OBSÈQUES D’ANICET EKANE : L’ADIEU AMER D’UN NATIONALISTE DANS LE TOURMENT

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Le président du Manidem sera inhumé ce 9 mai 2026 à Bomono Gare. Mais loin de l’unité sacrée que commande la stature de l’illustre disparu, l’organisation de ses obsèques est devenue le théâtre d’une déchirure profonde entre sa famille biologique, sa veuve et ses compagnons de lutte. Entre boycotts politiques et accusations de marginalisation, le dernier voyage du « combattant » prend des allures de rendez-vous manqué.

Le Cameroun s’apprête à conduire à sa dernière demeure l’une de ses figures de proue du nationalisme contemporain. Pourtant, à quelques heures de l’inhumation d’Anicet Ekane à Bomono Gare, son village natal, l’épais nuage de la discorde occulte le recueillement. Ce qui devait être une célébration de la résistance et de la constance politique vire au « cafouillage » organisationnel, laissant un goût de cendres aux militants de la première heure. La veuve et les compagnons sur la touche Le premier coup de semonce est venu du Manidem, le parti que le défunt a porté à bout de bras pendant des décennies. Dans un communiqué d’une rare virulence, la formation politique a annoncé prendre ses distances avec l’organisation des obsèques. Le grief est lourd : une marginalisation systématique de la veuve d’Anicet Ekane au profit de son fils, Muna Ekane. Pour l’état-major du Manidem, le retrait de la gestion des funérailles à l’épouse du défunt, sans concertation avec sa famille politique, est une « rupture avec l’esprit de camaraderie ». Les dirigeants du parti s’indignent de l’exclusion de ceux qui ont partagé les geôles, les maquis urbains et les joutes électorales avec le défunt.

« Nous ne pouvons cautionner une organisation qui exclut ceux qui ont partagé les combats politiques du président Anicet Ekane pendant des décennies », martèle le communiqué.

L’effet domino : du MRC au Manidem Cette crise interne n’est pas isolée. Elle fait suite au retrait déjà acté du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Si le parti de Maurice Kamto est resté évasif sur les raisons de ce boycott, l’accumulation de ces désistements dessine le portrait d’une cérémonie vidée de sa substance politique et populaire. L’opinion publique, elle, assiste impuissante à ce spectacle désolant. Comment un homme qui a consacré sa vie à la justice sociale et à la souveraineté nationale peut-il se retrouver au cœur d’une telle « foire d’empoigne » posthume ? Pour de nombreux observateurs, c’est l’image même du nationalisme camerounais qui est écornée par ces querelles d’ego et de préséance. L’appel à l’apaisement de Muna Ekane Face à l’incendie, Muna Ekane a tenté de jouer les pompiers. Dans une déclaration empreinte d’émotion, le fils du disparu a appelé à « l’union sacrée ». « Mon père appartenait à la nation tout entière… Aujourd’hui, nous devons mettre de côté les divergences et nous unir dans le recueillement », a-t-il plaidé.

Si cet appel vise à désamorcer les tensions, il peine à convaincre les militants historiques qui voient en cette gestion une tentative de « privatisation » de la mémoire d’un homme qui, par essence, appartenait au domaine public. Un héritage en péril ? Anicet Ekane ne partira pas dans le silence, mais il partira dans le tumulte. Celui qu’on connaissait pour sa rigueur doctrinale et ses positions tranchées sur la gouvernance laisse derrière lui un vide immense, mais aussi un champ politique fragmenté.

L’enjeu de ce samedi 9 mai à Bomono Gare dépasse désormais le simple rite funéraire. Il s’agira de voir si, sur le bord de la tombe, le respect dû à l’homme d’État parviendra à faire taire les rancœurs. Car au-delà du « cafouillage », le Cameroun perd un témoin privilégié de son histoire, un homme dont le nom restera gravé dans les annales de la contestation constructive.

Un parcours au service du Souverainisme Proche des idéaux de l’UPC originelle, Anicet Ekane aura été de tous les fronts pour la démocratie. De la lutte pour le multipartisme dans les années 90 à sa critique acerbe du système néocolonial, il a incarné une certaine idée de la dignité camerounaise. Que son dernier voyage se fasse dans la douleur d’une famille politique divisée est, pour beaucoup, la dernière tragédie d’un combattant qui n’aura jamais cherché le consensus mou.

Par [Rayan Sofo/ Glob’Media]

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