Le rideau est tombé. Ce samedi 9 mai 2026, Georges Anicet Ekane, militant infatigable de la cause du peuple, a entamé son ultime voyage.
C’est dans son village natal de Bomono Gare, dans l’arrondissement de Dibombari, qu’Ekane Anicet a été porté en terre.
Une émotion teintée de tensions
Si l’émotion était vive parmi les rangs des militants du Manidem et des sympathisants de l’opposition, cette journée de deuil n’a pas été exempte de remous. Depuis l’annonce de son décès survenu dans des circonstances tragiques suite à une arrestation et à la privation de son assistance respiratoire, l’organisation des obsèques a révélé les fractures politiques et familiales qui entourent souvent les grands destins au Cameroun.

Des désaccords sur le programme officiel aux interventions administratives, le chemin vers Bomono Gare a été parsemé d’embûches. Pourtant, malgré ce climat électrique, la volonté de rendre un hommage digne à l’illustre disparu a pris le dessus.
Le dernier carré des fidèles
Ils étaient venus de Douala, de Yaoundé et de la diaspora pour saluer la mémoire d’un homme qui n’a jamais transigé avec ses convictions. Anicet Ekane n’était pas seulement un homme politique ; il était une conscience. « Il s’en va avec sa verve, son franc-parler et son amour viscéral pour le Cameroun. Il nous laisse l’héritage d’une résistance intellectuelle qui ne s’essouffle jamais », a confié un de ses proches compagnons de lutte au bord de la tombe.

Un héritage pour la jeunesse
Le moment le plus poignant de la cérémonie fut sans doute l’intervention de son fils qui a rappelé avec émotion la dualité de l’homme : le père protecteur, « roc infaillible », et le militant « faillible » face à la machine répressive. Il a évoqué ce souvenir d’enfance où, alors qu’il n’avait que 4 ou 5 ans, son père fut emprisonné à Yokadouma. « Mon père n’était peut-être qu’un homme, mais c’était aussi plus qu’un homme : c’était une idée », a-t-il déclaré, exhortant les Camerounais à sortir du fatalisme du « on va faire comment ». Pour lui, le message d’Anicet Ekane est simple : le Cameroun mérite qu’on se batte pour lui, sans jamais plier le genou.

L’hommage du Président du FSNC, Issa Tchiroma Bakary Bien qu’absent physiquement car contraint à l’exil en Gambie, depuis le scrutin d’octobre 2025, a fait transmettre un message puissant par sa représentante Me Alice Kom qui a salué en Ekane « l’architecte » du changement et un « stratège » dont l’influence a été décisive pour l’union de l’opposition. Pour Issa Tchiroma, Anicet Ekane est un « martyr et un héros national » qui a vu la « Terre Promise » de la démocratie sans pouvoir y pénétrer totalement. Joshua Osih, figure du SDF, était également présent pour honorer celui qu’il considérait comme un ami de longue date, malgré les nuances idéologiques entre la gauche et l’extrême gauche. « Il était plus de la gauche que nous », a-t-il déploré, confirmant ainsi sa position très proche du pouvoir en place. Alors que la terre de Bomono Gare s’est refermée sur lui, une question demeure dans tous les esprits : qui portera désormais le flambeau de ce nationalisme pur qu’il a incarné jusqu’à son dernier souffle ? Anicet Ekane s’en va, mais son ombre continuera de planer sur les luttes futures pour la souveraineté et la liberté du Cameroun.

Un parcours de sacrifice Georges Anicet Ekane restera dans l’histoire comme l’un des rares leaders politiques camerounais à avoir maintenu la flamme de l’UPC originelle à travers le Manidem, refusant les compromissions avec le régime en place pendant plus de cinq décennies. Sa mort en détention, telle que dénoncée par ses proches, ajoute une page sombre et héroïque à son épopée.
Franck Régis Kamegne, de retour de Bomono (Glob’Media)










