L’opposition face au piège du statu quo : Les 11 propositions d’Aristide Mono pour briser le « gré à gré »

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Après le séisme et les traumatismes de la présidentielle de 2025, l’heure est à l’inventaire sans complaisance. Dans ce dixième et dernier acte de sa chronique « Notre devoir de vérité », l’universitaire et analyste politique Aristide Mono livre un diagnostic sans concession sur les rendez-vous manqués de l’alternance. Entre le rêve brisé d’une union sacrée Grand-Nord/Grand-Sud et le risque imminent d’une succession verrouillée par le régime de Yaoundé, il formule sept propositions de rupture. Son mot d’ordre est clair : taire les querelles d’ego, remobiliser la société civile et recentrer le combat sur un objectif unique : Biya must Go ». Une feuille de route ultime pour éviter que le découragement populaire ne fasse le jeu du pouvoir.

Mon rêve au départ et mes suggestions aujourd’hui. Notre devoir de vérité pour taire la manipulation qui divise (acte 10 – le dernier). Après avoir tiré les enseignements de l’expérience électorale de 2025 – marquée par mon implication totale dans les inscriptions, la campagne, le scrutin, la gestion de la crise post-électorale et l’accompagnement des victimes –, mon ambition résidait en un point unique : capitaliser la dynamique populaire alors initiée. Dès lors, comment?

Mes projections s’articulent autour des axes suivants :

1- Le maintien d’une pression continue jusqu’aux prochaines échéances électorales, en érigeant l’exigence de justice et d’enquête pour les victimes de la crise post-électorale en levier de contestation contre le régime. Cette posture visait à maintenir la vigilance citoyenne en attendant d’exploiter les dérives prévisibles du pouvoir, notamment une éventuelle révision constitutionnelle destinée à légitimer une succession de gré à gré, ou encore le report des scrutins locaux. Dans l’attente de ces confrontations politiques majeures, l’exigence de vérité sur les événements d’octobre devait servir de catalyseur à la contestation.

2- L’organisation des états généraux de l’opposition radicale, réunissant des partis politiques et des organisations de la société civile. Cette instance aurait été déterminante pour dresser un bilan sans complaisance de la séquence de 2025, identifier nos forces ainsi que les failles systémiques qui ont entravé la victoire finale, et ainsi optimiser les acquis de cette mobilisation historique.

3- L’optimisation de l’ancrage territorial à la suite de l’irruption remarquable des forces du changement issues du Grand-Nord. Face à l’incapacité des états-majors politiques à quadriller seuls l’ensemble des grands blocs territoriaux, sociologiques et politiques (Grand-Nord, Grand-Sud, zones Anglophone et Francophone), la symbiose axe Nord-Sud observée pendant l’élection présidentielle offrait une opportunité de restructuration géopolitique de la lutte. Le FSNC et son leader Tchiroma, en dépit de l’exil, épaulés par des figures telles qu’Abdouraman, Aboubakar Mey ou Célestin Yandal, je les voyais s’occuper personnellement du maintien de l’effervescence d’octobre dans le Grand-Nord, en synergie avec les acteurs de la société civile locale. Parallèlement, le MRC et son leader Kamto, solidement implantés dans le Grand-Sud, je le voyais amplifier la dynamique dans la zone avec l’appui des forces d’appoint locales, allégeant ainsi leur déploiement. Je voyais enfin la construction de la symbiose anglophone-française en revitalisant sur le plan national un parti ancré en zone anglophone, à l’instar du PAP de feu Paul Ayah, et en promouvant davantage de leaders comme Nkongho Balla. Dans cette répartition du travail, non seulement la température de 2025 n’allait pas lamentablement baisser comme aujourd’hui, non seulement le régime n’aurait pas fait ces bêtises de vice-présidence et de report des élections, mais en plus, j’étais convaincu que le régime n’allait plus gagner une seule bataille politique au niveau national. Même dans la rue, et même s’il fallait que le leader de chaque territoire active le vote communautaire, le régime n’allait plus rien gagner sur le plan national.

4- La matérialisation progressive de « La Troisième Voix », caractérisée par l’émergence d’une société civile active. Celle-ci ne devait plus se cantonner aux communiqués de condamnation ou aux leçons aux partis politiques sur les plateaux et Facebook, mais assumer une fonction motrice dans le processus de changement au même titre que les partis. En s’engageant directement dans la lutte sans prétention aux charges électives, elle aurait renforcé sa neutralité objective et optimisé sa capacité de mobilisation auprès des citoyens non encartés et des sceptiques.

Quelles perspectives et suggestions s’offrent à nous aujourd’hui ?

1- Recentrer la lutte sur l’objectif exclusif du « Biya must Go d’Abord », en attendant qu’on sorte de la dictature. Ce mot d’ordre possède une force de mobilisation immédiate, bien supérieure aux autres axes de propagande. Ce recentrage stratégique évitera la dispersion autour d’objectifs secondaires ou clivants, susceptibles de décourager un corps électoral qui n’est pas encore au stade de l’alternance démocratique classique, mais confronté à l’urgence de destituer l’une des dictatures les plus pérennes et rigides des XXe et XXIe siècles. L’élection de 2025 nous l’a démontré : soit on cherche à mobiliser au mieux le peuple avec un thème de lutte plus rassembleur (posture pragmatique), soit on veut d’abord appliquer les théories politiques apprises dans les universités (posture idéaliste).

2- Réinvestir considérablement l’espace politique, tant sur le plan territorial que médiatique, afin de poursuivre l’éducation politique et la structuration des masses.

3- Convoquer d’urgence des réunions d’évaluation au sein des partis du changement, débouchant sur des résolutions claires pour recalibrer les stratégies de lutte. La séquence de 2025 s’avère riche d’enseignements qu’il convient de ne pas ignorer. Elle a par exemple confirmé l’inféodation des institutions électorales et judiciaires (MINAT, ELECAM, Conseil constitutionnel) ; il devient donc illusoire de s’en remettre encore à leur arbitrage sans combattre sérieusement leur partialité. La stratégie devrait désormais intégrer l’anticipation du rapport de force institutionnel et ne pas attendre le jour-J pour faire comme si on venait de découvrir leur concubinage avec le RDPC.

4- Inciter le FSNC à reconsidérer son retrait des prochaines élections. Disposant encore d’un capital de sympathie important, cette formation doit le capitaliser pour affaiblir l’hégémonie du RDPC, particulièrement dans le Grand-Nord. À défaut, ses militants risquent de migrer vers d’autres bannières politiques. Certes, le statut de « président élu » a des exigences, mais on doit aussi penser à la réaction de la base et surtout savoir que le contrôle des institutions constitue une ressource importante dans la lutte.

5- Engager le MRC dans une dynamique d’apaisement de ses tensions internes, au lieu de les y maintenir en attisant le feu. L’adversaire de ce parti n’est pas tant les dissidents que le régime qui est prêt à s’appuyer sur n’importe quelle banalité pour le disqualifier de toute élection au Cameroun. Le régime n’a même pas besoin des failles juridiques fiables pour assouvir son besoin ardent de ne plus affronter le MRC un jour. Les élites de l’Ouest et du Littoral sont aujourd’hui les plus actives dans ce sens car elles savent déjà d’office, qu’en cas de participation, le MRC a plus de chances d’obtenir une majorité très confortable dans ces deux régions. Elles ont donc peur que Biya ne découvre l’impopularité du RDPC dans ces zones et les éjecte de la mangeoire. Une non-participation du MRC exacerbent les dissensions internes. Par exemple, plusieurs leaders locaux risquent de chercher leurs « Yango » (un plan B). , convaincus de leur future élection comme maires ou députés au vu de la popularité actuelle du MRC dans leurs circonscriptions respectives. Il leur sera difficile d’être solidaires d’une nouvelle disqualification du parti. Leur plan B, bien que légitime, risquent néanmoins d’ébranler l’équilibre interne du parti.

6- Maintenir une vigilance absolue face au scénario de la succession de gré à gré et concevoir dès à présent des plans de riposte politique. Le régime se trouve dans la phase finale de configuration de sa succession. Restons très attentifs aux mouvements de la France. Le successeur pourrait sortir à tout moment du Laakam, car tout dépend désormais du souffle de vie d’un individu. Si c’est une personne Y, on réagit comment ? Si c’est une autre personne X, on réagit comment ? On finit d’abord d’insulter Tchiroma et Kamto ? On devrait déjà engager des réflexions communes et voir comment nous organiser le moment venu. Car si ces gars réussissent le gré à gré, on devra seulement attendre le jour où ça va dégammer entre eux en interne pour espérer encore un changement, parce qu’il sera plus difficile pour l’opposition du changement d’empêcher quoi que ce soit.

7- Chaque camp doit publiquement appeler ses loups à la retenue, tout en prenant des mesures fermes à l’encontre de ceux qui se livreront encore à des campagnes de dénigrement envers Kamto ou Tchiroma. Le peuple n’a plus besoin des « illuminés » pour détecter les faux opposants. La preuve, les blagueurs ont récolté les 000,01% en octobre.

Maintenant

Il appartient à chacun d’enrichir ces propositions. Mon équipe et moi-même demeurons pleinement disposés à intégrer toute démarche collective, tant sur le plan de la réflexion stratégique que de l’action opérationnelle. L’objectif de ces actes est d’apporter des éléments de terrain et des analyses capables de limiter les dissensions dans notre camp et d’éviter de décourager la population, qui était déjà sur une bonne lancée en 2025 et qui est souvent très sensible aux déceptions causées par les acteurs politiques d’en haut. Plus nous continuerons à entretenir des batailles d’ego et de paroisse politique (légitimes), plus nous diviserons davantage le peuple et plus nous ferons les affaires de Paul Biya et de ses partisans avec le « MIEUX BIYA RESTE ». « Notre devoir de vérité pour taire la manipulation qui divise », stop et fin.

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