Ce mardi 9 juin 2026, les parlementaires camerounais ont repris le chemin des hémicycles à Yaoundé. Ce mois de travail législatif intense sera notamment marqué par le crucial Débat d’orientation budgétaire (DOB). Au-delà des traditionnels projets de loi, l’examen des questions orales et les agendas offensifs des différentes formations politiques de l’opposition rythmeront une session qui s’annonce d’ores et déjà électrique.
Le Débat d’orientation budgétaire : un baromètre sous haute tension C’est la rentrée parlementaire à Yaoundé. Pour la session de juin, un rendez-vous institutionnel cristallise toutes les attentions : le Débat d’orientation budgétaire (DOB). Véritable clé de voûte de cette période de travail, le DOB est pour le mois de juin ce que la loi de finances est pour celui de novembre : central, stratégique et éminemment politique. Conçu a priori comme un moment d’échange crucial pour préparer l’élaboration du futur projet de loi de finances, l’exercice s’annonce pourtant sous haute tension.
Si les sessions de 2024 et 2025 se sont déroulées dans un calme relatif sans susciter de remue-ménage majeur, l’histoire récente du Parlement démontre que ce prélude budgétaire n’est jamais un long fleuve tranquille. Encadré rigoureusement par la loi du 11 juillet 2018 portant régime financier de l’État et des autres entités publiques, ainsi que par la loi portant Code de transparence et de bonne gouvernance au Cameroun, le gouvernement s’est pourtant souvent laissé aller à des libertés managériales et temporelles. Des entorses répétées qui continuent de jeter un doute persistant sur la fiabilité et la sincérité de cet exercice démocratique.
Le spectre du passage en force et des violations légales Les parlementaires gardent encore en mémoire la session mémorable de juin 2022. L’exécutif avait alors fait passer en force cette séance, en violation flagrante de plusieurs dispositions légales. Face à ce qu’ils qualifiaient de déni de démocratie, les députés des principaux partis de l’opposition le Social Democratic Front (SDF), le Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN), l’Union Démocratique du Cameroun (UDC) et l’Union des Mouvements Socialistes (UMS) avaient purement et simplement pris en otage les travaux de l’Assemblée nationale.
Au cœur de cette fronde parlementaire : le dépôt excessivement tardif des documents de cadrage macroéconomique par le gouvernement. L’opposition de ces formations politiques était directement liée à la violation de l’article 11 de la loi du 11 juillet 2018. Ce texte dispose pourtant de manière limpide que : « Chaque année avant le 1er juillet, le Gouvernement transmet au Parlement les documents de cadrage à moyen terme définis à l’article 10 ci-dessus, accompagnés d’un rapport sur la situation macroéconomique et d’un rapport sur l’exécution du budget de l’exercice en cours. »
« Sur la base de ces documents et rapports, le Parlement organise un débat d’orientation budgétaire en séance publique mais sans vote. » Ce manque de rigueur temporelle ne date pas d’hier. Dès le premier « ballon d’essai » de l’exécutif en 2019, les documents n’étaient parvenus à l’Assemblée nationale que le samedi 6 juillet. La Commission des Finances et du Budget s’était alors vue contrainte de siéger à la hâte le dimanche 7 juillet pour un débat en plénière dès le lundi 8 juillet. Ces délais extrêmement courts avaient empêché les députés de s’imprégner des informations économiques, réduisant le grand débat à une formalité désertée : seule une quinzaine de députés s’étaient exprimés, pour une quarantaine de parlementaires présents dans l’hémicycle.
Le « manque de considération » de l’exécutif en question
Au-delà de la forme et des retards de calendrier, c’est le fond même du DOB qui fait l’objet de vives réclamations. Les députés déplorent régulièrement le peu d’intérêt qu’accorde le pouvoir exécutif à leurs contributions et propositions d’amendements. En juin 2020, l’Assemblée nationale avait formellement demandé au gouvernement d’intégrer des problématiques nationales majeures dans l’élaboration de la loi de finances : l’allocation effective des 15% du budget de l’État aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD), le plan de reconstruction d’urgence de la région de l’Extrême-Nord, ou encore la promotion de la gestion « Made in Cameroon ». De même, dès 2019, la crise anglophone et la reconstruction indispensable des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO) avaient été érigées en priorités absolues par le SDF. Un ensemble de préoccupations nationales restées lettre morte, non prises en compte par le gouvernement lors de l’élaboration des budgets des exercices suivants. Face à cette salve de critiques, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, s’était défendu en invoquant la courbe d’apprentissage institutionnelle et les impondérables sanitaires : « Tout cela est nouveau pour nous tous. Nous comptons améliorer les choses l’année prochaine. Je voudrais quand même que vous reconnaissiez que le contexte était différent. C’est cette pandémie du Covid qui a fait qu’il y ait une ordonnance présidentielle. Ça nous a pris du temps qu’on aurait pu consacrer pour permettre que les documents du DOB vous parviennent beaucoup plus vite… Nous sommes dans un débat d’orientation budgétaire. Nous ne sommes pas à une session de discussion budgétaire. Ça veut dire que le moment viendra où on parlera de façon précise d’allocations budgétaires année après année avec des projets précis. Nous faisons un travail de cadrage et nous demandons aux parlementaires de participer, de nous aider à faire ce cadrage… »
Offensive parlementaire : L’agenda affiché de l’UDC Mais la session de juin 2026 ne se résumera pas au seul bras de fer budgétaire. Elle revêt une importance politique majeure pour les partis de l’opposition qui comptent bien imposer leur propre agenda social et législatif. L’Union Démocratique du Cameroun (UDC) a d’ores et déjà annoncé son intention de ramener au centre des débats les sujets prioritaires qui touchent directement le quotidien des populations.
Le parti entend relancer plusieurs propositions de loi jusqu’ici superbement ignorées par la Chambre Basse, en violation des procédures législatives normales. L’honorable Koupit Adamou se veut ferme : « Nous comptons relancer nos propositions de loi qui ne sont pas allées sur le circuit d’examen contrairement à la loi. » Concrètement, il s’agit de deux textes majeurs : Une proposition de loi portant sur le statut des artistes au Cameroun. Une proposition visant l’abrogation de certaines dispositions de la Loi N°79/17 du 30 Juin 1979 et de la Loi N°80/31 du 27 Novembre 1980, lesquelles dessaisissent les juridictions de l’ordre judiciaire au profit du pouvoir administratif lors des contestations soulevées à l’occasion de la désignation des Chefs traditionnels.
Pour couronner cette offensive, l’UDC prévoit de déposer une toute nouvelle proposition de loi au cours de cette session. Si le parti garde pour l’instant le secret sur le domaine précis qui sera impacté, le député Koupit Adamou glisse un indice d’importance : « Nous avons également une proposition de loi à déposer au cours de la session. Cette proposition vise des aspects importants de la vie de la société et qui ne relèvent pas de la politique politicienne. »
Entre l’examen des projets de loi introduits par le gouvernement, les séances traditionnelles de questions orales aux ministres et le positionnement stratégique des partis à l’entame de ce mois de juin 2026, l’hémicycle de Ngoa-Ekellé s’apprête à vivre des journées décisives pour l’avenir socio-économique du Cameroun. Glob’Media restera au cœur des débats pour vous faire vivre cette session de l’intérieur.
Par Franck Régis Kamegne (Glob’Media)










