Fin de parcours

0
3

Cavaye Yéguié Djibril, l’inamovible du perchoir, a tiré sa révérence

L’onde de choc traverse le triangle national. Moins de deux mois après avoir quitté la présidence de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril est décédé à l’âge de 86 ans.

Figure de proue du régime Biya et gardien du perchoir pendant 33 ans, il a été inhumé ce mercredi à Tokombéré, sa terre natale, marquant la fin d’une époque pour la vie politique camerounaise.

C’est dans son fief de Mada, par Tokombéré (département du Mayo-Sava), que le « Très Honorable » a rendu son dernier souffle. Ce départ, survenu peu après son remplacement à la tête de la Chambre Basse en mars 2026, suscite une vive émotion au sein de la classe politique, au-delà des clivages partisans.

L’hommage de la nation

De la majorité à l’opposition, les réactions affluent. Nourane Fotsing, députée du PCRN, a salué une « figure emblématique » ayant marqué l’histoire du Parlement par son « sens de l’État ». Même son adversaire politique local, Mamadou Mota, premier vice-président du MRC et natif de la même localité, a reconnu en ce décès une « immense perte pour la scène politique camerounaise », adressant ses condoléances à la famille durement éprouvée.

Le « fidèle parmi les fidèles » de Paul Biya

La trajectoire de Cavaye Yéguié Djibril se confond avec l’histoire institutionnelle du pays. Entré à l’Assemblée en 1973 sous l’ère Ahidjo, il traverse les décennies avec une constante : sa loyauté indéfectible envers le président Paul Biya.

Nommé président de l’Assemblée nationale (PAN) en 1992, il conservera ce poste prestigieux jusqu’en mars 2026. Parallèlement à son rôle législatif, il était un pilier du RDPC, membre influent du Bureau politique et du Comité central. Plus récemment, en septembre 2025, il avait ajouté une dimension traditionnelle à son parcours en étant intronisé Chef traditionnel de premier degré.

Un héritage institutionnel en demi-teinte

Malgré cette longévité record, le bilan de Cavaye Yéguié Djibril à la tête de l’Assemblée nationale fait l’objet de débats. S’il a su maintenir une stabilité apparente, les critiques pointent du doigt une institution restée sous l’influence totale de l’exécutif.

Le constat est sévère : en plus de trois décennies de gestion, aucune proposition de loi d’origine parlementaire n’a été adoptée. Les initiatives de l’opposition (SDF, UDC, UPC) se sont systématiquement heurtées au mur de la « Conférence des présidents ». De même, les commissions d’enquête parlementaires sont restées l’exception, la plus notable demeurant l’affaire Mounchipou Seidou en 1999.

La bataille des préséances

L’homme était également connu pour son tempérament et son attachement viscéral à son rang. On se souviendra de son refus discret d’être relégué au troisième rang protocolaire après la création du Sénat en 2013. Pendant des années, il a joué de subtilités arrivées tardives après le président du Sénat, cérémonies de vœux indépendantes pour affirmer sa stature de « deuxième personnalité de fait ».

Avec l’inhumation de Cavaye Yéguié Djibril, c’est une page monumentale du parlementarisme camerounais qui se tourne. Il laisse derrière lui un vide immense dans l’Extrême-Nord et un RDPC qui devra désormais composer sans l’un de ses plus vieux « sages ».

© Rayan Sofo (Glob’Media)

L’information au cœur du continent.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here