Debout au milieu de la population, en chemise et sans notes. C’est dans ce cadre informel que le Président de la Transition gabonaise, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, a livré une charge mémorable contre la gabégie financière et le déconnecté des élites africaines.
Un message de sept minutes de vérité, capté lors d’un échange franc avec le journaliste camerounais Raoul Christophe Mbia, qui résonne bien au-delà des frontières du Gabon.

La proximité face aux « bureaux dorés » Interpellé sur sa méthode de terrain, que certains critiques accusent de faire « des jaloux » ou de l’éloigner de ses dossiers, le Président gabonais a balayé les doutes d’un revers de main, invoquant ses racines : « J’ai grandi au milieu des populations. Je ne suis pas né avec une cuillère en or. Ce sont mes frères. »
Pour l’enfant des villages de Tiro et de Téloire, la présence sur le terrain n’a rien d’un folklore politique. C’est une obligation de résultat. L’objectif affiché est pragmatique et immédiat : doter les localités de commodités de base, de centrales d’achat pour faire baisser les prix, de plateaux sportifs pour la jeunesse et de perspectives d’emploi. Une dynamique pour laquelle il appelle à une mobilisation générale de la classe politique, et notamment des députés.
Fin de l’époque des paradis fiscaux et de l’exil
Le ton est monté d’un cran lorsque le Général Oligui Nguema a abordé la gestion des deniers publics et l’indignité de certaines fins de règne sur le continent. Visant directement la fuite des capitaux vers l’Occident, il a martelé :
« Il n’y a plus à voler l’argent pour amener en Europe, pour aller cacher à Londres, pour amener en France. Non, quand on est président, on développe son pays. C’est fini cette époque. »
Pour le dirigeant gabonais, l’exil des anciens chefs d’État est l’aveu d’un échec et d’une rupture avec leur propre peuple. Il oppose à cela un modèle de redevabilité et de paix sociale post-mandat : « Quand un chef d’État a construit pour ses populations, ses populations vont toujours l’accueillir en lui disant : « Tu as fini ton temps, tu as construit ta maison, tu as fait le pays ». » Une profession de foi personnelle, affirmant son souhait de passer sa retraite au Gabon, à chasser et pêcher dans ses villages, sans craindre la colère de ses concitoyens.

Le miroir tendu à l’Afrique Centrale
Au-delà du cas gabonais, cette sortie agit comme un révélateur des retards de l’Afrique Centrale en matière d’intégration et de gouvernance. Alors que l’Angola, la RDC et la Zambie dynamisent le Corridor de Lobito pour désenclaver leurs richesses minières, le bloc CEMAC peine encore à formuler une vision commune. « Si on ne se met pas devant, nous allons faire comment ? », s’interroge le Président. Le contraste est particulièrement saisissant avec le grand voisin camerounais. Tandis que Libreville et Malabo affichent de nets progrès dans les indices d’industrialisation sous-régionaux, le Cameroun stagne, freiné par une corruption systémique que la CONAC (Commission Nationale Anti-Corruption) continue de dénoncer chaque année comme un frein majeur au développement. En posant le triptyque Proximité, Travail, Probité, Oligui Nguema ne s’adresse pas seulement aux Gabonais. Il lance un avertissement à toute une génération de dirigeants : la dignité d’un pays ne se mesure pas à la dorure de ses ministères, mais au quotidien des villages que les élites ont trop longtemps refusé de regarder.
Rayan Sofo (Glob’Media)










