Jeunesse en tête

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École en quête

« Les pouvoirs publics, sous mon autorité, continueront par ailleurs à consentir d’importants moyens au renforcement et à l’amélioration du système éducatif » (Paul Biya).

Dans le contexte du discours à la jeunesse, où le chômage des jeunes et les nominations à des postes de responsabilité sont mis en avant, cette annonce s’inscrit comme un élément complémentaire. Pourtant, avertit Paul Biya, « les recrutements dans le secteur public ou les entreprises ne peuvent, à eux seuls, résorber totalement l’épineux problème du chômage des jeunes ». Il est donc irréaliste de croire que le recrutement de quelques milliers de diplômés à la Fonction publique y suffise. Il est impératif d’explorer d’autres issues. Un constat peut cependant déconcerter plus d’un observateur. Parmi les thèmes récurrents des discours du président de la République figurent l’agriculture, le numérique et le sport, qui occupent une place de choix. Quel citoyen ne se sentirait-il pas interpellé par l’immobilisme et, surtout, la déconnexion du système éducatif, principaux facteurs du chômage des jeunes ? Ces discours d’orientation devraient constituer, pour les ministres de l’Éducation et les autres acteurs du secteur, une boussole, un cap clair et une ligne d’action concrète. Se les approprient-ils vraiment ? Quels résultats concrets en découlent-ils ? À suivre fidèlement l’esprit de Paul Biya, le Cameroun devrait compter aujourd’hui au moins un lycée agricole par département, un lycée numérique par région, des lycées scientifiques et technologiques, des lycées des arts et de la culture, etc. Il en est encore à des lycées d’enseignement général. Les États modernes traitent la question du chômage par des réformes structurelles et profondes de leur système éducatif, adaptant formation et besoins du marché du travail, aux contraintes et aux opportunités de leur environnement. Pour que les « importants moyens » annoncés produisent un impact optimal, il convient d’envisager une transformation stratégique, orientée vers la définition de profils pertinents au développement national, plutôt que vers l’entretien d’une bureaucratie routinière. Cela suppose d’arrimer les réformes à l’exploitation du potentiel productif de l’environnement socioculturel :

– Agriculture (formations en agro-technologies et valorisation des cultures endogènes comme le riz ou le manioc)

– Arts et métiers (filières en artisanat et design local)

– Sciences et techniques (curricula en ingénierie verte et innovation numérique)

– Textile (maîtrise des filières cotonnières)

– Communication (sciences de l’information adaptées au multiculturalisme camerounais). 

Cela rencontre un écho dans le discours du Président : « […] nombre d’entre vous excellent dans le secteur de la transformation agricole, de la construction, des services et du numérique, et y créent, au quotidien, des entreprises et des emplois » (Paul Biya).

Inspirée des modèles didactiques constructivistes (Vygotski, 1978), une telle approche positionnerait l’éducation comme levier d’industrialisation. La véritable transformation ne saurait se limiter de manière caricaturale aux aspects linguistiques ; elle devrait désencombrer les formations de concepts inopérants et intégrer les savoirs autochtones (artisanat peul ou Bamoun, techniques de tissage des Grassfields ou pratiques agroforestières).

Le cours d’initiation à l’entrepreneuriat arrive trop tard, après l’obtention du baccalauréat : la jeunesse camerounaise doit y être formée dès l’Éducation de base. Des programmes ancrés socio culturellement favoriseraient l’émergence de PME innovantes, réduisant le non-emploi structurel. Ainsi, les engagements discursifs gagnent en efficacité lorsqu’ils s’appuient sur un ancrage concret. La résolution du non-emploi des jeunes repose sur une refonte structurelle du système éducatif camerounais, qui doit évoluer du statut de consommateur passif vers celui de producteur actif d’opportunités.

Pr Jacques Evouna

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