privilège de se placer sous le mentorat direct d’une légende vivante de notre patrimoine musical : André-Marie Tala. Auprès du maître du Tchamassi, il apprend la rigueur de la composition, l’art du récit musical et le respect intransigeant du public.
À ce parrainage d’exception s’est ajoutée la touche géniale d’un autre monstre sacré de l’ombre : le virtuose des claviers et arrangeur d’exception Nkono Teles. Sous les doigts d’or de ce dernier, l’univers sonore de Bissi Mag prend un relief inégalé. L’artiste parvient à imposer une signature sonore unique, une esthétique singulière naviguant avec une aisance déconcertante entre les sonorités folkloriques traditionnelles, le Makossa, le Mangambeu et des envolées Afrobeat d’une modernité saisissante.
1999 : L’onde de choc de l’album « Simo » C’est en 1999 que la carrière de Bissi Mag bascule définitivement dans une dimension nationale et internationale avec la sortie de l’album « Simo ». Véritable chef-d’œuvre de dix titres, ce projet devient en quelques semaines un phénomène de société. Porté par la chanson éponyme, un titre coup de poing devenant instantanément un hymne populaire, l’album s’installe sur toutes les ondes radio et télévisées du pays. Dans « Simo », Bissi Mag enfile l’habit du griot moderne et du moraliste. Avec une plume acérée mais empreinte d’une profonde bienveillance paternaliste, il y dénonce sans concession les travers d’un héritier inconscient, dilapidant sans compter les biens et le labeur accumulés par la génération précédente.

Cette fresque sociale, dans laquelle tant de familles camerounaises se sont reconnues, a marqué les esprits par sa portée éducative et la richesse de ses arrangements. L’album « Simo » n’était pas un simple succès commercial ; c’était un classique instantané, entré de plein pied dans la mémoire collective nationale. « Chanter la société, ce n’est pas seulement divertir, c’est poser un miroir devant nos propres faiblesses pour nous aider à grandir ensemble. » Bissi Mag.
Une discographie empreinte de sagesse et d’ouverture
Si le titre « Simo » est resté le totem de sa carrière, la discographie de Bissi Mag ne saurait s’y résumer. Au fil des années, l’artiste a enrichi son répertoire de morceaux marquants, témoignant tous d’une recherche esthétique exigeante. Des titres comme Tchuma ou Pekuike ont confirmé sa maîtrise absolue des structures rythmiques traditionnelles et son attachement viscéral à sa culture d’origine. Avec la chanson Ils sont tous pareils, il posait un regard lucide et parfois ironique sur les relations humaines et les désillusions de la vie quotidienne.
Toujours curieux de nouvelles rencontres artistiques, Bissi Mag savait aussi s’ouvrir à l’altérité. En témoigne le magnifique titre Muto, réalisé en collaboration avec l’artiste Lila Carlier, une œuvre délicate où la douceur des voix s’alliait à une orchestration subtile, démontrant sa capacité à dialoguer avec d’autres sensibilités musicales.
L’hommage à un homme d’humilité et de devoir
Au-delà de ses immenses qualités d’auteur-compositeur-interprète, le milieu culturel et le grand public retiendront avant tout de Bissi Mag la stature d’un homme d’une humilité rare. Discret, courtois, chaleureux et profondément attaché à l’authenticité de son art, il fuyait les artifices du star-system et le tumulte de la notoriété facile. Bissi Mag préférait laisser ses œuvres parler pour lui. Dès l’annonce de son décès, les réactions et les témoignages de détresse de ses pairs, des professionnels du spectacle et de ses admirateurs ont afflué de toutes parts. Tous saluent la mémoire d’un confrère respecté, d’un conseiller écouté et d’un créateur d’une générosité sans égale. Le chant ne s’éteint jamais Avec la disparition de Bissi Mag, c’est une page dorée de la musique camerounaise de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle qui se tourne. Mais si l’homme s’en va et si sa guitare s’est aujourd’hui tue, son œuvre, elle, demeure immortelle. À sa famille biologique si durement éprouvée, à ses proches, ainsi qu’à toute la grande communauté des artistes du Cameroun, la rédaction de La Nouvelle Expression adresse ses condoléances les plus attristées. L’artiste a accompli sa mission sur terre. Les projecteurs de la scène s’éteignent, mais les notes cuivrées et les conseils avisés de « Simo » continueront longtemps de résonner dans les cœurs et dans la conscience de notre Nation.
P I F













