« Nous craignons pour nos vies. » Le cri de détresse d’Esnat Joseph, une Malawienne de 36 ans, résonne comme un symbole du climat de terreur qui paralyse la communauté immigrée en Afrique du Sud. Réfugiée dans un camp de fortune à Durban aux côtés de 7 000 autres étrangers, cette mère de triplés raconte l’indicible : l’intrusion chez elle d’un groupe d’hommes armés de machettes et de fouets. « Ils ont coupé la tête et le cou de mon mari. Grâce à Dieu, il a survécu, mais il est à l’hôpital », confie-t-elle.

Le pays est sous haute tension alors que vient de sonner l’échéance du 30 juin, une date limite fixée arbitrairement par plusieurs collectifs anti-migrants dont le mouvement March and March et le parti d’opposition Action SA exigeant le départ immédiat de tous les sans-papiers.
Un pays fracturé face à la crise économique
Bâtons à la main, les manifestants arpentent les rues en scandant « Mabahambe » (« Ils doivent partir », en langue zouloue). Les organisateurs réfutent toute xénophobie, affirmant défendre la légalité et la survie de leurs services publics. « Nous ne pouvons pas faire de l’Afrique du Sud un site de réfugiés pour tous les États africains en faillite », argue Jacinta Ngobese-Zuma, dirigeante de March and March. La réalité sociale du pays offre un terreau fertile à cette colère. L’Afrique du Sud affiche l’un des taux de chômage les plus élevés au monde, culminant à 32,7 %. Pour le premier trimestre 2026, Statistics South Africa a enregistré la perte de 350 000 emplois, touchant de plein fouet la jeunesse. Dans les townships et la capitale Pretoria, la rhétorique du « bouc émissaire » s’installe, accusant les trois millions d’étrangers recensés (environ 5 % de la population) d’asphyxier les hôpitaux et les écoles.

L’exode de la peur et la politique du « Coup de balai » Face aux intimidations de porte-à-porte, un vent de panique souffle sur les communautés étrangères. Des pays comme le Ghana, le Mozambique, le Nigeria et le Malawi organisent des rapatriements d’urgence par bus et par avion. Au poste-frontière avec le Mozambique, des files interminables de véhicules témoignent de la hâte de fuir. À Durban, lorsque le premier bus de rapatriement est arrivé, la foule a répondu en écho par un chant soulagé : « Siyahamba » (« Nous partons »).
Même les réfugiés en situation régulière ne se sentent plus en sécurité. Une Burundaise installée avec ses quatre enfants témoigne d’insultes quotidiennes, y compris à l’école.
De son côté, le gouvernement de coalition tente de reprendre le contrôle de la situation, naviguant entre fermeté et appels au calme : L’Opération New Broom (« Nouveau Balai ») : À Johannesburg, les autorités ont déployé des excavateurs pour démolir les ateliers informels, considérés comme des foyers de criminalité. Plus de 40 000 arrestations pour infractions migratoires ont été enregistrées cette année.

Le plan de Cyril Ramaphosa : Le président a fermement condamné la xénophobie et les milices privées effectuant des contrôles d’identité illégaux. Il a annoncé une stratégie en cinq points prévoyant le durcissement des demandes d’asile, des quotas de naturalisation, l’extension des cartes d’identité numériques et des sanctions pénales pour les employeurs exploitant les clandestins.
Manipulations politiques à l’approche des urnes
Pour les défenseurs des droits humains, cette flambée de violence n’est pas fortuite. Elle intervient à quelques mois des élections locales de novembre.
« Les partis politiques font tout pour mentir aux gens en leur disant que tous nos problèmes viennent des migrants », dénonce Sharon Ekambaram, avocate pour le mouvement Kopanang Africa Against Xenophobia.

La désinformation s’avère massive sur les réseaux sociaux. La fake news affirmant que le pays compte 15 millions de clandestins – pourtant réfutée – continue d’être largement relayée par des leaders politiques pour capter l’électorat populaire. Des influenceurs nationalistes attisent les braises en ligne, tandis que des politiciens peu scrupuleux banalisent le harcèlement de rue.
Alors que les souvenirs des émeutes xénophobes meurtrières de 2008 (62 morts) hantent encore les mémoires, l’Afrique du Sud retient son souffle. Le principal instigateur des manifestations, Nkosikhona Ndabandaba, a d’ailleurs lancé un avertissement inquiétant : « Après le 30 juin, je ne peux plus contrôler la population d’Afrique du Sud. » Le compte à rebours est terminé, et le spectre des violences de masse plane plus que jamais.
La rédaction de Glob’Media, article inspiré de BBC Afrique










