Les Tribus de Capitoline : Quand la littérature défie le tribalisme

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L’enceinte du lycée bilingue de New Bell a vibré mercredi dernier au rythme des lettres. L’écrivain, PC-Ombete Bella dont la plume explore avec acuité les réalités sociales, est allé à la rencontre des élèves de ce temple du savoir dans l’arrondissement de Douala 2ème. Un moment de réflexion profonde sur l’unité nationale et l’espoir d’une jeunesse libérée des clivages identitaires.

Accueilli par le staff administratif et le corps enseignant de français, l’écrivain a honoré un engagement fort : celui de transmettre son expertise et de partager les réalités du métier d’auteur avec la jeune génération. Plus qu’une simple conférence, cet échange a pris la forme d’un véritable « café littéraire », propice à la réflexion sur l’identité et les enjeux de la société africaine actuelle. L’objectif de cette rencontre était double. Il s’agissait non seulement d’aider les apprenants à s’approprier l’univers des Tribus de Capitoline, mais aussi de leur fournir des clés d’analyse concrètes pour leurs exercices de dissertation. En révélant l’« esprit » qui l’habitait lors de la rédaction, P-C Ombété Bella a permis aux élèves de découvrir le processus créatif de l’intérieur. L’auteur a également accepté de lever le voile sur son parcours personnel, un élément souvent crucial pour saisir les nuances d’une œuvre littéraire. Cette interaction directe a eu pour effet immédiat d’humaniser le texte, transformant l’objet d’étude scolaire en un témoignage vivant et accessible.

Une transmission réussie

L’initiative a été saluée par l’ensemble des participants, à commencer par les organisateurs. Mbena Alloga Isidore, professeur des lycées et cheville ouvrière de cet événement, n’a pas caché sa satisfaction : « l’évènement a été organisé dans le but d’amener les apprenants à avoir une meilleure compréhension de l’œuvre et de donner à ces apprenants du matériau nécessaire à l’élaboration de leurs devoirs de dissertation. Ce fut une satisfaction dans l’ensemble car l’auteur a partagé avec nous l’esprit qui l’a habité au moment de produire cette œuvre. Bien plus, P-C Ombété Bella nous a édifié sur sa vie personnelle, élément à prendre en compte dans l’étude de cette œuvre ». La rencontre avec l’auteur a permis d’humaniser le texte en révélant son processus créatif et son parcours personnel, renforçant ainsi l’engagement pédagogique. Cette interaction, qualifiée de « café littéraire », a favorisé une compréhension plus nuancée de l’œuvre, tout en fournissant des ressources précieuses pour les dissertations. L’ambiance, décrite comme particulièrement chaleureuse, a renforcé l’engagement pédagogique des élèves.

Une pédagogie de l’engagement

 

Cette initiative de médiation culturelle dépasse le simple cadre académique. En dialoguant directement avec l’auteur, les élèves ont pu « descendre l’écrivain de son piédestal de marbre ». Cette interaction a favorisé un apprentissage actif où l’élève n’est plus un simple récepteur de savoir, mais un critique en herbe. Pour Michel Stève Mongo, enseignant de français, ce succès n’est pas un hasard. « Le roman, Les Tribus de Capitoline, est le plus cité en guise d’illustration dans les devoirs de dissertation littéraire de la seconde en terminale, toute filière confondue. Chacun de nous ici présent est, d’une manière ou d’une autre, le Mathieu d’une autre famille et donc, une lueur d’espoir que le tribalisme soit derrière nous. À l’auteur, j’espère que les obsèques de Mathieu n’ont pas encore eu officiellement lieu », confia-t-il avec conviction. Cette déclaration forte souligne la volonté de la jeunesse de briser les barrières ethniques. En s’appropriant les luttes du protagoniste, les élèves du Lycée Bilingue de New-Bell ne se contentent pas de lire ; ils se projettent dans un avenir où l’identité nationale prime sur l’appartenance tribale. L’appel vibrant de Michel Stève Mongo à l’auteur espérant que « les obsèques de Mathieu n’ont pas encore eu officiellement lieu », témoigne d’un désir de voir cet idéal de fraternité rester vivant et combatif.

Pour le corps enseignant, l’opportunité est historique. Odile Michèle Ngo Mbenoun, proviseur du lycée bilingue de Bobongo Petit Paris, présente pour l’occasion, n’a pas caché son enthousiasme face à cette opportunité pédagogique : « C’est toujours un plaisir pour des élèves de voir de près les auteurs des œuvres qu’ils lisent. Nous aussi avions été élèves, ça nous aurait fait plaisir de voir par exemple Aimé Césaire ou Victor Hugo… Ceux-ci ont eu cette chance de lire l’œuvre, de voir l’auteur et d’écouter sa pensée de près », a-t-elle témoigné avec émotion.

L’œuvre qui explore avec une acuité chirurgicale les clivages identitaires, a servi de socle à une réflexion profonde sur le vivre-ensemble. Pour l’auteur, il ne s’agit pas seulement de divertir, mais de déconstruire les mécanismes du tribalisme qui freinent l’essor du pays. Le message porté aux élèves est clair : la différence n’est pas une menace, mais une richesse à préserver.

La rencontre avec l’auteur : un déclic pour les jeunes

Pour l’auteur, l’essentiel ne réside pas seulement dans l’écriture, mais dans le dialogue qui suit la lecture. Sa présence à New Bell répond à une volonté claire : humaniser la littérature. « La principale raison pour laquelle je réponds souvent à ce type d’invitation est de rencontrer les jeunes Camerounais qui ont lu un livre et veulent en discuter », a-t-il confié. Il souligne l’impact psychologique de cette proximité : pour un élève, voir l’auteur « en chair et en os » transforme son rapport à l’œuvre. « J’estime que ça leur fait plaisir ; c’est bien pour eux, après avoir lu une œuvre, de rencontrer son auteur vivant », ajoute-t-il avec satisfaction.

Au-delà de l’échange avec les élèves, cette rencontre a pris des airs de retrouvailles professionnelles et académiques. PC Ombété Bella a exprimé sa « joie » et son « honneur » d’avoir croisé le fer avec des visages inconnus, mais aussi d’avoir retrouvé des visages familiers.

Le moment a été particulièrement fort lorsqu’il a pu échanger avec ses collègues et, surtout, avec d’anciens étudiants. Voir ces derniers devenir des « responsables » aujourd’hui est, pour l’écrivain, la preuve que la chaîne de la transmission ne s’est jamais rompue.

En encourageant l’expression personnelle et la réflexion critique, le Lycée Bilingue de New-Bell prouve que la littérature reste l’un des meilleurs vecteurs pour former des citoyens éclairés et engagés. Une expérience à pérenniser, pour que la parole d’auteur continue d’irriguer les salles de classe et d’inspirer les générations futures. « Le tribalisme doit être aboli. Il faut accepter la diversité, car chaque culture apporte sa pierre à l’édifice national », a-t-on pu retenir des échanges. Au-delà de l’aspect académique, cette rencontre visait à semer des graines d’espoir. Dans un contexte social parfois marqué par les replis identitaires, la littérature s’impose ici comme un pont. En quittant l’établissement, les élèves ne sont pas seulement repartis avec des dédicaces, mais avec une conviction renforcée : celle d’une jeunesse capable de transcender les barrières ethniques pour bâtir un destin commun.

Istral Panisse Fotso

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